01 janvier 2010
VŒUX 2010 : COUPEZ LES PONTS AVEC LEUR VIEUX MONDE !
Cher lecteur impromptu, franchement, à l’aube de cette année 2010, je ne me sens pas de te replonger le nez dans le marasme que nous avons vécu lors de celle qui vient de s’achever. Le seul vœu que je puisse t’adresser, passant obstiné, c’est d’astiquer tes godasses de pèlerin, de prendre tes cliques et tes claques, et de te tenir à distance de ce ramassis de détraqués du bocal. Il y va de notre survie à tous.
Effondrement économique, débâcle financière, délabrement social, délitement politique et administratif, confusion mentale et morale… N’avons-nous pas eu notre soûl de cet affligeant désastre ?
Faire enfin son deuil du monde finissant
Pas de salut si nous ne faisons pas nous-mêmes notre propre deuil de leur vieux monde. Inconsciemment, nous restons encore trop englués dans la grille étouffante de leurs valeurs rancies : la valeur-travail, la position dans l’échelle sociale, l’indépendance par l’autonomie financière, le complexe de la réussite individuelle…
Mûs par quelques obsédants réflexes de Pavlov, nous sommes conditionnés à leur grille de lecture au point d’éprouver une certaine culpabilité devant la perspective de son anéantissement. Même les plus critiques d’entre nous ne se placent souvent que dans l’inéluctabilité de sa résurrection, de son amendement, de l’impossibilité de sa fin.
Bien sûr, la coupure de ce cordon ombilical serait beaucoup plus aisée si nous n’avions pas, ancrée tout au fond de nous, la nostalgie tenace d’avoir un tout petit peu profité de la gabegie générale (non, je me trompe ? Hé hé…)
Enfin, tout cela est bel et bien fini. Le sort des andouilles au pouvoir et de leurs ouailles (dont nous sommes, hélas), tient désormais au fil d’un robinet crachoteux. Le robinet à finances publiques incontinentes sans lequel il y aurait longtemps que leur zinzin aurait craché son dernier boulon. Deux ans que ce robinet pisse comme un malade. Ça prendra le temps qu’il faut, mais tu verras qu’il finira par se tarir.
Un grand pas aura été accompli lorsque chacun aura admis en son for intérieur que la racaille dorée aux manettes, loin de mériter notre reconnaissance, encore moins notre respect, relève tout bonnement des tribunaux pour ses prévarications et ses agissements criminels.
Se couler résolument dans le cocon du collectif renaissant
Toutes ces années-fric, nous avons fait fausse route. Nous avons foncé tête baissée derrière ces crétins vers le piège qui nous était tendu.
Mais crise aidant, nous allons devoir nous désembourber le crane de ces servitudes mentales. Retourner à un certain esprit collectif, à une organisation de proximité que nous croyions révolue et, osons le mot, à une conception de l’entraide qui ne soit plus uniquement de la vulgaire charité subventionnée.
Dans un précédent article, j’avais déjà noté que certains esprits éclairés n’avaient pas attendu le déluge à venir pour corriger le tir. Ceux-là sont encore peu nombreux ? Et alors ? Si le problème est mondial, je te fiche mon billet, mon ami, que quoiqu’en disent nos margoulins, la solution se viendra que de la marge, de la collectivité plus ou moins restreinte mais résolue.
Quoique nous pensions ou craignions, nous allons y être contraints par la suite des évènements. Tu ne me crois pas ? Va donc voir du côté des associations spécialisées en la matière, Croix rouge, Secours catholique, Restos du cœur… Eux sauront te dresser un tableau bien trempé de la situation et de son évolution. Quand les travailleurs eux-mêmes ne peuvent plus vivre de leur travail, c’est qu’il y a un sacré vers dans le fruit, non ?
Garder un œil sur l’espace politique
Tu le sais (ou alors plus personne ne peut plus rien pour toi), aucune solution ne sortira des élites en place, politiques, syndicales, ou médiatico-intellectuelles. Celles-là sont usées à la corde, trop impliquées dans le naufrage. Leur collusion avec les aigrefins de l’économie et de la finance privées est patente. La confondante Histoire secrète du patronat (Benoît Colombat & David Servenay, La Découverte), qu’une de mes filles a eu la bonne idée de m’offrir à Noël, suffit à s’en convaincre.
