Le point sur l’effondrement : la France en pleine tourmente

Le point sur l’effondrement : la France en pleine tourmente

L’effondrement n’est plus une théorie, mais un constat. Il suffit d’observer la situation un peu partout dans le monde occidental pour s’en persuader. Cas exemplaire : la France où la décomposition s’amplifie à tous les niveaux.

  • Un effondrement économique

La France 5e (ou 6e) puissance économique mondiale ? Allons donc, le PIB français est constitué en grande partie grâce à des sociétés qui ne paient plus d’impôts en France, dont les activités sont largement délocalisées, qui sont hors du contrôle des instances politiques, qui n’investissent plus rien en France.

La fameuse “reprise” dont certains avaient cru devoir faire grand cas n’a évidemment été qu’un feu de paille conjoncturel. Déjà en ce premier trimestre 2018, la croissance est presque revenue au point zéro (+0,2%). Et vous pouvez d’ores et déjà parier sur un retour prochain de la récession. Comment voulez-vous faire de la croissance avec des revenus en baisse généralisée (dépenses privées de consommation qui chutent), des coupes sombres budgétaires partout (les fameuses “dépenses publiques” qu’ils veulent réduire à coup d’austérité)…

  • Un effondrement financier

… et du fric qui va se planquer (et mourir) dans les paradis fiscaux ! En 2017, les actionnaires confisquaient deux tiers des bénéfices (deux fois plus qu’en 2000), pour seulement 27,3% consacrés au réinvestissement et 5,3% en “part du pauvre” (les salariés). Il est clair depuis longtemps que la préoccupation des actionnaires n’est plus d’alimenter la machine économique, mais de la dépecer de ce qui lui reste avant qu’elle ne rende l’âme.

Attitude totalement suicidaire puisque l’argent ne vaut que par la santé des économies et du système monétaire mondial – la France, sous régime sec de l’euro, n’a précisément plus de système monétaire ! Que ces deux pans de la muraille capitaliste s’écroulent (regarder comme l’étalon-dollar est aujourd’hui sur le reculoir) et leur fric ne sera plus qu’une suite de chiffres morts sur des logiciels comptables vérolés. Rappelez-vous ce qu’il advint de l’argent des Russes blancs lors de la révolution de 1917 : de la poussière.

  • Un effondrement social

Le chaos social par ordonnances ! On n’en finit plus de lister les exemples du dépeçage du modèle social français par le régime Macron (et prédécesseurs). Plus l’effondrement du système approche, plus le rythme de la casse sociale accélère et le précipite : chômage endémique que la précarisation du salariat ne parvient pas à enrayer, services publics promis au démantèlement en règle, hôpitaux en plein marasme, torpillage des transports publics, éducation désarticulée, peinant à recruter des enseignants dégoutés d’avance, classes populaires (salariés, retraités, handicapés, précaires en tout genre…) rongées par les taxes et la suppression des aides sociales… Et pour finir la multiplication d’actes de désespoir comme les suicides au travail ou la dramatique grève de la faim à l’hôpital psychiatrique de Saint-Étienne du Rouvray [photo].

  • Un effondrement politique

Il va de soi que ce ne sont pas les dépeceurs du régime Macron qui vont redresser la barre, bien au contraire. D’ailleurs, Macron n’est qu’une coquille vide, le pitoyable homme de main des technocrates fous de Bruxelles et des financiers, juste un petit con ridicule jouant au monarque d’opérette devant sa cour médiatique déliquescente et revancharde. Allez-y, osez me dire qu’il n’y a pas dans cet affligeant spectacle présidentiel, ministériel, mais aussi parlementaire, tous les symptômes de la dégénérescence politique.

Soit on précipite la rupture, soit la rupture se précipitera toute seule à nos dépens

Le problème, c’est qu’il n’y a pas pour l’heure d’alternative envisageable, je veux dire par voix démocratique. Je ne parle évidemment pas des populistes de droite qui s’accrochent à des valeurs faisandées d’autrefois et témoignent surtout de la confusion morale et psychologique qui règne dans le pays.

Mais hélas, pas d’alternative à gauche non plus, d’abord parce que la présidentielle de 2022 est loin ; ensuite parce qu’il tombe sous le sens que les rapaces du capitalisme mondial n’ont absolument nulle intention de le permettre (cf. le Mélenchon bashing qui va désormais jusqu’à des menaces de mort physique) ; enfin parce que la gauche (je parle ici de la seule gauche rescapée, la France insoumise) n’a pas encore suffisamment fait le deuil du monde d’avant. On le voit bien à travers son illusoire plan A pour une refondation de l’UE par l’intérieur. On le voit aussi par son addiction persistante à certains critères périmés du vieux monde d’avant : la croissance (même écologique, c’est de la croissance), l’émancipation par le plein emploi (alors que le travail est naturellement en régression et n’a d’ailleurs jamais été l’objectif premier de l’activité économique)…

Le temps n’est plus de sauver les acquis d’une époque révolue, mais de participer à l’avènement de nouveaux conquis : nouveaux statuts de la nouvelle fonction publique, nouveau Code du travail et du temps de loisir, reconfiguration de la Retraite par répartition…

C’est dans cette optique que je persiste à soutenir la France insoumise. Mais aussi bien sûr parce qu’elle dispose déjà d’une base de mesures concrètes à travers son programme, L’Avenir en commun. Malgré ses lacunes et quelques mesures à côté de la plaque (sur l’UE), LAEC est un excellent support post-effondrement.

Mais si la France insoumise persiste à refuser de prendre la rupture politique à son compte immédiatement, à attendre des institutions pourries et corrompues de la 5e République qu’elles lui permettent d’accéder au pouvoir, eh bien, c’est la rupture qui se précipitera toute seule et dans des conditions beaucoup plus déplaisantes et plus difficilement maîtrisables.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.