Justice expéditive : les Occidentaux bien décidés à abattre leurs jihadistes

Justice expéditive : les Occidentaux bien décidés à abattre leurs jihadistes

Selon des voix officielles, les autorités occidentales préfèrent liquider les jihadistes étrangers plutôt que de les traduire en justice.

Les jihadistes britanniques qui “refusent de faire allégeance au gouvernement britannique” doivent être “abattus dans la plupart des cas”, au nom de la survie de notre civilisation, et quelles que soient “les questions morales très difficiles” que cela pose, vient de déclarer le ministre britannique du Développement international, Rory Stewart :

“Je crains que nous devons sérieusement considérer que ces gens représentent un sérieux danger pour nous, et que malheureusement la seule façon de traiter avec eux sera, dans presque tous les cas, de les tuer.”

Brett McGurk, haut émissaire américain de la coalition occidentale, surenchérit en disant que sa mission est de  s’assurer que chaque combattant étranger de Daech en Syrie devait mourir en Syrie.

Florence Parly, ministre française des Forces armées, enfonce le clou :

« Si des djihadistes périssent dans les combats, c’est tant mieux. »

Quelle différence avec les jihadistes appelant à massacrer le maximum d’infidèles ?

Pour Robert Fisk, correspondant de The Independent au Moyen-Orient, le problème n’est pas vraiment de savoir si les jihadistes méritent ou non de vivre (et d’être traduits en justice), mais que nous soyons en train de devenir aussi sauvages qu’eux :

“En tuant des combattants de Daech au lieu de les traduire en justice, nous devenons aussi coupables que nos ennemis.”

Derrière les habituelles précautions hypocrites de langage – le mot “neutraliser” est unanimement préféré à celui de “tuer” – c’est bien à une exécution sans sommation de leurs citoyens égarés chez Daech qu’appellent les autorités occidentales. Et celles-là d’en rajouter en demandant à leurs alliés locaux – turcs, kurdes, irakiens, saoudiens, égyptiens… – de se charger du sale boulot.

Quelle différence, pouvez-vous me dire, avec les jihadistes appelant à massacrer le maximum d’infidèles ? Il y a longtemps que le sens de la justice du camp du Bien ne fait plus illusion. Mais le problème, c’est qu’à vouloir ouvertement emprunter les voies radicales de nos obscurs ennemis, ceux-ci finissent par se montrer plus efficaces que nous. Comme cela vient de se produire en Égypte où des jihadistes viennent de massacrer 50 officiers de police (dont deux généraux et 11 colonels) qui cherchaient précisément à monter une embuscade mortelle contre eux.

L’autre risque tient aux dérives inévitables de ces fuites en avant. Robert Fisk :

“Tout d’abord, nous voulons exécuter nos citoyens qui ont rejoint Daech. Ensuite, nous voudrons que tous les citoyens qualifiés de “terroristes” soient exécutés, qu’ils soient partisans ou non de Daech. Puis la mesure pourra être étendu à tous ceux qui soutiennent le Hezbollah ou les Palestiniens ou les Kurdes ou toutes ces minorités que nous détestons ou encourageons à haïr. Et finalement à tous ceux qui “refusent de faire allégeance au gouvernement britannique”.”

Le ministre Rory Stewart mentionne « des questions morales très difficiles », conclut Robert Fisk. Mais de quelles “questions morales” s’agit-il ? Amnesty International ? Human Rights Watch ? Un mot à ajouter sur la question ? Non, rien ?

Ah si, moi oui, un mot : l’avantage des justiciables exécutés avant jugement, c’est aussi qu’ils ne parlent plus, ni des conditions de leurs participations au Jihad, ni des soutiens occultes dont Daech aurait pu bénéficier pour mener sa croisade contre le satan syrien Assad.

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<p>Un “voyageur à domicile” en quête du monde d’après.</p>