Todd : « La FI réconcilie les catégories sociales et éducatives françaises »

Todd : « La FI réconcilie les catégories sociales et éducatives françaises »

Emmanuel Todd multiplie les interventions médiatiques pour présenter son livre « Où en sommes-nous » (Le Seuil). Et ce qu’il dit de la France insoumise mérite qu’on s’y arrête.

Pour Todd, la fracture sociale est devenue éducative. La crise actuelle des pays dits « avancés » provient d’une stratification éducative figée : un tiers de personnes ayant fait des études supérieures ; un tiers, la classe moyenne, moyennement éduquée et de plus en plus fragilisée ; et le dernier tiers, la classe dite  » inférieure », ayant dû se contenter d’une éducation élémentaire, et en voie de précarisation avancée.

Le fossé entre ces trois strates éducatives de la population n’a cessé de se creuser.  La classe supérieurement éduquée – en voie de « crétinisation » extraordinaire, selon Todd – en est arrivée à se croire définitivement supérieure aux deux autres.  Qui l’entendent de moins en moins de cette oreille et finissent par se rebiffer, la classe moyenne encore timidement, et la classe du bas de plus en plus énergiquement. C’est, dit Todd, ce qui explique l’affrontement FN-Macron lors de la dernière présidentielle française, la victoire de Trump aux États-Unis, ou encore le Brexit en Grande-Bretagne.

« Ce qui est vraiment original dans l’électorat de Mélenchon, c’est son caractère transclassiciste »

Le monde avancé et la démocratie courent à leur perte, explique Todd au fil de ses interviews, si aucune réconciliation n’intervient entre les trois strates antagonistes. Les classes inférieures américaines et britanniques ont déjà signifié leur révolte, en élisant un président anti-système (ou supposé tel) et en imposant le Brexit contre l’intelligentsia du « Remain ».

Mais à l’heure actuelle, aucune force politique ne porte l’indispensable espoir de réconciliation. Aucune… sauf une, en France, et c’est la France insoumise, dit Todd :

« Elle est le phénomène électoral intéressant de cette dernière élection. Il m’intéresse d’autant plus que je n’y croyais pas du tout ! Les électeurs de Mélenchon sont jeunes comme ceux du FN. Mais ce qui est vraiment original dans l’électorat de Mélenchon, c’est son caractère transclassiciste. Ouvriers, employés, professions intermédiaires, diplômés du supérieur : toutes les catégories sociales y sont représentées. En ce sens, les progrès de La France insoumise ne seraient pas une nouvelle forme de gauchisme, mais exactement l’inverse : une certaine forme de réconciliation des catégories sociales et éducatives françaises. Reste à savoir si Mélenchon a dans la tête ce qu’il faut pour gérer une telle réconciliation. » (Libération)

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Un "voyageur à domicile" en quête du monde d'après.