Près des poubelles, c’est un homme ! Et à l’abri de la neige, c’est sa femme !

Près des poubelles, c’est un homme ! Et à l’abri de la neige, c’est sa femme !

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Derrière les déclarations irresponsables d’un ministre salopard, la réalité tragique des sans-abris en pleines rigueurs hivernales. Un témoignage sur le terrain d’Aline Pailler,  journaliste engagée.


« Cinquante hommes à peine dorment dehors à Paris » dit le ministre ! [Voir note en bas de page.]

Ha oui ? Salauds ! Ordures ! Je hurle sous la neige !

J’accuse le Président et son gouvernement de menteurs de cynisme et de crime par non-assistance à personnes en danger ! Mais quand est-ce que nous allons nous mettre vraiment en colère et déferler vers l’Élysée et ne plus rentrer tant qu’on ne les aura pas sortis ?

Je rentrais vers 21 sous la neige qui recouvre Paris et qui réveille en moi des émerveillements de petite fille quand rue de Lourmel dans le 15e arrondissement je retrouve le couple de Roumains que je vois dans la journée depuis quelques jours ! Déjà la veille j’avais essayé de joindre le 115 [le numéro d’appel pour l’hébergement d’urgence, ndr] en vain.

Ce soir je suis enragée ! J’interpelle les quelques passants qui rentrent chez eux. « Voyez là, près des poubelles, ce n’est pas un tas de chiffon ! C’est un homme ! Et en face un peu à l’abri de la neige, c’est sa femme ! Vous n’avez pas un hall ? Un garage ? » Les passants ne s’arrêtent même pas !

Je rentre chez le traiteur et ressors avec deux cafés et parle en espagnol avec eux. Puis je repars chez le traiteur prendre deux soupes, une bouteille d’eau, du riz et des nougats bien sucrés.

Quand je ressors une jeune fille (23 ans) est en train de leur installer un grand carton. « J’ai 23 ans, j’habite le foyer à côté. Je suis précaire mais pas à ce point. » Nous rappelons le 115 mais toujours le même disque : « Trop d’appels, rappelez plus tard ! »

La dame du couple me demande d’autres couvertures. Je pars chez moi en chercher et aussi des capes de pluies. Je fais une photo d’un local dans la cour de mon immeuble et leur propose d’y venir se mettre à l’abri de la pluie, du vent glacial et de la neige.

Le monsieur du couple me dit qu’il a très peur de la police et ne veut pas bouger. Je vois un hall avec quelques marches et les y accompagne car là ils ne sont pas dedans, ils n’ont pas franchi de portes, ils n’ont pas à avoir peur de la police. Mais je ne suis pas certaine que les habitants ne vont pas essayer de les chasser demain matin…

Je finis par leur dire au revoir et ils me disent « Buena noche ». Je leur dis que je ne peux pas le leur dire à mon tour. Et le monsieur me dit avec un grand sourire alors « Buena sera ». Sa femme rit, nous rions et je rentre à pas lents, la boule au ventre.

=> Source et photo : Aline Pailler.


Le ministre : Julien Denormandie, secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des territoires. Il faut citer les noms des salopards qui seront jugés par le prochain tribunal de Nuremberg s’ils ont échappé à l’exécution sommaire lors d’une Libération par la Résistance. Larousse : « Salopard. Péjoratif. Individu sans scrupule qui agit envers autrui d’une façon ignoble. » (Note du Partageux)

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.