Ordonnances : Macron gagne le point… mais la partie continue

Ordonnances : Macron gagne le point… mais la partie continue

Macron a gagné la manche des ordonnances. Mais pouvait-il en être autrement avec une telle majorité parlementaire dans un pays aussi figé ?

Pour l’instant, Macron a le point, a reconnu Jean-Luc Mélenchon. Le nouveau président a fait passer ses ordonnances en cinq mois. Et le pays est resté immobile. Pour l’instant…

En réalité, Macron ne pouvait pas échouer, et ce pour trois raisons :

  • il disposait de la majorité parlementaire pour le faire ;
  • il bénéficiait de l’atonie des vieilles forces de contestation, notamment syndicales ;
  • et surtout, Macron n’avait pas d’autres choix que de réussir son entreprise de démolition sociale.

Un dépeçage sauve-qui-peut

Emmanuel Todd l’a très bien dit : Macron n’a aucun pouvoir, sinon celui de faire ce que ces commanditaires lui ont intimé de faire, à savoir piquer ce qui pouvait être piqué, au besoin par la brutalité (les ordonnances), dans un système à la dérive.

Car Emmanuel Macron a hérité d’un système en miettes avec :

  • un système financier comateux, ne survivant que par les émissions de monnaie planche à billets de la Banque centrale européenne (80 milliards d’euros par mois !) ;
  • un système économique fossilisé, sans croissance, sans création d’emplois, sans aucune autre perspective qu’une lente et douloureuse érosion ;
  • un paysage politique dévasté avec la disparition de ce bipartisme de façade qui donnait l’illusion d’une (fausse) alternance démocratique.

En réalité, Macron et sa bande ne font que ce que font tous les capitaines de navires naufragés : dépecer la nef en perdition avant de l’abandonner et qu’elle ne coule.

Jouer la carte jeunes

Les dégâts sont considérables, mais la victoire par ordonnances de Macron est une victoire à la Pyrrhus qu’il ne doit qu’à une population en état de choc, incapable de réagir à ce qui lui arrive. Certainement pas à l’équipe de bras-cassés parlementaires qu’il a réuni en catastrophe pour suppléer à l’effondrement du vieil attelage “UMPS”.

The Fall of Emmanuel Macron (la chute d’Emmanuel Macron), titre le website américain ExtraNewsfeed, constatant la perte de popularité retentissante du nouveau président français (pire que Trump !) et de son gouvernement. En six mois, écrit ExtraNewsfeed, Macron aura réussi l’exploit de s’aliéner toutes les classes sociales de son pays, à commencer par ses propres électeurs. Pire, il n’ aura été capable de compenser son manque criant d’envergure que par un autoritarisme immature et des propos irresponsables contre ses propres concitoyens (“fainéants”).

Une seule force politique est aujourd’hui en mesure de fédérer le mécontentement populaire : la France insoumise. Mais, et cela a été l’autre leçon de ce début de quinquennat, à condition de cibler soigneusement son soutien populaire : non pas en perdant son temps avec les veilles lunes politiques et syndicales obsolètes du monde d’avant, non pas en attendant comme Godot la réaction de majorités par nature craintives et silencieuses, mais en s’appuyant sur les vraies forces vives de la nation : les jeunes.

Ce sont les jeunes qui ont voté majoritairement pour Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle 2017. Ce sont les jeunes qui pâtissent le plus des régressions macroniennes. Ce sont les jeunes qui de tout temps ont fourni les forces vives indispensables aux révoltes et aux révolutions. Seule la carte jeunes est susceptible de renverser une situation politique compromise. Le point des ordonnances est perdu certes, mais la partie continue.

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<p>Un “voyageur à domicile” en quête du monde d’après.</p>