Je traite des viols, agressions sexuelles et viols sur mineurs.  Laissez moi vous en parler…

Je traite des viols, agressions sexuelles et viols sur mineurs. Laissez moi vous en parler…

En marge de la désolante loi Schiappa, trouvé ce témoignage/charge sur Twitter. Il émane d’une certaine Pô (@CalamityPo). Le voici in extenso.


Aujourd’hui je lis pas mal d’horreurs sur l’acceptation de la sexualité entre adultes et enfants. Depuis près de dix ans, je traite des procédures d’atteintes aux personnes et plus précisément des viols, agressions sexuelles et viols sur mineurs.  Laissez moi vous en parler…

Petit rappel :

Dans le code pénal, la circonstance aggravante de la minorité de la victime vaut jusqu’à ses 15 ans au moment des faits. Un viol est une pénétration sexuelle imposée quelque soit la partie du corps introduite ou l’objet introduit.

Une agression sexuelle c’est imposer un acte sexuel à un tiers, avec violence, contrainte, menace ou surprise. Une atteinte sexuelle sur mineur est un acte sexuel qui peut être reproché même avec le consentement de la victime, ce qu’on appelle le “détournement de mineur”.

Je précise que je simplifie et qu’il y a de nombreuses subtilités dans les principes évoqués. Maintenant que les bases sont posées, je vais vous parler de mon expérience.

L’enfant n’est pas en mesure de comprendre les faits

La plupart du temps ces enquêtes arrivent par courriers urgents ou non du parquet, suite à des signalements, réalisés le plus souvent par les établissements scolaires, foyers, services sociaux, psychologues.

Nous recevons dans le cadre d’atteintes sur mineurs, que très peu de plaintes directes. Pourquoi me direz vous ? La raison est simple. Lorsque l’enfant évoque ce qui a pu lui arriver de nature sexuelle, il n’est pas en mesure de comprendre les faits.

L’enfant sait que quelque chose cloche dans ce qu’il a subi, dans ce à quoi il a participé, dans ce qu’on lui a demandé de faire, mais ignore la portée que cela peut avoir, la violence de ce qu’il a subi. Après tout, les grands savent ce qu’ils font.

Alors les enfants vont rarement aller dénoncer les faits. Ils vont même souvent les cacher, parfois longtemps.
Puis un jour, la question va leur brûler les lèvres, ou un adulte mettra le doigt sur un comportement sexualisé anormal à cet âge, et posera des questions.

Ou encore, l’enfant parlera d’un jeu, d’une anecdote, d’un événement, comme ça, comme d’une partie de foot. Et c’est ainsi que l’autorité signalera les faits qui arriveront sur mon bureau.

Personnellement, je n’entends pas les mineurs victimes, je laisse ce soin à ma collègue formée. Ainsi j’assiste à l’audition dans une autre pièce, sur un écran, je ne m’implique pas, pour garder mon objectivité et mon professionnalisme, l’affect est mon ennemi. Néanmoins, j’écoute et je relis les entretiens, parfois plusieurs fois.
Je traite une vingtaine d’affaires de ce type par an et j’ai une certitude :

Un enfant n’est pas en mesure d’avoir une sexualité active, n’est pas en mesure de décider, de comprendre et d’accepter un rapport.

Les enfants ont le droit de disposer de leur corps, mais nul n’a le droit de disposer du leur

Un enfant peut dire oui à un adulte, sans pour autant être en mesure de donner son consentement ÉCLAIRÉ. Car éclairé veut bien dire qu’il sait de quoi il s’agit, qu’il en connaît les enjeux, ce qui n’est pas le cas !

Prôner le sexe libre ou les caresses libres avec un enfant, c’est prôner la destruction de sa sexualité, là où il devrait la construire. Oui les enfants se découvrent, ils se touchent, se masturbent. C’est normal, selon les âges.

Mais non, un enfant n’est pas en mesure de souffrir un rapport sexuel ou une caresse sexuelle. Prôner l’inverse ce n’est pas libérer la sexualité des enfants, c’est la contraindre au plaisir d’adultes déviants. C’est désorienter, blesser, culpabiliser, détruire une victime.

Nous avons le devoir de protéger les enfants, de leur apprendre la vie, leurs droits, les interdictions. Les enfants ont le droit de disposer de leur corps, mais nul n’a le droit de disposer du leur.

C’est papa, c’est que ça doit être normal

Je les écoute, je les vois, je vois encore cette petite fille fondre en larmes, elle avait 10 ans, 5 ans de sévices sexuels, elle ne pouvait pas refuser, elle n’était pas en mesure de le faire. Elle fond en larme « j’avais peur qu’on dise que c’était de ma faute ».

Je vois encore ces deux sœurs se tenir par la main, lors de la confrontation avec leur oncle, agresseur, et l’entendre reconnaître que non, il n’avait pas le droit, même si elles ne s’étaient pas débattues.

Et ce petit garçon, qui, tellement perturbé par ce qu’il avait subi, essaie d’imposer des fellations a ses camarades de foyers et étale ses excréments sur le mur quand il est contrarié.

Cette petite fille, devenue femme qui a mis cinq ans a l’âge adulte pour avoir un rapport sexuel avec son petit ami, parce que des années durant, son grand père la caressait dans le bain.

Actuellement, je travaille sur une fillette, qui ne comprend pas que son papa l’embrasse goulûment sur la bouche tous les matins en tentant d’y mettre la langue. Elle a dix ans. Elle n’aime pas, ne comprend pas, mais a mis des semaines à en parler, et ne refuse pas.

Ben non, c’est papa, c’est que ça doit être normal. Alors elle subit.

Le monde des barges

Et tous ces connards/sses qui eux, se retrouve en face de moi pour s’expliquer, tous, on une bonne excuse, une explication. Tous.

« Elle m’a provoquée. »
« Il n’a pas dit non, donc j’ai cru qu’il était d’accord. »
« C’est de l’amour. »
« Elle en avait envie. »

Tous plus ignobles les uns que les autres.

Alors ne venez pas me dire qu’un enfant est consentant, qu’il veut ce que ces gens lui imposent, qu’il veut du sexe.
Un enfant veut juste grandir en paix. Il fera ses choix sexuels quand il sera en mesure de le faire.

Ou venez prendre ma place une semaine, venez entendre les trois gamins dont les dossiers sont actuellement sur mon bureau, ensuite, rentrez chez vous et essayez de ne pas trembler pour les enfants que vous aimez qui grandissent dans ce monde de barges.

=> Source : @CalamityPo (mise en forme et intertitres : Pierrick Tillet)

Partager ce billet

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.