L’ÉTHIQUE & LA RAISON

De quelques côtés que nous nous tournions, la débandade prend des allures si vertigineuses, que nous avons du mal à nous arrêter sur un de ses soubresauts sans qu’il soit illico balayé par le suivant. Derniers en date, la tentative grotesque, aussitôt avortée, de promotion népotique d’un rejeton présidentiel insignifiant ; puis le relais saisi par le traître de basse cour, ce Besson et son idée tordue aux troubles relents de “grand débat” sur l’identité nationale.

RETOUCHES

((/public/Cernes2.jpg|Cernes2.jpg|L)) La députée UMP Valérie Boyer vient de déposer une proposition de loi sur les photos retouchées des magazines en papier glacé, obligeant ceux-là à indiquer les infractions à l’ordre naturel des choses et à ses imperfections supposées. Branle-bas de combat chez les lifteurs impénitents. ”« Une manière de refuser le progrès !” (clament nos indignés) ”… Un mauvais coup au rêve et à la beauté ! »” Haro sur le bouton assassin, le pli offensant, le bourrelet humiliant, la cerne sacrilège ! Sur ces couvertures transies, jamais l’ombre de ces délicats plis nasogéniens ornant les ailes frémissantes des nez, nulles pattes d’oies imprimées de nos rires passées, ni rides du lion révélant l’intensité d’une réflexion.

LA FINANCE COINCE SA BULLE

((/public/bulles_chardin.jpg|bulles_chardin.jpg|L))Quoi ? Comment ? Qu’apprend-on par le Wall Street Journal : en 2009, les banques américaines vont [battre tous les records en matière de rémunérations|http://www.latribune.fr/entreprises/banques-finance/banque/20091014trib000433124/banques-americaines-les-remunerations-vont-battre-des-records-.html]. Plus de 140 milliards de dollars à se partager pour les 23 principales d’entre elles ! Encore plus qu’à la fin des années fastes (130 milliards “seulement” en 2007). 20% de mieux que l’an de crise 2008 passé. Je vois déjà des épaules de lecteurs se vouter d’accablement, des regards chavirer de désillusion, des gorges se nouer d’indignation : mais alors, elle est pour quand la fin du monde annoncée… enfin, de LEUR monde ?

LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Donc, nos zélés sénateurs, au nom du “principe de précaution”, viennent d’interdire le téléphone portable aux élèves dans les établissements scolaires. Outre que la mesure fera probablement marrer les intéressés, au même titre que feu la future loi Hadopi, on se demande ce que ces vieux croutons ont eu derrière la tête pour sortir un règlement aussi stupéfiant de ridicule.

COMPLOT CONTRE LE ROI

Robert Fisk, le grand journaliste spécialiste du Moyen-Orient pour le journal britannique The Independent, vient de lever [un sacré lièvre|http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2828] : ”« Les pays arabes du Golfe Persique planifient \– avec la Chine, la Russie, le Japon et la France \– de mettre fin à la facturation du pétrole en dollars. »” Après l’ébranlement durable de l’organisation financière mondiale, la défaillance généralisée des économies réelles, la mise en péril des puissances publiques (nationales, régionales, locales), voici en gestation la quatrième phase de la crise systémique en cours : un complot contre le roi-dollar.

DU TITANIC AUX ESQUIFS DE SAUVETAGE

”« Le syndrome du Titanic »” est le titre du nouveau film de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre d’après le titre d’un roman éponyme du premier (Calmann-Lévy et LGF, 2004). Après Al Gore et Yann Arthus-Bertrand, voici donc Nicolas Hulot qui dresse à son tour un tableau apocalyptique de notre avenir, si rien n’est fait pour détourner le navire de sa fin de course suicidaire. Mais Nicolas Hulot franchit un cap dans son approche : l’écologie y devient hautement politique.

