Prison (1) : gros coup de gueule de la psychiatre dans la taule.

Prison (1) : gros coup de gueule de la psychiatre dans la taule.

À l’occasion de la grève des matons, je réédite mes bafouilles sur la prison. Le point de vue de la psychiatre et de l’instit.


Ma journée en taule. On est une petite vingtaine autour de la table. Tu verrais la gueule de la salle de réunion. À faire pleurer Cosette et Jean Valjean. La psychiatre prend beaucoup la parole. Elle est en furie et le directeur de la maison d’arrêt, le représentant du personnel, le directeur du service d’insertion et de probation, l’éducateur, le préposé au machin et le délégué au truc… Enfin, bref, l’ensemble de l’administration pénitentiaire et de ses appendices n’est pas à la noce. La psychiatre râle, proteste, tempête, et ne cesse de remettre ses préoccupations dans la discussion.

Toute la pénitentiaire s’écrase tandis que les intervenants extérieurs opinent en silence. La dame a dépassé la soixantaine, elle est chef de service à l’hôpital psychiatrique voisin, ça fait des années qu’elle officie à la maison d’arrêt… Pas trop facile de la faire taire ou de lui donner tord. Et elle en a marre, marre, marre de constater chaque année l’absence de la moindre avancée.

La difficulté à faire entrer les médicaments dans la taule à l’opposé de la demande permanente de l’institution de prescrire des camisoles chimiques qu’elle n’emploie que rarement et qu’à regret. Les cas cliniques lourds qui ne devraient pas être en taule mais en soins dans un hôpital spécialisé. Les cas moins lourds qui s’enfoncent faute d’un vrai suivi médical. « Ils seront bien plus déviants et dangereux en sortant qu’en entrant, ça vaut pour eux-mêmes comme pour la société, et ce n’est pourtant pas le but d’une incarcération. »

L’impossibilité pratique des hospitalisations d’urgence parce que les gardiens et la police ne sont jamais disponibles pour un transport. Ces princesses voudraient être prévenues une semaine à l’avance pour s’organiser et les médecins n’ont pas la même notion de l’urgence.

Ces détenus qui ne relèvent pas du trouble à l’ordre public mais souffrent de troubles psychiatriques ou de maladies mentales. Si elle en avait le pouvoir, « un médecin est tout de même censé soigner les malades », elle conduirait derechef soixante pour cent des détenus « vers les différents services de psychiatrie où ils seraient mieux à leur place qu’en prison. »

L’instituteur profite d’une accalmie du côté de la psychiatre pour nous rappeler que, à l’image de la moyenne française en prison, une grosse moitié des détenus de la maison d’arrêt ne savent pas lire, écrire et compter. Il fait ce qu’il peut. Si l’on était sérieux, on lui adjoindrait, non pas l’hypothétique demi-poste supplémentaire promis pour la Saint Glinglin, mais trois ou quatre collègues à plein temps tout de suite. Ce ne serait pas du luxe et, là, on pourrait dispenser un  enseignement complet bien adapté à chaque groupe de niveau. Au lieu de suivre seulement ceux qui sont les plus volontaires et qui s’accrochent malgré le peu de temps où chacun voit l’instit.

Parce qu’il fait la classe à tous les niveaux du primaire en sus du cours préparatoire d’une part mais aussi parce qu’il suit ceux qui se lancent dans des études par correspondance. Le plus souvent c’est le niveau collège mais parfois lycée et rarement université. Il peut donner le coup de pouce à tous, ceux-là ont besoin d’un soutien autant moral que strictement scolaire, mais, bordel à cul ! il n’a que ses deux mains et que son seul temps complet toujours rogné par les exigences de la chiourme.

Il n’y a pas un gouvernement, parmi tous les clowns et demeurés qui se sont succédés, pas un gouvernement qui ait compris qu’apprendre à lire et écrire à un adulte demande surtout du temps. Il ne le dit pas mais on sent bien que le gars ne vote jamais. Un manque de tendresse pour les clowns…


Y’avait bien longtemps que je souhaitais écrire au sujet de la prison et c’est le sensationnel swingant « Sing Sing Song » de Claude Nougaro qui m’en donne enfin l’occasion. De « Sing Sing Song » je te mets une version inédite découverte grâce à internet.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.