UNE FAILLITE “POSITIVE”

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((/public/chrysler.jpg|chrysler.jpg|L)) On l’attendait. Nous y sommes. Jeudi 30 avril 2009, Chrysler, 3e constructeur automobile américain, 9e constructeur mondial, s’est mis sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine du régime des faillites. Nouveau pas capital (car il s’agit d’une première, lourde de conséquences, pour une multinationale de l’économie réelle) dans la débandade d’un système vérolé en son cœur. Or que lit-on dans le communiqué AFP annonçant cet évènement historique ? ”« Obama sauve Chrysler en le mariant à Fiat. »”

On notera que l’AFP préfère le terme de “dépôt de bilan” à celui beaucoup plus infamant de “faillite” (”bankrupcy”). On remarquera qu’aucun des grands médias français n’a daigné traiter cette information, en catimini, sans relayer l’optimisme un tantinet forcé de l’agence de presse. On s’amusera de l’argumentation spécieuse du résident de la Maison Blanche pour qui cette faillite n’est pas ”« un signe de faiblesse, mais bien plus un pas supplémentaire sur la voie clairement tracée menant à la survie de Chrysler. »” Faut-il enfin préciser que cet accord Chrysler/Fiat tient surtout du mariage de raison de dernière minute tiré par des cheveux de circonstance. Que ces épousailles s’accompagnent d’une nouvelle dot significative de la part du gouvernement américain (jusqu’à 8 milliards dollars supplémentaires, après les 4 milliards impuissants de décembre 2008). Bien évidemment, rien n’adviendra de ces fantaisistes vœux pieux. Bien peu d’entreprises se sont relevées de ce brutal régime (des faillites). Chrysler a toutes les chances de connaître le sort funeste de feu Pontiac. Fiat se contentera tout au plus de s’appuyer sur les infrastructures survivantes du moribond pour pénétrer un peu plus le territoire américain. Et quel nouveau nigaud s’aventurerait à parader dans un 4×4 ”Voyager” d’un constructeur aussi déficient ? La culbute de ce fleuron de l’industrie impériale américaine qu’est Chrysler (en attendant celle, très probable, de General Motors), toutes ces tentatives désespérées et vaines des puissants pour en masquer la gravité, illustrent de façon terrible les efforts tragi-comiques de nos pontifes pour sauver la face et gagner du temps. Nous sommes peu à peu rentrés dans cette ère agonisante où les réactions fantasmatiques et irrationnelles prennent le pas sur la raison et la lucidité. Pour cacher le fond, maquillons les formes ! Même en restant à un niveau très bas, les places boursières mondiales se sont offertes ces derniers jours un sursaut d’euphorie au seul prétexte que les résultats étaient ”<< moins mauvais que prévus >>”. Mais mauvais tout de même ! Les banques qui hurlent d’un enthousiasme renaissant, croulent sous les actifs toxiques, ces bombes à retardements dévastatrices qu’elles refusent encore d’avouer en profitant de nouvelles normes comptables offertes pour l’occasion par les pouvoirs publics. Mais qui leur reviendront en boomerang. Les PIB de tous les grands pays industriels continuent de s’effondrer comme des soufflés, à l’image pétrifiée de celui du maître américain, en recul de 6,1% en rythme annuelle au premier trimestre 2009. La consommation des ménages reste en berne, les revenus s’effritent et les flots de chômeurs (plus de 77.000 en France en mars) n’en finissent pas d’inonder les malheureux “pôles emploi” de tous les pays. Telle une désopilante ministre Lagarde des grands jours allumés, nos importants proclament en dépit du bon sens et des évidences que la crise touche à son plus profond ! Et chacun d’annoncer une reprise déjà fringante dans les starting-blocks de ses ultimes illusions ! La politique des autruches a encore un boulevard grand-ouvert devant elle. Ce brusque accès d’euphorie boursière, cet optimisme médiatique surjoué de nos responsables politiques, économiques et financiers, sonnent comme un baroud d’honneur plus inquiétant que rassurant. Ils témoignent de leur désolante inaptitude à comprendre, à vouloir comprendre, et à trouver les moyens de sortir du bourbier. Leur ultime recours est désormais de masquer leur misère, de reculer les échéances fatales par quelques tours d’assez grossiers passe-passe. En espérant qu’un divin miracle, sur lequel ils n’ont plus prise, et que rien ne permet d’annoncer, viendra les tirer de ce mauvais pas. La faillite de Chrysler et la façon dont le président américain tente de l’emballer dans un improbable papier de soie, entrent tout naturellement dans ce triste processus de décomposition. Devant l’incompréhensible et la fatalité, nos aïeux s’en remettaient à Dieu en psalmodiant leurs cantiques. Nous en sommes toujours là.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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