PERSPECTIVES

Tout récemment, lors d’une séance du Comité d’établissement de la grande entreprise qui m’emploie, et alors que la discussion roulait son train-train quotidien sur les sempiternelles mêmes questions récurrentes depuis des années, les résultats, les objectifs, la réorganisation de tel ou tel service…, je me suis hasardé à prévenir qu’il nous faudrait peut-être songer à affronter un jour les graves évènements qui sévissaient à l’extérieur de notre espace ouaté et climatisé. Regards stupéfaits, rires empruntés, puis explosion des quolibets et des sarcasmes. Non seulement dans les rangs des représentants de la direction, mais aussi dans ceux de mes compagnons de route syndicale.

LÀ OÙ LES TIGRES SONT CHEZ EUX

((/images/tigres.jpg|tigres|L))Parmi les “marronniers” qu’on nous inflige rituellement chaque année à chaque période de septembre, il y a cette lourdingue rentrée littéraire et ses quelques cinq/six cents “chefs d’œuvres impérissables” dont la plupart sont aussitôt oubliés à défaut de mériter une découverte. Et qui, à chaque fois, suscite un ennui incommensurable. Or voilà que parfois, heureusement mais trop rarement, une œuvre flamboyante vient transfigurer la torpeur marronnière. C’est le cas cette année avec le roman-fleuve de Jean-Marie Blas de Roblès, ”Là où les tigres sont chez eux”, publié par les discrètes mais excellentes éditions Zulma.

OÙ IL EST QUESTION DE PAIN SEC, DE MAUVAISE SOUPE, ET DE QUELQUES RECETTES DE SURVIE

”« Plus de miel, plus de confiture, dans quel sens on va faire tomber nos tartines maintenant ? »” Voilà ce que dit mon pétaradant ami Yelrah à propos de la crise actuelle. Je crois qu’il aurait pu aller jusqu’à oser parler de régime pain sec et de soupe à la grimace. Après avoir longuement (trop ?) essayé de décrire le lent mais inéluctable processus de chute du système capitaliste néo-libéral, il est temps, maintenant que cette chute est avérée, reconnue de tous même du Foutriquet ce soir à Toulon, d’essayer d’en anticiper les conséquences prochaines et d’en analyser les raisons. D’essayer de voir ce qu’il reste à croûter, dès lors que les pots de confiottes sont vides. Et puis de mitonner quelques recettes de survie.

LE DESTIN DES ABEILLES

((/images/CCD.jpg|CCD|L))En son temps, il paraît que le visionnaire Albert Einstein aurait déclaré : ”« Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre. »” J’ignore combien il nous reste à vivre, à nous et aux abeilles, mais le dangereux déclin de leurs colonies commence déjà à peser sur notre existence au quotidien. Un certain Dennis van Engelsdorp a récemment un pondu un gros rapport sur ce sujet, avec un titre de film-catastrophe : ”Colony Collapse Disorder” (titre français : “Syndrome d’effondrement des colonies”.) Dennis van Engelsdrop pointe dans son rapport les premiers effets de cette agonie sur la production de fruits et légumes. Phénomène particulièrement sensible aux États-Unis où l’industrie apicole revêt une bien plus grande échelle qu’en vieille Europe.

LES RITUELS DU NAUFRAGE

((/images/rituels_naufrage.jpg|rituels du naufrage|L)) Il y a quelques (dizaines d’) années, j’ai acheté dans une boutique de solde un gros bouquin illustré intitulé ”Les Rituels du naufrage”. L’éditeur, Hier et demain, a rejoint lui aussi, je crois, le rang des suppliciés. Je me rappelle seulement avoir été ensorcelé par ces récits apocalyptiques, autant me semble-t-il que le propre auteur des textes, un certain Serge Sautreau. Et surtout fasciné par l’orchestration implacable de ces images de perdition. Le livre traîne encore dans ma bibliothèque, ou plutôt perdu corps et biens au fin fond d’un des innombrables cartons non déballés, égarés dans un recoin de la maison que j’occupe aujourd’hui en transit.

LETTRE AU VOYAGEUR SILENCIEUX

((/images/vazy.JPG|vazi|L))Ami voyageur furtif qui passes sur ce blog avec une discrétion touchant à l’absence. Toi qui ne laisses jamais ni commentaires ni autres traces de ton passage sur mon petit territoire virtuel, par pudeur ou timidité, que sais-je ? Ou pire, parce que tu penses que ça ne sert à rien. Ami voyageur, pardonne-moi mais une fois n’est pas coutume, je vais te faire pénétrer dans mon paysage intime.

