Après Charlottesville : mort d’une nation sur fond de guerre civile

Après Charlottesville : mort d’une nation sur fond de guerre civile

La vie ou la mort d’une nation se mesurent aux symboles qui consacrent l’unité d’un peuple, ou son éclatement. Les scènes de guerre civile de Charlottesville montrent que les États-Unis sont aujourd’hui une nation au bord de l’éclatement.Dans le proche présent et par le passé, il y eut des exemples où des tragédies débouchèrent sur des résurrections nationales remarquables. Citons la Russie de Poutine, l’Afrique du sud de Mandela, mais aussi les États-Unis post-guerre de Sécession de Lincoln.

1. C’est sous la présidence de Poutine que la Russie a su recoller les morceaux brisés de son unité nationale après trois générations de soviétisme, d’hostilité Rouge/Blanc, ponctuées par la chute du mur de Berlin et les égarements de l’époque Eltsine.
Dans un billet intitulé Death of a Nation, Daisy Luther note que cette reconstruction russe s’est faite à trois niveaux : religieuse (la réunification historique de l’Église orthodoxe russe entre le Patriarcat de Moscou et l’Église orthodoxe russe exilée à New York), civique (l’ancienne capitale russe a retrouvé son nom de Saint-Pétersbourg, mais la banlieue environnante porte encore le nom de Leningrad) et militaire (l’étoile rouge sur les avions et les véhicules de l’armée de terre côtoie désormais la croix bleue de Saint-André flottant sur les navires de la marine).

2. Entre 1994 et 1999, Nelson Mandela mit à profit sa présidence pour rabibocher les camps adverses Blancs/Noirs  en enrayant toutes velléités de représailles par les victimes de l’apartheid contre l’ancienne classe dominante blanche.

3. À peine achevée la guerre civile de Sécession en 1865, Abraham Lincoln appela à “panser les blessures de la Nation” par une réconciliation entre ennemis Bleus et Gris. Des années plus tard, les vétérans des deux camps parvenaient à célébrer côte-à-côte le cinquantenaire de la bataille de Gettysburg qui les avait cruellement opposés.

Trump n’est ni Lincoln, ni Mandela, ni Poutine… mais ses opposants non plus !

Dans l’état actuel des choses, rien de tout cela n’est aujourd’hui envisageable dans l’Amérique de Trump. Les choses dégénèrent même à une vitesse accélérée.

Outre l’explosion de violence à Charlottesville, on vient d’assister médusés à la mise à bas rageuse de plusieurs monuments commémoratifs confédérés à Durham et à Baltimore. Cette furie à vouloir détruire les symboles historiques de la vieille Amérique dessine les images désastreuses de ce que Daisy Luther appelle une “fake America” déchirée, a-historique, sombrant dans la violence intercommunautaire et l’anarchie.

Bien sûr, Trump n’est ni Lincoln, ni Mandela, ni Poutine. Et ce n’est pas ses déclarations irresponsables renvoyant dos à dos les suprémacistes blancs et leurs indécrottables adversaires “antifas” qui vont arranger les choses.

Mais les tentatives sournoises de ses opposants, via un “Russiagate” inventé de toutes pièces, pour frapper d’impeachment leur président régulièrement élu, ne valent guère mieux. Daisy Luther :

“Si quelqu’un est tenté de croire que la nouvelle Amérique [débarrassée de Trump] sera plus paisible dans la gestion des affaires du monde, détrompez-vous. Ce n’est pas un hasard si les mêmes forces qui veulent déboulonner Trump et aussi redéfinir l’identité de notre pays coïncident presque exactement avec ceux qui veulent une Amérique agressive pour imposer “nos valeurs” – je veux dire “leurs valeurs” – à la terre entière.”

=> Lire : Death of a Nation, par Daisy Luther

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<p>Un “voyageur à domicile” en quête du monde d’après.</p>