Réfugiés : mourir ici plutôt que d’affronter les persécutions

Réfugiés : mourir ici plutôt que d’affronter les persécutions

Des soldats blancos gardent des prisonniers négros. Apartheid ? Guerre ? Non, ces photos de réfugiés ont été prises dans la gare de Cannes, en juillet 2017.

L’Union européenne va créer des camps de détention pour les réfugiés africains. Tous les détails dans un article traduit de l’anglais. Écrit par des “abrutis” bien sûr [qualificatif donné par le journaliste Éric Brunet aux électeurs de Mélenchon, ndlr] tout comme les “abrutis” signataires de ce rapport de l’ONU :

« Les migrants sont soumis par des contrebandiers, des trafiquants, des membres de groupes armés et des forces de sécurité à d’extrêmes violences, à des tortures et autres sévices, au travail forcé, à des atteintes arbitraires aux libertés, au viol, et à d’autres violences et crimes sexuels. Le 11 avril 2017, l’Organisation internationale des migrants a dénoncé les marchés d’esclaves en Libye, où l’on vend des migrants sub-sahariens et des femmes comme esclaves sexuels. »

Gare Cannes 2

Éric Coquerel, député insoumis des “abrutis” de Seine-Saint-Denis, n’a pas eu la chance de Loïc Prud’homme : on lui a refusé la visite du centre de rétention administrative de Menton. Il faut dire qu’on y viole les lois tous les jours. Loïc Prud’homme, député insoumis des “abrutis” de Gironde, a pu se rendre au centre de rétention administrative de Bordeaux. Il a invité des journalistes “abrutis” à faire avec lui la visite de cette cave dans le sous-sol d’un commissariat. L’article de Xavier Ridon mérite ta lecture attentive.

« Un irakien de la minorité kurde tenait un restaurant à Limoges depuis une dizaine d’années avant d’être placé au centre début août. Sa compagne, qui a dû fermer leur établissement, dort près de l’hôtel de police dans sa voiture pour pouvoir lui rendre visite. »

Les enfermés de Bordeaux, c’est ainsi qu’ils se nomment, font une grève de la faim qu’il justifient dans une lettre déchirante :

« Nous jugeons préférable de mourir ici plutôt que d’affronter les persécutions, les souffrances qui nous attendent dans nos pays d’origine. »

« Mais pourquoi diable viennent-ils chez nous ? » Velibor Čolić répond lui aussi à ta question. En 1992 il écrit Chronique des oubliés, un petit recueil de récits brefs sur la guerre dans l’ex-Yougoslavie. On est dans la grande littérature mais, à chaque page ou presque, il vaut mieux avoir le cœur bien accroché. Les vrais abrutis, n’en déplaise à Éric Brunet, ce sont ceux qui ne comprennent pas…

Les pissenlits

Les gens mangent de l’herbe.

À la périphérie de la petite ville de Modriča, un groupe de civils déjeune de pissenlits, après avoir bien séparé les feuilles des fleurs jaunes, qui sont amères.

Ils mastiquent, hébétés, le regard éteint.

Au dessus de leur tête passent des avions.

Quelque part au loin s’élève une colonne de fumée noire. Une maison brûle.

La leur peut-être ?

Qu’importe ?

Ils sont vivants.

Ils sont sortis de leur cave sans air, où ils s’étaient réfugiés depuis longtemps.

Étonnés, ils jouissent de cette première journée estivale. Pâles, exténués, ils se situent au-delà de la peur.

Ils sont restés en vie et c’est pour cela qu’ils ont faim.

Terriblement faim.

Comme s’ils observaient un rituel ancien, ils se sont assis en rond.

Pas un ne parle, ne gémit, ne s’exclame, n’exprime sa peur.

Il n’y a plus rien.

Les gens mangent de l’herbe.

(Velibor Čolić, Modriča, Bosnie, 1992.)


Le Soldat inconnu chante “Lettre à un ami”.

Partager ce billet

<p>Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.</p>