Les sales affaires de cette bande de malfrats connaissent heureusement aujourd’hui un de ces ronflants passages à vide cycliques dont elles sont coutumières. Et ils en ont pour quelques années. Raison de plus pour ouvrir l’œil et sauter sur l’occasion.
Inutile bien sûr de se monter le bourrichon. Pas plus de “grand soir” à l’horizon que de paradis chrétien après la mort. Juste, si tout le monde y met un peu du sien, un retour au bon vieux bon sens, un rééquilibrage à la papa, façon Conseil National de la Résistance. Une fois que ces tarés auront un peu plus le museau dans la poussière. (En les y aidant un peu, ça devrait le faire ! )
Je me suis permis de signaler, dans mon bilan 2009, l’apparition de quelques intéressantes petites lueurs dans le paysage : nouveaux intellectuels à idées rafraîchissantes, nouveau rassemblement politique d’un genre assez original et surtout pas encore trop abimé par l’exercice du pouvoir (Europe Écologie).
Ça vaut ce que ça vaut, d’accord. Avec plein de zones d’ombre, des manques et des insuffisances, sans doute, à la mesure de l’imperfection humaine. Mais du solide et du concret, avec parfois quelques traits d’intelligence. Si tu trouves mieux, tu me siffles, je suis preneur !
Mais sois sympa, évitons pour une fois les lamentations sur la désespérance du monde, de cogner à bras raccourcis sur tout ce et tous ceux qui bougent un peu, même pas assez bien, d’en appeler à la perversité inaltérable des salauds pour justifier nos démissions, ou encore de nous enfumer avec des plans sur la comète pour un monde définitivement meilleur et la fin de l’Histoire.
Dans ma petite meute à moi, gémir n’est pas de mise. Et ce n’est pas les rêves que l’on soigne, mais le réveil qui suit.
Bonne année 2010 à tous !
Bon allez, je sens que comme moi, tu as besoin de récupérer des libations du jour de l’an et des déconvenues de ceux qui précédaient. Je te laisse. Je te souhaite la meilleure année possible, à toi et à tes proches.
Et pendant que j’y suis, tiens, c’est la fête, j’embrasse tout le monde !

Commentaires
Merci, le Yeti ! Voilà de sages paroles.
Je te souhaite une année la moins moche possible, même s’il pleut les jours où tu ne le voudrais pas. Courage à tous, soyons prêts à faire ce qu’il faut pour que le ciel arrête de nous tomber sur la tête même quand le soleil (euh, pardon, Monsieur Sarkozy, vous bien sûr) brille de tous ses feux (d’abribus ?).
Je t’embrasse moi aussi, avec tous mes copines et copains de dazibaoueb, de ruminances et d’ailleurs.
Bonne année au Yeti et à tous ses visiteurs, et vive le monde nouveau entrain de naître, à petit bruit, certes, mais qui rend joyeux !
Je l’appelle de mes vœux depuis des années, ce monde renaissant, mais je doute que ce soit pour cette année que je vois plutôt sous le signe de l’effondrement global et violent du monde moisi.
Je t’embrasse très fort.
Agnès
bien entendu, on peut remplacer europe écologie par d’autres partis tout aussi jeunes et talentueux en termes de projets de mondes meilleurs, et qui ont tout autant une vision écologique n’est-ce pas ? Bonne année à toi et félicitation pour ce billet que j’approuve pleinement, je te délivre donc un satisfécit et un passeport dans mon monde à moi. garde le précieusement : il est rare.
Merci pour ces jolis voeux.
Bonne année à vous.
j’ai bien aimé ça: un retour au bon vieux bon sens, “un rééquilibrage à la papa, façon Conseil National de la Résistance. “
Juste faire un petit pas de coté et se décrasser l’oeil…
Une excellente année Rêve-Lutionnaire à toi et aux tiens….
