Le parti Républicain précipite les USA dans la ploutocratie

Le parti Républicain précipite les USA dans la ploutocratie

Note du Yéti : un nouvel auteur sur le yetiblog. Il écrit sous le pseudonyme de Politicoboy (raisons professionnelles obligent) depuis le Texas où il est expatrié. D’où le nom de la rubrique qu’il inaugure aujourd’hui : “Vu du Texas”.


Les récents évènements de politique intérieure survenus aux États-Unis témoignent d’un glissement sans précédent de la démocratie américaine vers la ploutocratie la plus décomplexée.

Pour Le Great Old Party républicain (GOP), la fin semble justifier les moyens. Qu’il s’agisse de se ranger derrière la candidature de Donald Trump, de soutenir sa présidence ou bien d’aller jusqu’à faire campagne en Alabama aux côtés de Roy Moore, candidat islamophobe, raciste, homophobe et présumé pédophile, aucun principe éthique n’est indépassable.

Cette dérive morale serait le prix à payer pour faire voter l’agenda politique des riches donateurs qui tient de programme au parti Républicain depuis l’arrivée d’Obama à la maison blanche.

D’abord, installer des juges ultraconservateurs à la Cour suprême, quitte à faire obstruction au magistrat proposé par Barack Obama pendant douze mois. Mission accomplie, avec la nomination de Neil Gorsuch, celui-là même qui a permis de faire pencher la balance en faveur de l’autorisation du “muslim ban” de Donald Trump (1)

Ensuite, ce fut le long combat pour abroger la réforme d’assurance maladie dite “Obamacare”, sans succès. L’incroyable mobilisation des activistes et les pressions des électeurs eurent raison des quatre tentatives successives. Il s’en fut pourtant d’un cheveu pour que le texte qui prévoyait de remplacer le système “Obamacare” par un grand vide, supprimant ainsi la couverture santé de trente millions d’Américains, ne fusse voté. Le fait que seulement 18 % des électeurs approuvaient le plan du GOP n’empêcha pas 49 sénateurs sur 52 de soutenir l’abrogation.

Autre projet fortement contesté, la mise à mort de la neutralité du Net, à laquelle s’opposent près de trois quarts de la population et une écrasante majorité des milieux scientifiques et intellectuels, fut néanmoins validée par la Commission fédérale des communications (FCC), conformément aux désirs du parti Républicain. Cette décision favorise une demi-douzaine d’acteurs des télécommunications au détriment de la survie de la liberté de la presse.

La palme de l’hypocrisie à la réforme fiscale

C’est néanmoins la réforme fiscale qui remporte la palme de l’hypocrisie. Depuis huit ans, le parti Républicain s’oppose à toute réforme démocrate sous prétexte qu’elle aggravera le déficit public. Et bien, ce sont les mêmes sénateurs et représentants qui font campagne pour une baisse d’impôt sans précédent, financés par 1500 milliards de dettes supplémentaires.

Ce cadeau fiscal généralisé réalise l’exploit d’être parmi les lois les plus impopulaires jamais voté, avec moins de 28 % d’opinion favorable. Ceci s’explique peut-être par la disproportion inouïe de la répartition de ces baisses, dont les deux tiers bénéficieront aux entreprises, et le tiers restant à 80 % pour les 1 % les plus riches, et 45 % aux 0,1 %. La réforme va priver d’assurance maladie 13 millions d’Américains et augmenter (à terme) les impôts de 100 millions d’entre eux, essentiellement les classes moyennes et populaires.

Gigantesque transfert de richesse des plus pauvres vers les multimillionnaires, la réforme a été écrite par une armée de lobbyistes qui y ont intégré des centaines de niches fiscales et régimes d’exception. Un exemple significatif parmi d’autres, le crédit d’impôt sur les bénéfices des gestionnaires de Hedge Funds semble injustifiable. D’ailleurs, les sénateurs républicains interrogés sur la question bottent en touche en affirmant que les électeurs ne comprennent pas ce genre de détails techniques. Autre amendement surprenant, un rabais fiscal pour les propriétaires de terrain de golf, dont Donald Trump et le sénateur Bob Corker semblent les principaux bénéficiaires.

Parmi les autres tours de force, la réforme supprime le prélèvement sur l’héritage des grandes fortunes et l’équivalent de l’ISF américain sur l’immobilier. Le texte ouvre également l’Arctique à l’exploration pétrolière et propose l’amnistie rétroactive aux multinationales désirant rapatrier les profits cachés dans les paradis fiscaux.

Précipitation (électoraliste) extrême

Tout ceci se déroule dans une précipitation extrême. Aucun débat au parlement, aucune commission, aucun rapport officiel du CBO (Cour des comptes américaine) n’a eu lieu. Du jamais vu dans l’histoire moderne du Congrès américain.

Il faut prendre un peu de recul pour se rendre compte de ce qui vient de se passer.

Le parti Républicain vote un transfert de richesse sans précédent vers les 0,1 % les plus riches, en dépit d’une opinion publique particulièrement hostile, sans tenir le moindre débat public ni analyse officielle de l’impact budgétaire. Deux parlementaires ont reconnu publiquement voter le texte pour satisfaire leurs riches donateurs. Les Républicains reconnaissent ne pas savoir exactement ce que contenait la loi ni porter le moindre crédit aux dizaines de rapports extrêmement critiques pondu par des instituts indépendants, économistes et universitaires. Le parti ne se donne même plus la peine de défendre la logique du texte, il semble désespéré de remporter une victoire législative après la défaite électorale surprise en Alabama. Les lobbyistes, eux, se sont précipités sur ce qui s’apparente à une gigantesque braderie d’argent public.

Les USA s’enfoncent ainsi dans un nouveau régime particulièrement “ploutocratique” tout en menaçant l’équilibre économique mondial en transformant leur pays en véritable paradis fiscal.

=> Le blog de Politicoboy

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<p>Un blogueur français expatrié au Texas</p>