TOUT VA MAL ET RIEN NE S’ARRANGE

((/images/cyclone1.jpg|cyclone|L)) Bon, en cette rentrée, je crois qu’il est temps de faire un petit point sur la situation générale. Pas triste ! Au début de l’année, j’avais écrit sur ce modeste blog que l’année 2008 avait tout pour être explosive et que nous approchions d’un douloureux moment de vérité. Eh bé, l’examen des faits neuf mois après confirme plus que largement ce sombre diagnostic. Récapitulons. La crise actuelle est à la fois économique, sociale, politique, et financière. Examinons ces quatre facettes (en faisant simple et pédago pour les ignares qui passent par là !) et cherchons à en dégager les éléments nouveaux.

“ANTISÉMITISME”

Une nouvelle fois, un fait divers (l’agression de trois jeunes portant la kippa dans le dix-neuvième arrondissement de Paris) nous vaut, malgré les précautions des enquêteurs, un déchaînement médiatique précipité et tonitruant sur le caractère “forcément antisémite” de cet acte. Dans un [commentaire|http://www.rue89.com/2008/09/07/un-jeune-agresse-avec-sa-kippa-ca-reste-un-juif-visible?page=1#comment-464584] sur Rue 89, Thierry Reboud tente de nuancer : ”« “Un jeune agressé avec sa kippa, ça reste un Juif visible”, Camus* dixit. Soit. D’où je déduis qu’ “un Noir agressé avec son épiderme, ça reste un Noir visible”. Normal, non ? Et donc que tout Noir agressé alors qu’il se trouve muni de son épiderme est ipso facto victime d’une agression raciste. (J’imagine qu’on peut accepter la variante avec “Un Arabe qui a l’air d’un Arabe”…) »” Je souscris totalement à cette analyse. C’est pourquoi le mot “antisémitisme” est désormais totalement banni de mon vocabulaire. Je me borne désormais aux termes “racisme” et “intolérance”. Plusieurs raisons à cela.

CHEZ PAPY

((/images/Maica.jpg|Maica|L))”— Allo, bonjour, ici la crêperie d’chez Papy.”%%% ”— Salut, Papy, t’as une table pour moi d’ici un quart d’heure ?” J’ai un pot dingue. Je bosse pour une boîte qui me paie TOUS mes repas de midi. Alors, parfois, j’avoue, j’en profite pour aller me taper un tagine ou un couscous à la crêperie de chez mon pote Papy. Oui, oui, je comprends, c’est pas clair, mais je vous explique. En fait la crêperie, ça doit être une couverture. Peu de gens en prennent, des crêpes, chez Papy, ou alors au dessert, et les enfants. Au départ, quand il a lancé son restau, perdu dans une petite bourgade à l’écart de la cité portuaire, sa spécialité de départ, à Papy, c’était la fondue savoyarde (toujours au menu). Papy est d’origine savoyarde. Les crêpes, ça devait probablement être pour compléter. Tout le monde sait faire des crêpes. Mais alors, me direz-vous, le couscous ? le tajine ?

AUTO-FLAGELLATION

((/images/Autoflagellation.jpg|autoflagellation|L))S’il y a un fait de société caractéristique qui mérite d’être souligné ces derniers temps, c’est bien la publication dans Paris-Match de cette interview des auteurs de l’embuscade afghane. Ces images de talibans paradant dans des uniformes arrachées aux dépouilles de leurs victimes françaises, exhibant leurs trophées morbides, mettant en scène une impayable générosité de vainqueur (la montre du soldat mort rendue à sa famille) sont proprement hallucinantes. Mais infiniment plus troublant encore le fait que des journalistes du pays humilié se soient cru devoir effectuer une telle enquête, plus sidérant le fait qu’un hebdo grand-public à grand tirage du même pays défait ait jugé bon d’en faire sa une et sa pub.

LA MAISON DE RETRAITE

Dans la “vraie” vie, je porte un prénom breton du genre breton bretonnant. Suffisamment rare et exotique pour que la première question qu’on me pose concerne toujours celui-ci (non, je ne suis pas breton). Ce prénom a toujours été une pierre dans mon jardin. Tantôt encombrant parce que rare (personne foutue de bien l’écrire ou le prononcer du premier coup correctement), tantôt instrument de séduction et prétexte à premières discussions parce qu’exotique. Il m’a fallu plusieurs dizaines d’années pour en apprendre l’origine. Par ma mère, maintenant âgée et malade, qui vient d’entrer en maison de retraite.

LA PÊCHE À LA MOUCHE

((/images/Truite.jpg|truite|L)) ”« Je pêche parce que j’aime pêcher ; parce que j’aime les lieux — toujours splendides — où vivent les truites, et que j’abhorre ceux — invariablement laids — où vivent les gens. »” Il y a quelques temps, quelques années même déjà, je me suis piqué de pêche à la mouche. Mais en vérité pas tout à fait pour les insociables raisons invoquées dans son savoureux ”Testament d’un pêcheur à la mouche” par ce vieux misanthrope de John D. Voelker (éditions Gallmeister).