@ Le Monolecte:
Effondrement brutal ou renouveau… est-ce vraiment soit l’un soit l’autre? il me semble qu’en ce moment bien des choses sont en train de s’effondrer ou déjà à terre en train de pourrir (ça va faire du compost, merci), et qu’en même temps de jolies petites pousses vertes pointent résolument leur museau.
Les perce-neige ne vont pas tarder à sortir leurs clochettes. Et les jonquilles suivront, elle sont déjà dans les starting blocks.
Bonne annee cher Yeti,
merci pour tous ces billets, tous ces dons , toutes ces expériences partagées, toutes ces séances de démaquillage en direct d’une réalité a chaque fois recomposée au service des pouvoirs…
Je nous souhaite a tous , a l’instar de ce blog, et de quelques autres, que le partage des savoirs, la reconnaissance de chacun dans ce qu’il est et qu’il peut apporter, l’acceptation de l’imperfection humaine et de l’intelligence collective soient au rv de nos projets a venir.
Auguri e Baci a tutti
Bonne année à toi aussi cher Yéti!
Que 2010 marque le début d’une nouvelle ère, plus juste, plus belle ou toutes et tous auront une place au soleil, c’est si bon le soleil!
Baci baci
“Il faut créer le bonheur pour protester contre l’univers du malheur.”
Albert Camus
Belle année à toi Yéti et surtout………………………la santé !
@Jardin
après les perces neiges et les jonquilles, j’aimerais bien voir repousser les coquelicots rouges vifs de l’espoir et de la résistance !
Je nous souhaite Une Année qui va faire un peu le ménage dans ce monde politique corrompu et nuisible :
çà devient urgent parce que de plus en plus invivable .
“Retourner à un certain esprit collectif, à une organisation de proximité que nous croyions révolue et, osons le mot, à une conception de l’entraide qui ne soit plus uniquement de la vulgaire charité subventionnée.” : tout à fait en accord avec toi Yéti .
Bien à vous tous !
Baci , comme dit Céleste .
Mes voeux sont passés à la trappe.
Pas grave
Bonne année à toutes et tous, que cette aube soit celle du renouveau, de l’espoir et de la résistance à la “connerie” et à l’égoïsme…
@ Myriam (10):
Hé hé, les coclico, c’est plus tard. Mais tout finit par arriver. Ya des graines partout, par millions, minuscules, mais elles ne poussent que dans les terres remuées. A vos grelinettes!
Bonne année a toi le Yéti, à toute ta famille et merci pour tes articles qui nous aident à garder espoir.
Je profite de cette période proprice aux platitudes, souhaits à tous pour une heureuse année et remerciements pour celle passée en ce lieu…
Dormez bonnes gens, culpabilisez quand vous vous réveillerez, mais surtout, donnez nous tout ce que vous avez, avant que cela ne vaille plus rien…
(Alors j’en refais d’autres, en formant le voeu qu’ils ne tombent pas à leur tour dans la boîte à spams !)
Que 2010 vous soit une année riche, de projets, d’envies, de rencontres. De rencontres surtout, dans ce monde où gagnent la peur, la méfiance et l’individualisme
Magie de la discontinuité calendaire, aux douze coups de minuit d’un certain jour, on se croit en droit d’espérer que le plomb se transforme en or… Las, de discontinuité il n’y a pas réellement, et ce qui était médiocre le 31 au soir n’est pas devenu sublime le 1er au matin…
Néanmoins allons-y, cédons à cette foire aux illusions traditionnelle, souhaitons nous la bonne année. Espérons, espérons de tout notre saoul qu’elle sera meilleure, en dépit du plus élémentaire bon-sens.
Mes meilleurs vœux donc, aigres mais sincères, à l’auteur ainsi qu’à ses lecteurs.
Meilleurs voeux au Yéti ainsi qu’à tous ses lecteurs.
Merci pour tes encouragements à “COUPEZ LES PONTS AVEC LEUR VIEUX MONDE !”
Je sens que le cru 2010 s’annonce encore plus fou, encore plus dingue que le cru 2009 dans le “traitement” des crises financières et écologiques, etc.
Ainsi le système est en train de se précipiter tout seul, inéluctablement, vers son point de rupture, sans même l’ombre d’une perspective de grand soir.