LA MARQUE DU SACRÉ

((/public/Vertigo.jpg|Vertigo.jpg|L))La crise qui nous frappe aujourd’hui ne serait rien si elle n’était que structurelle, un simple bug mécanique dans une organisation financière et économique essoufflée. Mais non, on a vu déjà qu’elle avait des [prolongations civilisationnelles|/index.php?post/2008/10/05/342-une-revolution-majeure]. On peut aujourd’hui constater qu’elle porte en elle l’étouffante marque du sacré. ”La Marque du sacré”, c’est le titre d’un livre lumineux du philosophe Jean-Pierre Dupuy (éditions Carnetsnord, 2008, 20 €), qui inspire très librement la petite analyse à suivre sur la situation apocalyptique qui est aujourd’hui la nôtre. Jean-Pierre Dupuy traite de la façon dont l’être humain a abusivement ramené sa science, pour se poser en rival de ses vieux dieux défaillants.

« JE VOUDRAIS ÊTRE VOTRE AMI(E) »

Ça y est, j’ai sauté le pas, je me suis ouvert une page Facebook. J’ai mis quelques photos, donné quelques indications bio, limité les accès à “mes ami(e)s”, et attendu que ceux-ci veuillent bien se présenter… Ils ont fini par venir, tout doucement, presque timidement. Annoncés par un mail en forme de carton d’invitation. ”« X. vous a ajouté en tant qu’ami(e) sur Facebook. Confirmez que vous connaissez X. pour… »” J’ai confirmé tout ce qu’on voulait.

APPRENDRONT-ILS UN JOUR, APPRENDRONT-ILS JAMAIS ?

((/public/Mary_Travers.jpeg|Mary_Travers.jpeg|L))Mary Travers, du trio Peter, Paul & Mary, vient de s’éteindre. Les membres du G20 auraient à coup sûr gagné à ré-écouter le refrain d’un des succès que popularisa ce groupe célèbre dans les années 60, ”Where Have All The Flowers Gone” ([Que sont devenues les fleurs|/public/que_sont_devenues_les_fleurs.html]) de Pete Seeger : ///html

Oh, when will they ever learn (apprendront-ils un jour)
Oh, when will they ever learn (apprendront-ils jamais)

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LA TAXE COUILLE MOLLE

Quand les humains tergiversent à prendre les décisions qui s’imposent, ils inventent une taxe ou un impôt en prétendant corriger ainsi les saloperies qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de continuer à répandre. Un machin sans conséquences. Une pauvre poudre de perlimpinpin pour donner le change à leur mauvaise conscience. Ainsi va de la pauvre taxe carbone.

VAUDEVILLE CRÉPUSCULAIRE

Oh là là, si vous saviez, dans la très grande entreprise qui m’emploie, j’ai assisté à une grande réunion sur le sujet de la prévention contre la grippe A(H1N1). Ce cirque ! Ils vont mettre des savonnettes et des kleenex partout ! Eux qui font fi sans précaution de tous les pics d’ozone annoncés pour venir assurer la productivité de l’entreprise. Un vrai vaudeville à la [Georges Feydeau|http://fr.wikipedia.org/wiki/Feydeau] qui s’essaierait au thriller.

“MON MEILLEUR COPAIN”, SDF, 515 EUROS PAR MOIS POUR VIVRE

”Le billet ci-dessous a été spécialement écrit pour la série [Votre porte-monnaie au rayon X|http://www.rue89.com/tag/porte-monnaie] publiée par Rue89. D’où sa forme sans doute un peu inhabituelle pour les passants de ce blog.” ((/public/MMC_objet.JPG|MMC_objet.JPG|C)) Le jour de marché, il vient par autocar jusqu’à notre petite ville touristique du bord de mer et s’installe sur son tabouret pliant, en face de la boulangerie, quel que soit le temps, avec son écriteau de sans domicile fixe (SDF) pour émouvoir le chaland. D’emblée, il prévient : « Pas de nom, pas de photos. Je ne veux pas qu’on me voit comme ça. » À défaut, appelons-le [“mon meilleur copain”|/index.php?post/2008/05/06/300-mon-meilleur-copain]. J’ai passé son [porte-monnaie au rayon X|http://www.rue89.com/tag/porte-monnaie].

