L’indispensable art du bien-vivre ensemble selon Michel Rocard

Époustouflante leçon de macroéconomie par Michel Rocard devant 500 professionnels de la plateforme immobilière Cerenicimo (source : La Tribune). Pas la peine de s’exciter, a-t-il dit en substance à son assistance médusée, il n’y aura ni reprise de la croissance en 2013, ni de sitôt une quelconque sortie de crise.

La raison, toute simple : le fric assassin, coupable d’avoir réduit aujourd’hui 30 % de la population française au chômage et à la précarité :

<< Une société qui ne s’intéresse qu’à l’argent ne peut pas fonctionner correctement. >>

Vers les 15 heures par semaine

Dans la lignée d’un Ivan Illitch (“La convivialité”) et de John Maynard Keynes (“Perspectives économiques pour nos petits enfants”), Rocard cite longuement ce dernier pour rappeler la dégradation alarmante du bien-vivre ensemble :

<< Ce seront les peuples capables de préserver l’art de vivre et de le cultiver de manière plus intense, capables aussi de ne pas se vendre pour assurer leur subsistance, qui seront en mesure de jouir de l’abondance le jour où elle sera là. >>

Cette heureuse époque d’abondance économique, Keynes la situait aux alentours de 2030, soit environ 100 ans après l’écriture de son livre. Mais l’économiste anglais, toujours cité par Rocard, allait encore plus loin dans son analyse prophétique.

L’homme, qui n’aurait alors plus à se battre pour sa subsistance, ferait << en sorte que le travail qui restera encore à faire, soit partagé entre le plus grand nombre possible. Des postes de trois heures par jour ou de 15 heures par semaine reporteront le problème pour un bon moment >>.

L’inadaptation de l’homme à un monde d’abondance

Mais des complications menaçaient cette prédiction du bonheur : l’incapacité de l’homme à s’adapter au monde d’abondance, << son amour de l’argent comme objet de possession >> et symbole de réussite individuelle. Pour Keynes (et Rocard), l’appât frénétique du gain ne peut mener qu’à une terrible << dépression généralisée >>.

Quelqu’un dans la salle pour contredire cette description clinique de notre “Grande perdition” ? En tout cas, personne ce 10 janvier dans la salle de congrès où nos 500 professionnels de l’immobilier tentaient de dissimuler leur gêne sous des airs d’indifférence polie.

Difficile de s’en sortir, reprend Rocard à son compte, tant que notre élite politique demeurera incapable de << comprendre ce qu’il se passe >> (tonton Hollande, pourquoi tu tousses ?).

Rocard dénonce l’ignorance crasse des dirigeants tant politiques que médiatiques, économiques ou financiers, leur court-termisme simpliste, au détriment des visions à long-terme plus complexes.

Le problème avec Michel Rocard, c’est son incapacité chronique à redescendre sur terre, à traduire ses grandes idées en mesures concrètes. Ses considérations sur la loi TEPA (le “paquet fiscal”) de Sarkozy, son approbation du pacte de compétitivité socialiste semblaient bien timorées, à des années-lumières de son ambition pour le retour au bien-vivre ensemble.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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