21 décembre 2009
PANDÉMIE GRIPPALE : L'EUROSTAR FRAPPÉ À SON TOUR
Cinq Eurostars cloués par la grippe sous le tunnel de la Manche dans la nuit de vendredi à samedi, victimes du froid et de la neige ! Vite au vaccin !
Que des produits-phares de l’industrie high-tech comme ces rames ferroviaires sophistiquées puissent éternuer aux premiers frimas et garder encore le lit plus de quatre jours après, est un camouflet retentissant à la toute-puissance revendiquée du genre humain face à son élément naturel.
Avec les intempéries, tous ces problèmes de transports ferroviaires, routiers, électriques (plus de deux millions d’habitants de la région PACA viennent d’être brutalement privés d’électricité) sont à la mesure de la confusion dans laquelle s’achève cette désolante année 2009.
La chasse aux responsables, preuve de la prétention humaine à la supériorité
On remarquera la célérité avec laquelle, à chaque fois, tout le monde part en quête des responsabilités, affiche son indignation contre le sort, clame sa volonté de lui river le caquet.
Bussereau (ministre des Transports) réclame une enquête à cors et à cris sur l’interruption « pas admissible » du trafic. Zébulon (président de la République) « exige » la reprise dudit trafic mardi 21 sans faute (faute de quoi, il fait quoi ? Tirer lui-même les rames avec les dents, sans doute ? )
Chercher des responsables, que dis-je, des coupables humains à toutes les catastrophes d’origine naturelle, à tout ce qui vient contrarier la bonne marche de nos sociétés “supérieures”, est une autre preuve de nos prétentions de nouveaux demis-dieux à vouloir dominer notre élément.
Si nous ne maîtrisons pas les éléments naturels et leurs conséquences sur nos technologies, ça ne saurait évidemment être parce que nous sommes soumis au bon vouloir de ceux-là. Mais forcément parce que quelques andouilles de l’espèce ont failli à leur mission de maîtres de l’univers.
Une bonne gelée neigeuse ? un vilain coup de froid ? une éruption volcanique ? Livrez-nous les responsables !
On se marre devant les excuses de ceux (les “andouilles”) qui se défaussent d’avance de toutes responsabilités. Celle des dirigeants d’Alstom, fabricant des péteux joujoux, vaut son pesant de rigolade : les rames en question auraient dépassé leur date limite de garantie ! Comme un trivial radio-réveil ou un banal grille-pain !
Une leçon d’humilité infligée aux “maîtres du monde et des éléments”
Et puis, bien sûr, il y a les “victimes”. Plus de 2000 zozos à se peler les fesses dans l’ombre et le froid, des heures durant, pratiquement privés d’eau et de nourriture, sans messages sensuels sussurés par d’envoutantes hôtesses pour calmer leur « extrême angoisse » et leur expliquer le pourquoi du comment.
Bah, si vous voulez bien, on va établir une priorité dans l’ordre des urgences. Les passagers de nos Eurostars ne sont pas morts de faim, ni de soif, ni de froid, que je sache ! Ils en auront été tout juste pour une bonne trouille et quelques souvenirs pour les longues veillées d’hivers infernaux.
Selon Dominique Baudis (eurodéputé du PPE) qui était du foireux voyage, certains d’entre eux auraient d’ailleurs « bien rigolé » de cette « situation scandaleuse » et de cet « enchaînement d’évènements aberrants ».
Vous savez quoi, je trouve ça plutôt rassurant, moi, de voir la nature venir un peu affoler et rappeler à l’ordre nos obséquieuses fourmis si gonflées d’importance. Ça vous incite à l’humilité, ce genre d’aventure, vous ne trouvez pas ?
Et tenez, si nos autorités indignées tiennent vraiment à faire un exemple, je leur suggère de remplacer au plus vite Pepys le sec (directeur de la SNCF) par la désopilante Bachelot (ministre de la grippe). Ça ne servira à rien, mais ça rajoutera à notre franche poilade.

Commentaires
Tout à fait d’accord avec toi, Yeti !
… On devrait, on pourrait en rire, vue l’importance accordée à ce fait divers par les médias… mais cela devient insupportable quand on sait qu’il y a presque un milliard d’hommes qui souffrent de la famine, sans parler de tous les autres fléaux qui sévissent sur notre planète ! Il est grand temps que cela change …. un coup de balai en 2012 ? 
Les passagers de l’Eurostar ne sont effectivement pas morts de faim et à part quelques frayeurs, ils s’en sont plutôt bien tirés
Dans le même registre, au JT de la RTBF, micro-trottoir dans le hall de l’aéroport de Bruxelles-National suite à l’annulation des décollages de ce dimanche: un passager proclame d’un air scandalisé que “les autorités publiques doivent absolument prendre des mesures pour éviter ce genre de situations” ! Il s’apprêtait probablement à partir en vacances avec une de ces compagnies low-cost pratiquant le dumping social à tour de bras…
Trop fort! Courts-circuits électrique oui, oui, la grippe, le chaud et le froid…Les Russes eux savent le souffler…et le maîtriser. Question d’expérience! Leurs motrices électriques ne connaissent pas ce genre de soucis. Preuve en ait que la SeNeCeFe va désormais s’en inspirer: tropicaliser le matos. En parallèle, les “têtes de premiers de la classe” (le top de l’école des mines) continu de vous affirmer que grâce à leur “totale maîtrise” aucun incident-accident n’est à envisager dans une centrale nucléaire. Les catastrophes c’est bien connu cela n’arrive qu’aux mauvais.
Terrible l’homme!
A force de rouler trop vite il était inévitable que nos fiers Eurostars s’enrhument : il aurait fallu protéger leurs bronches avec du papier journal…Maintenant il va falloir les traiter aux tamis flux…
C’est tout de même incroyable qu’à notre époque le consommateur soit soumis aux aléas de la météo :nos avions ? au sol…Nos camions ? couchés! Nos autos ? dans le fossé ! Nos trains ? Veulent plus rouler ! Nous sommes pris en otage par le thermomètre : faut le casser .
Roselyne Bachelot assignée au Tribunal de Grande Instance de Paris
http://www.alterinfo.net/Roselyne-B…
C’est la nuit à L’viv en Ukraine, dans un vieux trolley exténué qui crache toutes les étincelles qu’il peut. Dans une montée, il s’arrête, tous feux éteints. Une minute de panne avant de repartir. Pas un mot pas un cri dans le compartiment. J’imagine alors ce qu’on aurait entendu dans notre beau pays : les vociférations, les attaques sur ces salauds de fonctionnaires, les appels affolés sur cent portables.
PS1 Qu’on n’ait pas pu, dans les minutes qui suivirent la panne, envoyer une brave draisienne remorquer le convoi, voilà qui m’étonne encore. J’ai tort : pour ces bons technocrates, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.
PS2 Yéti, y étiez-vous dans ces Eurostars pour savoir comment les passagers ont vécu tout ça ? Dit autrement : parleriez-vous avec autant de philosophie si vous aussi, avec femme et enfants comme beaucoup, vous vous étiez longuement pelé les miches dans le noir ?
@ PMB
1/ Je n’y étais pas, mais les témoignages de voyageurs pullulent.
2/ Toujours difficile de dire ce que l’on aurait fait si… (je ne me considère pas comme une référence).
En tout cas, je sais ce que j’aurais essayé de faire, et ce que je pense avoir toujours à peu près réussi lors des nombreuses mésaventures du même type qui me sont arrivées en près de soixante années de vie : ne jamais gémir sur mon sort.