« LA FINANCE ET LA VACHE FOLLES »

((/public/madcow.gif|madcow.gif|L)) Tel est le titre d'[un extraordinaire billet||http://www.pauljorion.com/blog/?p=4507] publié sur [le blog du sociologue-anthropologue Paul Jorion||http://www.pauljorion.com/blog]. Il est l’œuvre d’un certain Jean Fosseprez, vétérinaire de son état. Celui-ci n’y va pas par quatre chemins : ”<< La crise actuelle ressemble davantage à une crise sanitaire type vache folle qu’à une crise économique classique. >>” ”<< Au risque de surprendre'' (continue tout de go notre praticien)'', je dirais que la crise de la VF trouve son origine dans les accords de Bretton Woods en 1944. >>”

TERRIBLES ORAGES EN PERSPECTIVE

((/public/G20_2.jpg|G20_2.jpg|L))Ils ont beau claironner que tout va “moins mal que prévu”, s’ébahir devant la “surprise” d’un petit +0,3% de PIB en juillet (cet ébahissement et cette “surprise” illustrent à eux seuls toute la confusion de leurs prévisions) ; ils ont beau s’enivrer des dernières envolées boursières, d'”indices de confiance” frémissants et voir venir des reprises à tous les coins de rue, ils n’y pourront rien : cette rentrée s’annonce sous les pires auspices pour l’économie réelle. Et pour les populations.

LA MÈRE QUI VOULAIT “COUPER”

Quelle drôle d’histoire ! Vous vous rappelez (peut-être déjà plus d’ailleurs), cette femme en instance de divorce, qui avait disparu de son chalet du Grand-Bornand avec ses deux enfants de quatorze et quinze ans, le futur ex, la justice et la police aux trousses ? Eh bien, elle vient d’être retrouvée. Ou du moins, elle s’est signalée. Elle voulait juste, dit-elle, << couper >>.

LA VIOLENCE QUI MONTE, QUI MONTE…

Comme le constatait le sociologue Michel Wieviorka dans une [tribune|http://www.liberation.fr/economie/0101584671-la-crise-ou-la-purge] publiée le 11 août par Libération, bien des analystes économiques et financiers, bien des responsables politiques auraient tendance à comparer la crise actuelle à la pandémie de la grippe A(H1N1). Après avoir tremblé devant les menaces de violences, d’émeutes et d’explosions sociales qu’elle risquait d’engendrer, les voilà qui profitent d’une accalmie (pourtant toute artificielle) pour souffler et se rassurer à bon compte. Tout va “moins mal que prévu” ! C’est aller bien sûr un peu vite en besogne. La violence ne se mesure pas forcément à la réalisation de ces extrémités. Et sa montée ne se résume pas à l’immédiateté de ses explosions.

WOODSTOCK, RIGHT NOW !

((/public/Woodstock_music_festival.jpg|Woodstock_music_festival.jpg|L))Le matin, je vais souvent balader mes chiennes sur la jetée qui donne sur le grand estuaire. En ce moment, il fait beau. Les touristes en font un lieu de pèlerinage. Mais ce que je préfère, c’est quand le quai est un désert battu par le vent et la pluie. Un vilain crachin noie interminablement le paysage. C’est à peine si là-bas, sur l’autre rive du fleuve, on aperçoit les ombres des complexes pétrochimiques et les fumées menaçantes de leurs hautes cheminées. De ce côté-ci, seules quelques rares silhouettes liquéfiées de passants obstinés s’accrochent au gras du bitume. Elles filent comme ombres pourchassées, imperméables au salut. Pourquoi faut-il qu’à ces instants me reviennent en mémoire les images d’un autre vieux souvenir ruisselant…

LAL

Mon copain Lal (Leonid Minor pour l’état-civil) est mort durant l’été. Presque un siècle de vie, et il s’est écroulé. Mort. Jusqu’à son dernier souffle, et même si un sort malheureux nous avait éloigné depuis quelques années, Lal Minor a toujours été à mes yeux une vivante représentation de l’élégance. Comme Don Quichotte l’était aux yeux d’Orson Welles. Qu’aurait-il pensé, lui, Lal Minor, de cette sinistre rentrée 2009, de ces lamentables convulsions d’un monde décadent, à bout de souffle, avec ces hallucinations puériles (”<< la récession est terminée ! >>”), ces illusions naufragées (”<< la reprise est à portée de vue ! >>”), ses lâchetés, ses faux-fuyants, ses abandons ?