DÉBUT DES ÉMEUTES

((/public/greve_guadeloupe.jpg|greve_guadeloupe.jpg|L))Il fallait évidemment s’y attendre. La dramatique situation économique et politique actuelle, ses conséquences sociales, les désillusions et les exacerbations qu’elle engendre, ne pouvaient que déboucher sur des troubles graves. Or voilà que deux évènements, parfaitement distincts de par leur nature, se rejoignent par leurs conséquences. Le premier touche aujourd’hui un département dit “d’outremer”. Le second a éclaté en métropole, à Paris.

Depuis plusieurs jours, une grève générale, une grève très dure, paralyse la Guadeloupe. ”<< Entreprises et écoles fermées, coupure d'électricités, routes bloquées... Le collectif ''"Kont pwofitasyon"'' ("contre l'exploitation outrancière") ne baisse pas la pression sur les pouvoirs publics et les entreprises guadeloupéennes. Constitué d'une cinquantaine de syndicats et partis politiques, le collectif réclame la baisse immédiate des prix des produits de première nécessité, des carburants, des impôts et taxes et une augmentation des salaires. >>”$$[Rue 89|http://www.rue89.com/2009/01/23/la-guadeloupe-paralysee-par-la-greve-generale], 23 janvier 2009.$$ Vous avez bien lu : … ”<< constitué d'une CINQUANTAINE de syndicats et partis politiques >>”. Difficile de prétendre après ça qu’il s’agit d’une petite minorité d’aigris revanchards ! Contrairement à leurs prédécesseurs guyanais qui en 2008, se révoltèrent pour le seul argument du prix des carburants, et s’arrêtèrent sitôt satisfaction obtenue, les mutins de Guadeloupe ne se limitent pas à quelques doléances sur ”<< la vie chère >>”, telles qu’exposées par la presse officielle. Ceux-là ont publié un manifeste exhaustif de leurs revendications (lire [ici|http://ugtg.org/article_700.html]). Les raisonnant cartésiens à courte vue qui le liront diront que tout ceci fait plutôt catalogue foutraque. Pourtant, plutôt que d’une confusion des genres, c’est bien d’une remontée brutale des rancœurs et des frustrations accumulées au fil des années qui éclate soudain. Car la virulence des actes a eu tôt fait d’illustrer la fureur qui les provoquait : blocages économiques (hôpitaux, entreprises, commerces, journaux, routes…), intimidations assumées, déversements d’ordures sur la voie publique, violences sporadiques, voitures et poubelles incendiées… Le chœur des pleureuses peut toujours hurler au sacrilège de la République une et indivisible et du droit inaliénable de travailler. Il y a fort à craindre que ces criailleries ne se dissolvent dans le fracas de la sédition. L’autre évènement qui mérite à mon sens d’être rapproché du précédent, même si en apparence, aucun point commun ne les relie, sinon le brusque déchainement d’une colère, s’est passé à Paris, le vendredi 23 janvier 2009 : des milliers de voyageurs ont été bloqués deux heures durant à la gare Saint-Lazare. Un simple incident de personne tombée sur la voie qui dégénère en véritable bronca populaire. ”<< "Quand le train s'est arrêté, tous ceux qui suivaient ont été arrêtés aussi et plusieurs milliers de voyageurs impatients ''(vous avez bien lu : "plusieurs milliers", c'est un responsable de la SNCF qui le dit !)'' sont descendus sur les voies, entre Pont Cardinet et Saint-Lazare", amenant la SNCF à interrompre toute circulation, a-t-il ajouté$$Roland Bonnepart, directeur régional de la SNCF, dans une déclaration à l'AFP.$$. >>” ”Des voyageurs impatients ont encerclé un local d’accueil et ont brisé deux vitres de ce local et craché sur les autres, a constaté un journaliste de l’AFP. De très nombreux voyageurs ont lancé des cris de haine et des insultes contre les agents de la SNCF et les syndicalistes de Sud accusés d’incompétence.” ”Des passagers surexcités par toute une série de dysfonctionnements récents au départ de cette gare, ont pris à partie des agents SNCF, menaçant de leur casser la figure, au point que ces derniers se sont réfugiés dans le local d’accueil du public, sous la protection de policiers. >>”$$[Libération.fr|http://www.liberation.fr/societe/0101314273-trains-arretes-a-saint-lazare-plusieurs-milliers-de-voyageurs-bloques], 23 janvier 2009.$$ Bien sûr, comme nous l’avons dit, les deux évènements sont de nature fort différente. Autant le premier est structuré et s’appuie sur un catalogue de revendications détaillées (qu’on les approuve ou non), autant le second tient de l’explosion de rage fulgurante. Il n’empêche que tous les deux illustrent à leur manière les premiers dérèglements périlleux d’une conjoncture générale loqueteuse. Leur différenciation montre ô combien les incertitudes qui nous attendent dans les mois à venir, quant à leurs issues. Mais si on prend en compte plusieurs autres “foyers d’agitation” organisés comme [ces milliers d’enseignants des écoles|http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/index-252147.html] ayant ouvertement décidé de rentrer en résistance civile active contre la stupidité des nouveaux programmes, [ces grèves|http://eco.rue89.com/2008/11/19/avec-vous-eco89-tient-a-jour-la-carte-de-la-crise-sociale] plus ou moins sauvages, plus ou moins spontanées qui prolifèrent sur l’ensemble du territoire, si l’on considère la multiplication des reculades gouvernementales devant les coups de boutoirs de plus en plus décidés des protestataires (suspension de la réforme des lycées, satisfactions de la quasi totalité des revendications posées par les cheminots de Sud SNCF St Lazare…), si l’on veut bien enfin réaliser que la crise nous entraine vers des lendemains de plus en plus insupportables, on peut désormais tenir pour certain que cette prolifération exponentielle des étincelles pousse tout doucement notre pays vers une situation que l’on peut qualifier d’insurrectionnelle. ///html

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/// ++Post-scriptum++ : les émeutes dont il est question ci-dessus concernent spécifiquement le territoire français. Mais nul ne peut ignorer que des soulèvements sporadiques ont éclaté sur d’autres contrées. Les premières émeutes du genre ont été [celles de la faim|/index.php?post/2008/04/15/288-au-coeur-de-la-tourmente] en avril 2008. Il y eut aussi le mouvement de révolte grec qui d’ailleurs continue, même si les médias du microcosme se gardent bien d’en parler. Pour ne s’en tenir qu’aux confins de l’Empire, des mouvements similaires se déclenchent aujourd’hui en Europe (toujours dans l’assourdissant silence médiatique) : Islande, Lettonie, Lituanie, Bulgarie… Et il serait étonnant, vu son état de marasme grandissant, que d’autres mutineries ne voient pas prochainement le jour sur le territoire étatsunien lui-même. Devant la poursuite inéluctable, et de plus en plus effrayante, de ce délitement économique et politique mondial, les populations vont progressivement se retrouver le dos au mur. Elles n’auront plus d’autres choix que de se révolter ou mourir. La “chance” des révoltés, c’est que dans ce cas précis le pouvoir des “puissants” sera lui aussi grandement affaibli par la dépression que nous allons traverser. Voilà pourquoi les plus grands bouleversements sociaux sont souvent intervenus lors de ces périodes de crise aigüe.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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