Syrie : l'escalade imbécile

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59 missiles Tomahawk tirés de deux destroyers US sur une base militaire syrienne dans la nuit du 6 au 7 avril 2017

Il fallait être très prudent dans cette affaire d’attaque au gaz en Syrie, ne pas tirer de conclusions hâtives inspirées d’une vague “intime conviction”, elle-même aiguillonnée par une émotion incontrôlée et des présupposés aléatoires. Mais l’empire américain a-t-il encore les moyens d’être prudent ?

À l’heure qu’il est, rien, absolument rien ne permet de désigner le coupable de cette tragédie. Nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses,.

1. L’hypothèse d’une culpabilité de Bachar el Assad tient difficilement. Assad est peut-être un dirigeant cruel et sans égard pour sa population comme nous le clament en boucle les médias occidentaux, mais est-il à ce point stupide pour déclencher une opération totalement contreproductive, alors que son armée est en train de prendre nettement l’ascendant militaire sur le terrain contre les troupes d’al-Nosra et de Daech ?

2. L’hypothèse d’une machination des rebelles islamistes, pour déclencher une réaction occidentale en Syrie et sauver une situation militaire compromise, peut être raisonnablement envisagée, mais reste une hypothèse tant qu’aucune preuve ne la corrobore.

3. L’hypothèse d’une manipulation américaine pour reprendre pied au Moyen-Orient, où sa suprématie était largement battue en brèche par le trio Iran-Russie-Syrie,souffre elle aussi de l’absence de preuves. Même si on a déjà vu par le passé de quels coups tordus étaient capables les néocons US pour justifier une intervention militaire agressive (les fameuses “armes de destruction massives” de Saddam Hussein en Irak), cela ne suffit pas à emporter l’adhésion.

4. L’hypothèse d’un accident n’est même pas à exclure : un bombardement par la coalition russo-syrienne d’un dépôt d’armes chimiques détenues (illégalement) par les “rebelles” a été évoquée.

Une opération militaire US aussi vaine que crétine

Mais pendant que les hypothèses et les supputations vont bon train, les choses se sont précipitées avec une intervention militaire directe des États-Unis contre les forces syriennes qui amènent  trois constats :

a. Les frappes américaines de la dernière nuit en Syrie sont d’une bêtise confondante en matière d’efficacité militaire : comme si 59 missiles Tomahawk tirés de deux destroyers américains patrouillant au large des côtes syriennes pouvaient inverser le cours des événements et des équilibres géostratégiques aux Moyen-Orient.

b. Ces frappes ont été menées sans le moindre mandat de l’ONU et de façon si précipitée qu’elles accréditeraient presque l’hypothèse 3 formulée ci-dessus, celle d’une grossière manipulation US.

c. Ces frappes révèlent le caractère  totalement versatile et imprévisible du président Trump, qui s’est rangé au quart de tour aux côtés de ses adversaires néocons.

La conclusion (provisoire) de tout ceci est qu’on a presque l’impression d’assister au règlement imbécile d’un problème intérieur US, via une opération de guerre extérieure aussi vaine que crétine.