VIVRE OU MOURIR

((/images/Philo.jpg|Manuel de philo de M. Grateloup|L)) — Parfois, je me demande quelles raisons poussent des gens à s’engager comme des forcenés dans des combats qu’ils savent perdus d’avance ? À s’embarquer vers de nouvelles aventures quand toutes les précédentes ou presque se sont soldées pour eux par des défaites ou des désillusions ? — L’envie de vivre, peut-être, tout simplement. — C’est Don Quichotte partant à l’assaut des moulins à vent ! — Et alors ? Orson Welles disait que Don Quichotte était la représentation même de l’élégance. Si tu veux, je peux te raconter une histoire.

FRAGILE

((/images/fragile.jpg|Couverture du dvd|L)) Il y a des fois où on a vraiment envie de balancer des beignes ! C’est ma fille aînée qui m’a fait découvrir il y a quelques années le groupe ”Têtes Raides”. J’ai compris pourquoi une adolescente pouvait aimer : une quête forcenée d’absolu, un humour qui se voulait dévastateur. Moi, au début du moins, j’avoue être resté un peu sur la réserve : l’engagement trop carré des ”Têtes Raides”, leur — comment dire ? — leur “moralisme binaire”, leur humour “dévastateur” un peu facile, tout cela contribuait à me tenir à distance. Et puis, peu à peu, je m’y suis fait. Le retour d’âge, peut-être. Ou une plus grande ouverture d’esprit ! Récemment, j’ai écouté un de leur dernier titre : __”Fragile”__. Superbe.

PLOP !

Derrière la vitre ruisselante du ”Fou de Bassan”, mon bistrot favori, dansaient d’étranges silhouettes. Recroquevillées sous les bourrasques glaciales de vent et de pluie, elles passaient à vive allure et s’enfonçaient dans la nuit noire. Parfois, l’une d’entre elles, curieuse, essayait d’entrevoir l’intérieur de la salle où nous étions attablés. L’espace d’un instant, dix doigts se posaient sur la vitre, laissant une traînée noire sur la buée. Blafard et fantomatique comme un masque de carnaval, un visage déformé par les perles d’eau surgissait, puis s’enfuyait.

LE PRINCIPE DE PETER

Selon le principe de Peter qui veut que chacun tende à s’élever à son niveau d’incompétence, je crains que la société humaine elle-même soit actuellement atteinte de ce syndrome. Je veux dire qu’elle n’est pas du tout au niveau auquel elle croit pouvoir prétendre. C’est ainsi de façon cyclique depuis la nuit des temps. Soudain, les choses nous échappent, s’emballent. Plus personne, nulle analyse, nulle considération, ne sauraient arrêter cette folle cavalcade vers on ne sait quel gouffre. Les commentaires, les explications ne font qu’illustrer l’engrenage qui nous aspire. Elles l’accompagnent, mais ne l’enrayent pas. Pas tout de suite.

LE FACTEUR HUMAIN

((/images/Bistro_Paris.jpg|Le bistrot des éclopés de la vie|L)) Le jour n’était pas levé quand je suis sorti. Il fallait absolument que je sorte. La soirée de la veille avait été plutôt agitée. Vous savez, une de ces soirées où, sous le feu de l’excitation, les conversations dérapent et s’enveniment sans que plus personne ne puisse enrayer le flot des imprécations. Au petit matin, il vous en reste une petite boule amère de regrets au fond de la gorge et un vague sentiment de culpabilité. Pour secouer, ça avait secoué !

UN INTELLECTUEL NIQUE SA MÈRE !

Je n’écoute, ni ne lis plus les médias officiels. Quand d’aventure je les parcours, ce n’est pas pour l’info, mais pour savoir où en est l’adversaire. Pourtant, un titre en bas de la une de Libération (18/11/2005) a accroché mon regard : ”[Nique ta mère !|http://www.liberation.fr/page.php?Article=339243]” L’auteur : Jean Baudrillard, un intellectuel français très intelligent. Je lis les premières lignes : ””Une société elle-même en voie de désintégration n’a aucune chance de pouvoir intégrer ses immigrés, puisqu’ils sont à la fois le résultat et l’analyseur sauvage de cette désintégration.””

