Robert Fisk : « Nous saurons bientôt ce que “l’unité” signifie pour les Palestiniens »

Robert Fisk : « Nous saurons bientôt ce que “l’unité” signifie pour les Palestiniens »

Pour Robert Fisk, face à l’unité palestinienne retrouvée, Israël n’aura d’autre choix que de devenir un État d’apartheid ou d’abandonner la démocratie.


« L’unité » est le mot le plus mal utilisé et le plus mal compris en arabe. « Ittihad ». Chaque dictature, chaque nation du Moyen-Orient doit croire en « ITTIHAD ». Et les Palestiniens – les pauvres Palestiniens, divisés – plus que tous les autres.

Pendant des années, ils ont été déchirés entre le Hamas et le Fatah, entre l’islamisme (si vous croyez en une telle chose) et l’Autorité palestinienne, entre l’autorité islamique (là encore, si vous y croyez) et l’autorité séculière. Et lorsque Mahmoud Abbas est appelé par les États-Unis pour être informé du « souci » américain de voir le Hamas impliqué dans un tel gouvernement, vous savez qu’il y a comme un problème.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a annoncé, bien sûr, qu' »Abou Mazen » (Mahmoud Abbas) avait dit « oui au terrorisme et non à la paix ». C’est ridicule. Si Abbas a contraint le Hamas à se soumettre – par des menaces financières – alors c’est qu’il a réussi à recréer une fois de plus l’ancienne OLP de Yasser Arafat.

Netanyahou devra parler à cette nouvelle OLP dirigée par le Fatah et devra revenir au « traité de paix » en lequel l’Occident (et Tony Blair, vous vous souvenez ?) affirmait croire. Loin de la « terreur », Gaza appartiendra à l’Autorité palestinienne, en laquelle les dirigeants israéliens prétendaient croire. Eh bien, nous verrons.

La vraie question est celle-ci : les Israéliens veulent-ils la paix avec les Palestiniens ? Ou seulement s’emparer de  la terre de la Cisjordanie ? Si cette dernière hypothèse est la bonne, le gouvernement Netanyahou refusera d’accepter un nouvel accord OLP-Hamas.

Ils diront – et le régime de Trump leur emboîtera le pas aussitôt – que le Hamas est une organisation terroriste, et qu’Israël n’a pas d’interlocuteur pour négocier. Dès lors, ils devront décider s’ils veulent un État d’apartheid en Cisjordanie (pas de droit de votes pour les Arabes) ou un Israël qui ne serait plus démocratique.

Si vous voulez comprendre, lisez n’importe quel article récent d’Uri Avnery1. C’est un grand philosophe israélien, un merveilleux écrivain, un réelle messie, un leader pour son peuple – si celui-ci voulait bien l’écouter.

=> Source : The Independent

 

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  1. Uri Avnery (1923-) est un écrivain et journaliste israélien (classé abusivement à « l’extrême gauche » sur sa fiche Wikipedia). Il est cofondateur de Gush Shalom, mouvement israélien qui milite pour la paix et en vue de la création d’un État palestinien.

Un "voyageur à domicile" en quête du monde d'après.