Nul doute que “se tenir à distance” de toutes ces folies, renouer avec un esprit de solidarité peut aussi aider à surmonter ces crises qui nous affectent tous de plus en plus directement, que l’on travaille ou non.
Bonne année à tous.
Merci pour cet article réaliste.
Néanmoins je ne crois pas à Europe Ecologie c’est un parti comme un autre…
Il ne faut rien attendre d’eux d’ailleurs il y en a certains de ce parti qui trouvaient que la taxe carbone était une bonne idée..
Méfiez vous au nom de l’écologie on peut faire avaler n’importe quoi..
même une dictature et c’est la mode d’être écolo..
Certaines entreprises en profitent pour vendre des soit-disants produits écologiques
C’est pourquoi aux prochaines régionales je n’irai pas voter.
J’ai toujours penser qu’il fallait voter mais là trop c’est trop j’en ai trop marre toutes façons il vont tous encore voter comme des moutons pour Sarko..
Cher Yéti,
bravo pour vos voeux que je partage au point d’en avoir fait, après ma traduction de “Comme un tremblement des mentalités” en 2009, une version allemande, que voici.
Comme j’y suis, j’y joins également une traduction de votre bilan 2009.
Ne soyez pas étonné de trouver aussi les voeux de Sarko dans cette contribution, c’est ma façon de faire, je le propose dans le contexte d’une comparaison “génial - banal”, et (smiley) pour attirer davantage de lecteurs sur vos propos au chers concitoyens….
En Allemagne, nous avons bien trop peu de voix qui expriment si intelligemment une chose pourtant si simple: il faut rompre avec le vieux agonisant, sur toutes les échelles, dans le grand et dans le petit, pour avoir fait le premier pas dans un nouvel avenir vivant, qui, à partir de là, se construira en fur et à mesure par notre engagement commun avec les qualités que nous aurons acquis lors de la rupture.
Un nouveau modèle de civilisation, qui ne se construira pas dans une révolution sociale des peuples suivants un quelconque plan idéologique proposé et détenu comme un monopole par des leaders révolutionnaires qui pourtant brillent surtout par leur sectarisme. Je me permet d’exprimer cette idée, pour vous soutenir dans un point précis: je pense, que vous ne devez pas toujours presque vous excuser pour avoir de la sympathie pour Europe-Ecologie. Je veux bien croire que beaucoup de vos lecteurs sympathisent avec la “gauche radicale” qui, section pour section, s’autodeclare être le seuls révolutionnaires et les seuls “forces véritables de gauche” et rejette ce rassemblement comme “bourgeois” ou “pas de gauche” etc..
Mais s’obstinant à prolonger dans l’avenir toujours les mêmes discours et combats d’un passé lointain et proche et du présent, ces forces ne proposent ni le projet positif ni la flexibilité ni la compréhension complexe nécessaires pour mobiliser l’adhésion d’autres personnes qu’eux-mêmes à un combat fructueux pour une transformation radicale de nos sociétés.
Je pense que c’est à eux de faire un effort pour sortir de leur sectarisme idéologique, que ce n’est pas à vous, de vous excuser pour votre regard plutôt positif sur Europe-Ecologie, qui, eux, ont fait cet effort, tous, aussi diversifiés qu’il soient.
En attendant un prochain article m’impressionnant tellement que je le traduirai (et je vous dis que vos morceaux sont des plus durs à croquer pour un traducteur!) pour mon petit discours dans le débat allemand, cette fois je peux vous proposer un essai de ma plume, si cela vous intéresse: J’ai fait une traduction française d’un bilan que j’ai tiré en septembre 2009 de “la super-année des élections en Allemagne”, un «regard sur le déménagement de la culture politique allemande dans les catacombes», titré “L’Hiver Allemand”.
Petit mot aux lecteurs “de gauche” de ce commentaire: je ne veux pas me mêler dans vos débats et disputes, en Allemagne la situation est bien plus triste encore. Prenez donc mes petites remarques pour une vision que l’on peut avoir, quand on a une certaine distance a l’objet regardé. Merci.
Merci pour la traduction, Andreas. C’est un honneur pour moi. Meilleure année possible à toi et aux tiens.