AUTRUCHES EN DÉBANDADE

Hallucinant ce déluge d’inflammations patriotardes, d’outrances hystérico-guerrières, qui a suivi la mort en Afghanistan de ces dix malheureux soldats. C’est à qui remporterait la palme de la bouffonnerie cocardière. De Foutriquet soi-même, toujours en forme étincelante sur ces sujets merdeux, aux éditorialistes lèche-bottes de la presse poisseuse (la palme à [l’éditorial|http://www.liberation.fr/actualite/monde/346366.FR.php] de Laurent Joffrin dans Libé du 20/08). Vont même leur faire des funérailles nationales, à ces pauvres gosses. Célébration de la déroute !

ÉLOGE DE LA FUITE

((/images/main.jpg|main|L))Il m’a bien fallu quinze jours de vacances au fin fond du Quercy pour digérer le feuilleton d’Henri Laborit et pondre enfin cet épilogue qui me tenait tant à cœur. Quinze jours passés à visiter ces grottes où nos aïeux préhistoriques tentaient déjà de laisser la trace de leur fragile existence. Quinze jours à visiter le formidable musée des Écritures de Figeac (Lot), qui vous laisse l’impression d’appartenir à une espèce pas tout à fait complètement détestable. Quinze jours aussi pour relire l”’Éloge de la fuite” du même Laborit et décanter ses propos au regard de notre époque.

Feuilleton de l’été : VIVRE MALGRÉ TOUT (6)

((/images/inconscient.jpg|inconscient|L)) ///html

Épisode 6 : L’inconscience

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/// « L’inconscient constitue un instrument redoutable. Non pas tellement pour son contenu refoulé, refoulé parce que trop douloureux à exprimer car il serait puni par le socioculturel. Mais par tout ce qui est au contraire autorisé. Et quelquefois même récompensé par cette socioculture. Et qui a été placé dans son cerveau depuis sa naissance. L’homme n’a pas conscience que c’est là. »

Feuilleton de l’été : VIVRE MALGRÉ TOUT (5)

((/images/bagarre.jpg|bagarre|L)) ///html

Épisode 5 : Inhibition de l’action

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/// ”(Retour dans la cage au rat ; troisième cas de figure…)” « Dans cette troisième situation, le rat ne peut toujours pas fuir. Et va donc continuer à recevoir toutes les punitions. Mais il sera en face d’un autre rat qui lui servira d’adversaire. Et dans ce cas, il va lutter. Cette lutte est absolument inefficace. Elle ne lui permet pas d’éviter la punition. Mais il agit. Un système nerveux, ça ne sert qu’à agir.»

Feuilleton de l’été : VIVRE MALGRÉ TOUT (4)

((/images/Conditionnement.jpg|conditionnement|L)) ///html

Épisode 4 : Le mur du langage

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/// « Nous avons dit déjà que nous n’étions que les autres. L’individu ne peut plus maintenant et depuis déjà longtemps assurer sa survie seul. Il a besoin des autres pour vivre. Il ne sait pas tout faire. Il n’est pas poly-technicien. » « Dès son plus jeune âge, la survie du groupe est liée à l’apprentissage chez le petit de l’homme de ce qui est nécessaire pour vivre heureux en société. On lui apprend à ne pas faire caca dans sa culotte, à faire pipi dans son pot. »

Feuilleton de l’été : VIVRE MALGRÉ TOUT (3)

((/images/rat.jpg|Le rat|L)) ///html

Épisode 3 : Punition

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/// ”(Expérience : un rat dans une cage comportant deux compartiments. Entre ces deux compartiments, une cloison et une petite porte. Le plancher grillagé de chacun de ces deux compartiments est relié à une petite source électrique.)” « Le plancher du compartiment où se trouve le rat est électrifié intermitemment. Avant que le courant électrique passe dans le grillage du plancher, un signal sonore prévient l’animal qui se trouve dans la cage que quatre secondes après, le courant va passer. »

Feuilleton de l’été : VIVRE MALGRÉ TOUT (2)

((/images/petit chien.jpg|le petit chien|L)) ///html

Épisode 2 : Les autres

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/// « J’ai parlé de la mémoire. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’au début de l’existence, le cerveau est encore, nous disons, immature. Donc, dans les deux ou trois premières années de la vie d’un homme, l’expérience qu’il aura du milieu qui l’entoure sera indélébile et constituera quelque chose de considérable pour l’évolution de son comportement dans toute son existence. »

Feuilleton de l’été : VIVRE MALGRÉ TOUT (1)

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Épisode 1 : Les trois cerveaux

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/// « La seule raison d’être d’un être, c’est d’être. C’est-à-dire de maintenir sa structure, de se maintenir en vie. Sans cela, il n’y aurait pas d’être. » « Contrairement aux plantes qui se maintiennent en vie sans se déplacer, les animaux, eux, donc l’homme qui est un animal, sont forcés d’agir à l’intérieur d’un espace. »