“Tribunal”, c’est juste pour faire croire aux abrutis que ça a rapport avec la justice

“Tribunal”, c’est juste pour faire croire aux abrutis que ça a rapport avec la justice

C’est quoi, en fait, ces “tribunaux” ? Ce RDIE, pour “règlement des différends entre investisseurs et États”, contenu dans le traité pourri TAFTA (merci Sarko, Hollande, Macron) ?

En gros : je suis une multinationale – disons, au hasard, nord-américaine (mais ça marche aussi avec d’autres) – implantée dans plusieurs pays européens. J’ai sur le dos du matin au soir un gang d’actionnaires plein aux as qui ont mis des billes dans mon affaire et qui en veulent pour 1000 fois plus que leur pognon. Vite, et par tous les moyens.

Peu importe ce que je produis, mais en bon capitaliste pourri (pléonasme), probable que ce soit des produits de qualité médiocre, à obsolescence programmée, à utilité toujours relative mais dont mon armée marketing va rapidement créer le besoin, dont la fabrication implique des pollutions en tout genre, encore plus de misère, encore plus de pillage d’une ou plusieurs ressources naturelles ici ou à l’autre bout de la planète. Je produis ça là plutôt que là-bas parce que j’y fais plus de profits. Le jour où ce sera encore plus profitable ailleurs, j’y déménagerai aussi sec.

Bref, tout roule. Vu que des sbires à moi ont noyauté la plupart des instances de décision de l’UE, je crains presque rien côté réglementations et contraintes. J’ai quasiment pas d’impôts à casquer, et de toute façon j’optimise grave niveau fiscalité. Mais, comme ces branleurs de la Commission européenne n’ont pas encore complètement bousillé les États et qu’il reste ça et là des miettes de souveraineté nationale (à croire que je les paie à rien foutre), il peut arriver qu’une putain de loi écologique (beurk) ou sociale (double beurk) parvienne à être votée dans un de ces pays. Je vous rassure : c’est très rare, et ce sera bientôt terminé.

Détail amusant, ces fumeux “tribunaux” sont tous basés à Washington

Mais en attendant, la solution, c’est le tribunal d’arbitrage. Tribunal, c’est juste pour faire croire aux abrutis que ça a un rapport avec la justice. En fait, ça n’a rien à voir. Non, c’est simplement la possibilité qui m’est offerte, à moi, multinationale, d’attaquer un état qui ferait voter ce genre de loi. L’attaquer, dès la seconde où j’estime que son foutu texte nuit à mon business. Or, exception faite bien sûr de celles qui sont taillées sur mesure par mes gars pour le protéger et le faire prospérer, toutes les lois nuisent à mon business.

J’attaque, donc. Et je demande cher en dédommagement des préjudices. Très cher. Parce que j’exige qu’on prenne en compte le préjudice sur mes profits actuels mais aussi mes prévisions de profits. C’est long et compliqué ? Rien à foutre : j’ai le temps, j’ai deux mille avocats et autant d’experts, j’ai une montagne de pognon, des bénéfs supérieur au PIB de dizaines de petits pays de merde. Largement de quoi faire basculer la Pologne dans le tiers monde en deux semaines sans que ça me prive de la moindre louche de caviar supplémentaire.

Alors, concrètement, très vite, les Etats remballent leurs lois à la con, très vite j’ai plus besoin d’attaquer : la menace suffit.

Détail amusant, aux dernières nouvelles ces fumeux “tribunaux” sont basés à Washington.

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Autodidacte en tout, café-théâtre, chanson française (auteur-compositeur-interprète), sculpture, photo, écriture, et même agriculture, en rupture de ban avec "le système", je me cantonne désormais à produire de la pensée et de l'émotion. Je n'attends pas de jours meilleurs (ils seront pires) mais j'en fabrique comme je peux...