UN MANQUE

Une fois de plus, sous la pression des évènements, on avait pu constater la fragilité de notre société civile, la fébrilité du Pouvoir, le recroquevillement des médias officiels. Dehors, le pays brûlait, les émeutes embrasaient les banlieues. Sur les écrans de télévision, on voyait de jeunes enfants cagoulés ivres de haines, des parents qui n’avaient plus la force d’être des parents, des pompiers exténués luttant contre le feu sous les projectiles, des forces de l’ordre ne sachant plus très bien où était leur fuyant ennemi, des passants affolés, des éducateurs effondrés, des voitures et des bâtisses détruits.

PUBLI-REPORTAGE SUR FOND DE DÉCOMBRES

Ainsi donc, ce lundi 7 novembre 2005, à l’occasion du renouvellement d’un quotidien parmi d’autres — Le Monde — France Inter déplace toute son équipe d’informations du matin dans les locaux de ce journal. Comment appelle-t-on ça, M. Paoli, vous qui êtes responsable de ce service ? Un ménage ? Un publi-reportage ? Voici donc où nous nous en sommes arrivés : le journal d’informations d’une grande radio publique transformé en vulgaire publi-reportage entre copains. À quand une tranche matinale d’informations dans les locaux de l’Équipe, de Métro, de Rouge ?

LE DÉBUT D’UN MONDE

Plus je réfléchis au monde qu’il nous faudrait reconstruire sur les décombres de la pitoyable forteresse libérale, plus je me dis que c’est d’une simplicité enfantine, une évidence tellement criante que je ne comprends pas par quelle aberration infernale l’espèce humaine a pu s’en être autant éloignée. (Enfin si, je comprends, mais c’est une autre histoire !)

LA FIN D’UN MONDE

Je ne sais si vous êtes d’accord, mais j’ai tout l’impression que la fin d’un monde s’annonce. L’histoire est coutumière de ces fins de cycles qui interviennent tous les dix ou vingt ans : la Première Guerre mondiale, la grande crise de 1929, la Seconde Guerre mondiale (comme si la Première ne suffisait pas !), les bouleversements des années 60/70, la chute du bloc soviétique… Meurtriers ou pacifiques, ces bouleversements brutaux précèdent toujours de longues périodes de reconstruction. Périodes essentielles que conditionnent nos engagements politiques.

RACAILLE

Un petit ministre de l’intérieur trépignant, escorté par sa nuée d’adorateurs journalistiques, se rendit un soir dans une banlieue ghetto de la grande mégalopole parisienne. Las ! Il y fut reçu par forces invectives, crachats et œufs aviaires pourris. Quelque peu interloqué, mais fort de ses cours renforcés de communication, il tenta de reprendre pied et s’empara d’un des micros qui se tendaient langoureusement vers lui…

DÉBUT DE PANIQUE DANS LE MICROCOSME MÉDIATIQUE

((/images/internet.gif|internet|L)) Vous avez vu comme ces derniers temps, les médias du microcosme officiel tirent à boulets rouges sur les sites d’informations du web. C’est Dominique Wolton qui vibrionne sur France Inter sur les dangers de la Toile (vous savez, Wolton, le spécialiste tellement spécialiste de la communication qu’il n’y a pas une seule émission sur le sujet où il ne soit pas invité). C’est Daniel Schneiderman dans Libération qui distille ses soupçons sur Wikipedia, “l’encyclopédie libre, gratuite et multilingue” sur laquelle chaque internaute peut intervenir.

LA PAUVRETÉ EST MOCHE !

Aujourd’hui 17 octobre 2005, ils ont décrété une journée de refus de la misère. Et qu’entends-je, que lis-je sur les médias du microcosme au pouvoir ? En guise de refus, on parle surtout de “représentation” de cette misère. En clair, il faut prendre conscience de l’existence de la pauvreté, rendre leur dignité aux pauvres, ne plus les cantonner dans des ghettos. Je ne doute pas (quoique) de la bonne volonté de ceux qui en appellent à cette reconnaissance, mais cette vision “chrétienne” du problème me chauffe le sang. Croit-on qu’on refuse la misère en redorant des oripeaux ? Glorifier les pauvres, c’est en justifier l’existence. N’a-t-on pas été dans le passé jusqu’à promettre aux miséreux qu’ils seraient les premiers au “royaume de Dieu”. Foutaises !