Western : la vie quotidienne d’un employé de supermarché

Western : la vie quotidienne d’un employé de supermarché

Bienvenue en Macronie ! Robin Vettier finance ses études en travaillant les fins de semaine dans un supermarché d’une « ville avec des gens assez riches et huppés. »


[…] Ce weekend, c’était vraiment trop. Je me suis fait insulter dans tous les sens, sans raison. Les gens ont perdu la notion du respect […] Je suis caissier mais je suis souvent à l’accueil là où les gens viennent se faire rembourser. Si vous avez une question, un problème ou quoi, bah, c’est moi le gars […]

Dimanche 18/02. Y a du monde en caisse. Une dame vient me voir car elle a des enfants handicapés et aimerait passer en caisse prioritaire, les gens ne la laissent pas passer. Je l’accompagne, rappelle à tout le monde que c’est une caisse prioritaire et qu’elle passera devant eux. Je pars deux secondes dans les rayons, je reviens devant cette caisse et ça se hurle dessus.

Une vieille a décrété que les enfants n’étaient pas assez handicapés pour passer devant elle et que « elle aussi, elle peut boiter et faire semblant pour faire chier les autres. » L’enfant de la dame […] miaule au lieu de parler. J’ai dû expliquer à une femme adulte que non, en France, on laisse passer les handicapés devant et qu’on attend derrière.

Une journée bien remplie

Samedi 17 février

– Une dame sort par les portiques avec une bouteille de vin sans ticket dans son sac. Elle a volé. On a eu droit à des hurlements, des pleurs pendant 20 minutes, des « Fuck you » (ouais, elle est étrangère), des « vous êtes racistes, misogynes », etc.

– Il y a du monde en caisse. Un monsieur m’interpelle : « Eh tête de bite ! Pourquoi y a du monde en caisse et pas de caissières ? »

– Une dame veut laisser son sac à l’accueil avant de faire ses courses. Il y a trois personnes devant elle. Étant pressée, elle me jette son sac à la figure en prétextant que je l’ignore et que de toute façon elle a un train à prendre.

– Une dame n’a que huit euros pour payer ses courses. On fait donc passer ses produits frais en priorité car on ne peut pas les remettre en rayon. « Vous faites ça parce que je suis arabe c’est ça ? » Une jeune femme derrière elle, caissière à Auchan apparemment, lui dit qu’elle a le droit d’aller se plaindre si elle veut parce que dans son magasin c’est pas comme ça. Zéro solidarité !

– Un monsieur vient me voir en demandant la direction. Je lui dis que le directeur est parti et que je peux peut-être l’aider. « Vous vous foutez de ma gueule ? Où est le cahier des doléances ? » Y en a pas. Mais vous pouvez envoyer un courrier. « Vous vous foutez de moi ! » Non, non, je peux vous donner le nom du directeur si vous vou… « Arrêtez de jouer au con. JE suis le client. J’AI le droit. Alors je fais comment, moi, si je veux me plaindre ? Y a deux pompes à essence hors-service. » Oui, nous avons appelé des réparateurs, ils viendront sous peu.
« Mais vous vous prenez pour qui en fait ? À part à jouer au con. Vous n’êtes qu’un analphabète, un illettré, je savais que vous seriez inutile avec vos manières là *imitations homophobes*. » J’appelle la sécurité. « Ah, vous voulez me casser la gueule, c’est ça ? » La sécurité arrive, c’est juste au cas où. Il continue ses remarques homophobes. J’ai perdu patience et lui ai dit que j’allais lui mettre ma main sur la figure s’il continuait […]

– Une dame fait un scandale au personnel des rayons car les bouteilles de Coca n’ont plus d’image de lion dessus. Elle veut voir le directeur sur le champ.

– Une dame m’appelle au téléphone pour me dire qu’une caissière a embrouillé son mari pour lui prendre plus d’argent sur son ticket resto et qu’elle exige qu’on lui redonne son ticket.

Autres journées, autres galères

Samedi 10 février. Un monsieur passe aux caisses automatiques avec sa poussette et son bébé. Des articles sont dans la poussette mais il ne les sort pas. En sortant on lui demande de les sortir pour vérifier. Il se met à hurler, on l’entend à l’autre bout du magasin. Il hurle, crie, nous menace, nous dit qu’on le harcèle. Quinze minutes plus tard, trois chefs de rayons sont devant les portes pour l’empêcher de partir. Impossible de parler avec lui tellement il hurle. Il prend sa poussette (avec son bébé) et l’utilise comme bélier contre mes chefs.

Son bébé reste stoïque. Dix minutes plus tard il lâche la poussette, prend ses sacs de courses et part en nous laissant son fils. On a dû le rattraper pour qu’il reprenne son gosse. Tout ça pour qu’au final on constate que les articles viennent d’un autre magasin.

Dimanche 11 février. Une dame m’appelle au téléphone et exige de parler au directeur pour savoir pourquoi les chansons qui passent dans le magasin sont en anglais et non en français. Elle nous ordonne de changer ça de suite.

Samedi 10 février. Des gens font la queue en caisse. Deux darons commencent à se mettre sur la gueule car l’un était là avant l’autre. J’ai dû les séparer, moi 1m75 et 56kg…

Samedi 10 février. Une caissière a fini sa journée. Elle dit aux clients qu’après le dernier monsieur, elle est fermée. Trois personnes ne veulent rien entendre et s’installent quand même. Ils ne veulent pas bouger, porteront plainte si on les met à une autre caisse. Effarant.

Dimanche 04 février. Une dame fait la queue en caisse prioritaire avec son bébé. Trois clients passent devant elle car ils sont handicapés. Impatiente, elle prend ses boites de conserve et les lance dans la gueule de la caissière, prétextant qu’elle a trop attendu.

Dimanche 31 janvier. Une vieille dame tape le comptoir de l’accueil à coups de poings parce qu’elle attend depuis trop longtemps pour avoir sa flasque de kirch.

Mercredi 1er novembre. Jour férié. Peu de caissières, beaucoup de clients. Une dame part sans payer ses articles (un énorme chariot) car elle a attendu trente minutes. Nous avons dû lui dire que nous appellerions la police si elle franchissait la porte.

Mercredi 1er novembre. Une daronne exige un coupon de réduction de vingt euros parce que nous ne pouvons pas lui ouvrir une caisse et qu’il y a du monde.

Date oubliée mais comment oublier l’affaire ?

Une cliente à une caisse hurle sur la caissière car le tapis roulant… roule. Elle veut qu’il s’arrête sinon elle ne posera pas ses articles ! [C’est là que Partageux, pantois, a décidé derechef de mettre ce fil Twitter dans la rubrique “Les mots des autres”.]

Date oubliée, vacances d’été je crois. Une dame rentre dans le magasin, se dirige vers le rayon des sodas, baisse son pantalon et défèque sur le sol.

Date oubliée. Un homme vole cinq jeux […] Pendant qu’on attend la police il parle aux agents de sécurité (noirs) : « Alors l’esclavage, ça ne te manque pas trop ? En vrai, être ici, obéir aux blancs, c’est pareil. » L’agent de sécurité sourit, ne rétorque pas. Propre.

Été 2015. Un couple passe en caisse. Une promo ne passe pas sur ses pizzas. « T’essaies de m’arnaquer, c’est ça ? Salope va ! Je vais te défoncer ! Fais la réduc directe ou je te cane là sur place ! » On a appris depuis que le mec est allé en prison et serait mort.

=> Source : Robin Vettier. Photo : Le Gorafi. Intertitres : Partageux

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.