Alors parfois, on ne savait plus s’il fallait en rire ou en pleurer

Alors parfois, on ne savait plus s’il fallait en rire ou en pleurer

Et vint le moment pour beaucoup d’entre nous où on ne savait plus s’il fallait en rire ou en pleurer. Ou les deux. Et d’ailleurs, parfois, c’était les deux.

Pas en même temps mais les deux quand-même. Et d’ailleurs, parfois, c’était en même temps. Ce qui n’avait pas beaucoup de sens, au fond. Mais plus rien n’avait beaucoup de sens. Ou peut-être était-ce que soudain tout en prenait un, nouveau.

Alors parfois, on ne savait plus s’il fallait en rire ou en pleurer. On avait beaucoup lu, écouté, on s’était beaucoup informé, on avait voulu savoir. Du coup, on savait. On comprenait. Mais on n’était pas toujours sûr de comprendre ce qu’on comprenait. De comprendre ce que ça signifiait vraiment, ce que ça impliquait. Ou alors on comprenait trop bien et on n’était pas sûr de vouloir, ou de pouvoir, l’accepter. On savait mais parfois on aurait finalement préféré ne pas savoir.

Heureusement, le déni était encore possible, de temps en temps. Pas définitivement, parce que ce qu’on savait, on le savait. On ne revenait pas en arrière. C’était là, quelque part, ça vous rattrapait, à un moment ou un autre. Parfois ça vous laissait en paix assez longtemps. Mais la plupart du temps ça vous hantait.

Et on ne savait pas trop quoi y faire. Quoi faire de tout ce qu’on savait. Pourtant on sentait bien qu’il fallait faire quelque chose. Mais c’était compliqué, confus, on ne savait pas par où commencer ni comment s’y prendre. Tout semblait urgent. Au point qu’on pouvait se demander si ce n’était pas tout simplement trop tard. Trop tard pour y faire quoi que ce soit.

Sans doute l’était-ce, ici ou là. Mais peut-être pas pour tout. On se disait : peut-être pas pour tout. Et de toutes façons, bon sang, il fallait bien tenter quelque chose, non ? On ne pouvait tout de même pas rester là sans rien faire, ou en faisant tout pareil comme avant. Si ? Si, on pouvait. Parce que la vie qu’on menait, celle qu’on nous proposait de mener, le permettait. Y poussait, même.

On pouvait procrastiner, zapper, s’occuper l’esprit avec mille autres choses. Mille autres choses sans doute parfaitement inutiles à présent – ça, on en avait toujours vaguement conscience malgré tout. Malgré le vacarme partout, la lumière aveuglante partout, la vitesse des jours fuyants, le flot ininterrompu de tout ce qu’on apprenait à chaque instant, quand bien même on n’avait pas cherché à le savoir, qui souvent ne nous servait à rien. Et parfois, on ne savait plus s’il fallait en rire ou en pleurer.


PS : et parce qu’on est vendredi et que c’est en quelque sorte la tradition, Néo et moi on vous souhaite un excellent weekend !

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Autodidacte en tout, café-théâtre, chanson française (auteur-compositeur-interprète), sculpture, photo, écriture, et même agriculture, en rupture de ban avec "le système", je me cantonne désormais à produire de la pensée et de l'émotion. Je n'attends pas de jours meilleurs (ils seront pires) mais j'en fabrique comme je peux...