Un voyage en Syrie par Jihad Wachill (1/7) : DAMAS, 24 avril 2018

Un voyage en Syrie par Jihad Wachill (1/7) : DAMAS, 24 avril 2018

Mon ami Facebook “Jih Wachill” (Jihad Wachill) vient de faire un voyage en Syrie dont il a tenu une chronique fort passionnante. Le voyage était organisé sous l’égide de l’association de la communauté syrienne en France et regroupait une quinzaine de participants d’horizons politiques et sociologiques très variés. Voici le premier des sept épisodes de son journal, correspondant chacun à une journée passée sur site.


24 avril 2018

Jihad Wachill

Nous sommes arrivés en groupe (une quinzaine de personnes) à Damas depuis Beyrouth. Le temps est clément. Le parcours n’appelle pas d’observation particulière, à part qu’il est désormais totalement sécurisé depuis un an environ suite à une opération de fait conjointe des armées libanaise et syrienne pour éradiquer les groupes islamistes armés qui opéraient dans les environs. À Damas, nous logeons dans un hôtel en centre ville, dans un quartier chrétien de la capitale syrienne.

Nous sommes arrivés avec des médicaments dans les bagages des uns et des autres – et des béquilles pour les blessés, que nous avons réussi quasi-miraculeusement à faire passer : les “sanctions internationales” contre la Syrie, appliquées ces dernières années par l’État français, frappent en effet durement la population syrienne en “zone loyaliste” (soit la majeure partie de la population syrienne dans les faits), en particulier justement en créant une pénurie de médicaments.

Dans les artères principales, le drapeau national syrien et les portraits du président Bachar al-Assad sont très présents (plus qu’il y a un an ou deux, de l’avis général, et moins souvent accompagnés de celui de son père comme c’était souvent le cas). Mais ce sont surtout les portraits des “martyrs” (les soldats de l’armée syrienne, des milices d’autodéfense, mais aussi des forces alliées morts en combat) qui sont omniprésents dans toute la ville. À noter le lourd prix humain payé par les combattants du Hezbollah libanais (reconnaissables au drapeau de leur parti figurant sur leur portrait) dans la défense du quartier chrétien de Damas où nous résidons. Un élément qui peut expliquer, entre-autres, la montée en puissance de la popularité de ce parti chiite au niveau des chrétiens du Liban.

Nous avons visité quelques lieux emblématiques de Damas :

  • la maison de l’émir Abderlkader ;
  • la mosquée chiite Rouqiyat (tombeau de la petite-fille du prophète Mahomet), à l’architecture très persane ;
  • le tombeau de Saladin (Salah-Eddine al-Ayyoubi), où est aussi enterré le cheikh al-Bouthi (un célèbre théologien sunnite assassiné avec des fidèles en pleine mosquée par les “rebelles syriens”) ;
  • la mosquée de Ommeyades (où se trouve le tombeau de saint Jean-Baptiste, honoré par les fidèles par des dons d’argent), qui était une église byzantine au départ et dans laquelle musulmans et chrétiens ont prié conjointement pendant des siècles, jusqu’à ce que les lieux deviennent trop exigus et qu’une église soit construite spécifiquement pour les chrétiens juste à côté ;
  • le soukh de Damas.

À noter qu’où nous logions, la vie nocturne reste assez intense : la vie continue, malgré la guerre et les privations.

J’ai été par ailleurs un peu mal à l’aise en croisant un groupe d’enfants “jouant à la guerre”, et poussant loin le réalisme de leur jeu (bouteilles ou canettes vides utilisées en guise de “grenades”, les “tireurs” se mettent à couvert, etc.) : malgré les efforts des autorités syriennes pour assurer une certaine “normalité” en matière de scolarisation et de politique de l’enfance (pas “d’enfants soldats” côté “loyaliste” de ce que j’ai observé), la guerre semble les avoir imprégnés malgré tout par la force des choses.

Enfin, des formes de mendicité, directe ou indirecte (vente de sucreries à la valeur en réalité modique à “prix libre”) me semblent plus présente qu’il y a un an ou deux. Ceci reste toutefois marginal et limité, loin d’être aussi omniprésent et intrusif que dans d’autres pays proches.

=> À suivre : ALEP

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Un "voyageur à domicile" en quête du monde d'après.