Un voyage en Syrie par Jihad Wachill (6/7) : PALMYRE, 29 avril 2018

Un voyage en Syrie par Jihad Wachill (6/7) : PALMYRE, 29 avril 2018

Sixième jour du voyage de Jihad Wachill en Syrie. En direction de Palmyre… que le groupe n’atteindra pas. La guerre et ses difficultés sont toujours pesantes.


29 avril 2018

Une partie du groupe ayant fait du “lobbying” pour aller à Palmyre, il a été prévu d’y aller l’avant-dernier jour. Je suis à titre personnel plutôt dubitatif, le trajet promettant d’être long et de ce fait la gestion du temps me semble un peu “juste” puisque nous sommes censés retourner à Damas le soir-même. Je me laisse convaincre par l’argument de la réouverture d’une route directe entre Palmyre et Damas.

Voyage groupe Wachill J6 (env. Lattaquié-direction Palmyre -retour Damas)

Or, non seulement le trajet semble prendre plus de temps qu’initialement prévu, mais de plus on nous annonce que cette route entre Palmyre et Damas ne semble pas encore avoir été rouverte, contrairement à ce qui avait été annoncé. Ainsi, même si nous parvenons à Palmyre, nous ne pourrons probablement pas nous y attarder si nous voulons être revenus à Damas à une heure raisonnable. Le doute s’installe, d’autant plus que lors des deux voyages précédents, deux tentatives avaient déjà été faites d’aller à Palmyre, infructueuses toutes deux. Jamais deux sans trois ?

Et ce qui devait arriver arriva : nous nous faisons bloquer sur un barrage à une cinquantaine de kilomètres de Palmyre. L’officier qui gère le barrage se montre très pointilleux voire hostile, de manière assez incompréhensible sachant que nous bénéficions d’une escorte militaire (ce sera d’ailleurs le seul jour du séjour où ce sera le cas). Finalement, au bout d’une heure de palabres et de coups de téléphone, nous nous rabattons sur une aire de repos en attendant de voir l’évolution de la situation. Nous prenons un sandwich, et comme les choses ne semblent pas se débloquer au bout d’une heure encore, nous nous voyons contraints de faire demi-tour.

Nous saurons par notre chauffeur que l’officier du barrage lui aurait fait une remarque à propos des missiles français tirés par Macron quelques jours plus tôt : « Tu leur diras que les missiles de leur Président n’ont pas touché le sol syrien », aurait-il dit à peu de choses près. Poussée de chauvinisme et d’animosité d’autant plus regrettable qu’aucun des membres du groupe n’approuvait d’aucune manière ce bombardement absurde. Ainsi, nous n’avons semble-t-il pas pu visiter Palmyre à cause de la duplicité belliciste de notre gouvernement alliée à la bêtise chauvine d’un officier syrien borné et mal luné. Ce sera toutefois la seule marque d’animosité à notre égard sur l’ensemble du séjour, si on excepte la politesse au départ froide, mais qui s’est “réchauffée” une fois qu’elle nous aura sondés, de la propriétaire de l’hôtel Baron à Alep.

Nous rentrons donc à Damas, en passant sur le chemin par une pâtisserie connue pour une spécialité locale, et non sans avoir perdu une heure et quelques sur un problème de “passage de témoin” pour l’escorte. Arrivés à Damas, nous constatons que notre dispositif sécuritaire a été “resserré” : nous ne pouvons sortir sans être escortés par un militaire, ce qui nous étonne un peu. Nous apprenons dans la nuit la capitulation de la dernière poche daechienne dans l’agglomération damascène, celle de Yarmouk, après des combats acharnés, mais aussi des tirs de missiles contre des positions syriennes dans les régions d’Alep et Hama où nous nous trouvions. Un élément d’explication peut-être à la fois à l’animosité de l’officier qui nous a empêché l’accès à Palmyre, au flottement quant au “passage de témoin” de l’escorte militaire que nous avions, et à la présence ce soir-là de ce soldat auprès de nous pour nous accompagner.

Après nous être un peu baladés puis restaurés, nous allons nous coucher. J’ai le plus grand mal à dormir, le bruit des derniers affrontement à Yarmouk qui nous arrivent provoquant chez moi une petite crise d’angoisse due à des réminiscences de mon enfance beyrouthine pendant la guerre civile libanaise.

=> À suivre : RETOUR À DAMAS

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.