Européennes 2019 : pourquoi, en l’état, je m’abstiendrai

Européennes 2019 : pourquoi, en l’état, je m’abstiendrai

Les élections européennes auront lieu en France le 26 mai 2019. Lançons le débat : en l’état je m’abstiendrai et voici pourquoi.

D’abord, il y a les raisons que je qualifierai de politiquement structurelles et qui font que je ne participe plus à ce scrutin depuis 2005. Je rappelle ces raisons, déjà exprimées lors des précédents scrutins :

  • je ne participe pas à l’élection d’un Parlement européen régi par un traité constitutionnel (dit de Lisbonne) que mon pays a majoritairement refusé en mai 2005 ;
  • je ne participe pas à l’élection d’une chambre fantoche, sans aucun autre pouvoir que de voter des motions plus inutiles les unes que les autres.

Une seule chose, expliquai-je alors, pourrait me faire sortir de ma réserve abstentionniste : l’entrisme d’un groupe véritablement subversif, non pas pour réformer l’Union européenne de l’intérieur, chose parfaitement inconcevable comme on l’a vu en Grèce et récemment en Italie, mais pour y manifester aux avants-postes son intention d’en finir.

Le cas de la France insoumise

Je soutiens la France insoumise sur bien des points de son programme L’Avenir en commun (LAEC), mais ne la suis hélas pas sur son projet européen, bien trop ambigu selon moi :

  • le plan A qui consiste à vouloir contraindre l’UE à renégocier ses traités en faisant valoir la position française de 2e puissance économique européenne me paraît relever de la pure et d’ailleurs assez déplaisante forfanterie cocardière : on ne négocie pas avec un partenaire qui possède et gère votre porte-monnaie et votre monnaie (BCE) ; et faut-il être une puissance mondiale économique agressive pour imposer sa souveraineté nationale ? Quid de l’Islande ?
  • le plan B, celui de la rupture, vient évidemment beaucoup trop tard, c’est-à-dire après une période de discussion du plan A pendant laquelle les instances de l’UE auront tout loisir de torpiller, non seulement les discussions en cours, mais même la mise en route du reste du programme LAEC si la FI parvenait au pouvoir en France ;
  • EDIT du 09/10/2018 : sentant sa stratégie plan A/plan B prendre l’eau, la FI vient de changer son fusil d’épaule et propose désormais « un vote sanction contre Macron » ; c’est de l’enfantillage ; on vote pour un projet, pas contre un imbécile, surtout dans une élection qui ne le menace en rien.

Voilà pourquoi, en l’état, je ne peux me décider à voter pour la liste France insoumise à ce scrutin particulier du 26 mai 2019. J’ajoute que l’accord de groupe conclu par la FI avec l’Espagnol Podemos et le Portugais Bloco ne me convainc pas plus. Le document commun publié par ces trois formations a beau employer un langage vigoureux de circonstances, il ne réclame rien de plus que cette Europe sociale illusoire, impossible sans peuples préalablement souverains pour l’imposer contre les traités qui bétonnent l’UE néolibérale actuelle.

Rendre à notre pays son autonomie

Que faudrait-il alors pour qu’une liste aux européennes puisse trouver grâce à mes yeux d’électeur ? Eh bien qu’elle nous propose un projet clair visant à rendre l’autonomie à notre pays en permettant à ses citoyens de reprendre la maîtrise de leurs protocoles de production en matière financière, économique, sociale, éducative et de santé :

  • Cela passe d’abord par une reprise en main de l’outil monétaire avec la réhabilitation des pouvoirs de la Banque de France et la création d”une monnaie nationale parallèle à l’euro.
  • Cela passe ensuite par la revendication de la spécificité culturelle et sociale française en matière de services publiques et de sécurité sociale.
  • Cela suppose enfin, non pas des confrontations ou des ruptures brutales, mais des propositions de collaboration apaisée avec nos voisins, toujours membres ou non de l’UE, dans le respect mutuel des souverainetés de chacun.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.