LE CHASSEUR “PRIMAIRE”

Il y a une chose qui me turlupine depuis quelques temps. Ces histoires de banques qui prétendent n’avoir plus un sou vaillant à prêter et qui tarissent le circuit du crédit indispensable à la survie du système. Mais alors si les banques n’ont plus d’argent, si elles n’arrivent pas à s’en procurer par “manque de confiance” entre elles, et si TOUTES prétendent la même chose, OÙ IL EST, CE PUTAIN DE FRIC ? Eh bien, figurez-vous que j’ai trouvé. En allant acheter des poireaux au marché. Vous avez déjà entendu parler des chasseurs “primaires” ?

LES CHIENS À L’ÉCOLE

((/public/chiens_ecoles.jpg|chiens_ecoles.jpg|L))”Voici, brut de décoffrage, sur le thème de l’ignominie ordinaire, le témoignage d’un parent d’élève que mon ami Jean-Luc, du blog [Kinoks|http://kinoks.org], m’a fait parvenir. Ces faits, s’ils sont vérifiés (et il n’y a pour l’heure aucune raison d’en douter ; cf. ci-dessous les liens vers deux articles de la Dépêche du Midi qui les corroborent) devraient être impérativement répercutés sur le maximum de sites et de blogs.” Mais voilà que ce week-end, j’accueille ma fille Zoé — elle a 13 ans — de retour du collège de Marciac (Gers). Elle me raconte son mercredi au collège… Colère à l’intérieur de moi… révolte… que faire ? J’ai demandé à Zoé d’écrire ce qu’elle me disait là. Elle a accepté. Voici donc son témoignage, avec ses mots à elle :

INDIGNATIONS PLURIELLES

Vendredi 28 novembre 2008, le journaliste Vittorio de Filippis, ancien directeur de la publication de Libération de mai à décembre 2006, a été brutalement interpelé à son domicile par les forces dites “de l’ordre”. Le prétexte : une banale affaire de diffamation dans le journal qu’il dirigeait. Menotté dans le dos, insulté devant ses enfants, emmené et fouillé au corps à deux reprises, enfermé dans une cellule sinistre avec blattes et cafards en guise de compagnons d’infortunes, sa lamentable mésaventure suscite à juste titre l’indignation générale, une levée unanime des protestations. Et appellent quelques réflexions opportunes sur les indignations en général. Et les protestations trop particulières.

2009 : SOMBRES PERSPECTIVES

”« Nous entrons dans une période difficile qui peut durer un an. »” C’est le dernier leitmotiv à la mode de nos “prévisionnistes” en cour. Il n’y a pas si longtemps, les mêmes annonçaient que la crise était déjà derrière nous. Juste avant, ils déclaraient que la France était à l’abri du cataclysme général. Et en tout début d’année 2008, ils rigolaient ouvertement quand on les alertait sur l’imminence du cataclysme planétaire en vue. Aujourd’hui, en désespoir de cause, ils cherchent à le circonscrire à une petite année. Nul ne sait combien de temps durera la crise en question, mais au train où vont les choses, il serait étonnant qu’elle se limite aux douze prochains mois de 2009.

LA MÉDIACRATIE EN ÉCHEC

((/public/media-actu.jpg|media-actu.jpg|L))Cette élection de Martine Aubry à la tête du PS, franchement, je m’en tape ! Comme je me fous totalement du sort futur du PS, cette triste roue de secours de la droite arrogante. Remember Versailles, le 4 février 2008, lorsque ces faux-cul laissèrent si opportunément l’UMP régler son sort au référendum majoritairement négatif de 2005 sur le projet de constitution européenne. Tout de même, le détail mérite d’être noté, cette élection de la nouvelle premier secrétaire du PS est symptomatique de l’échec cuisant des médias à totalement contrôler notre appareil démocratique.

PARLER

Un dimanche matin devant la boulangerie. Sur le pas de la porte, assises, mes deux chiennes attendent que je ressorte, comme à leur habitude. Soudain, un groupe de touristes japonais. Cercle autour de mes deux cabotes. Rires, gloussements, crépitement des appareils photos. La labrador, intriguée, se lève. Un rondouillard à lunette s’avance, avec des airs de chef de meute rigolard. Fixe la chienne du regard, pointe un doigt par terre, et intime : — ”Sit ! Sit !” (Assis ! Assis !) Il m’a fallu quelques secondes pour réaliser : notre brave touriste, craignant que la chienne ne comprenne pas le nippon, lui parlait… en anglais !

PROJECTIONS PASSIONNELLES

Je voudrais évoquer ici la polémique née du retour de Bertrand Cantat à la chanson. Et de l’interdiction morale que certains prétendent dresser contre la légitimité de ce retour. Il n’est pas dans mes intentions de faire un quelconque ”flash-back” sur le douloureux épisode de la mort (violente) de Marie Trintignant, dont Bertrand Cantat a été jugé responsable et pour laquelle il a payé. Je voudrais seulement essayer de décrypter la façon dont nous, nous considérons, jugeons et gérons notre propre passé. Déterminant ainsi tout notre présent et souvent même tout notre avenir.

NO RAIN !

((/public/NoRain.jpg|NoRain.jpg|L)) Le matin, je vais balader les chiennes sur la jetée. En été, les touristes en font un lieu de prédilection. Mais à l’arrivée de l’hiver, c’est souvent un désert battu par le vent et la pluie. Depuis plusieurs jours, un vilain crachin noie interminablement le paysage. C’est à peine si là-bas, sur l’autre rive du fleuve, on aperçoit les ombres des complexes pétrochimiques et les fumées menaçantes de leurs hautes cheminées. De ce côté-ci, seules quelques rares silhouettes liquéfiées de passants obstinés s’accrochent au gras du bitume. Elles filent comme ombres pourchassées, imperméables au salut. Pourquoi faut-il qu’à cet instant me reviennent en mémoire les images d’un autre vieux souvenir ruisselant…

HERCULE POIROTE ET LE RIRE QUI TUE

((/public/hercule_poirote.jpg|hercule_poirote.jpg|L))Heureusement, parfois, dans ce monde en bouillie, il y a quelques motifs de franche rigolade. En témoigne cette hilarante affaire de “l’ultra gauche” débusquée dans sa planque de Tarnac (Corrèze) après, nous dit-on, avoir été pistée ”<< plusieurs mois >>” par les pandores de la ministre Alliot-Marie. Ce qui ne les a pas empêchés, nous dit-on encore, de semer un boxon incroyable dans la circulation de nos valeureux TGV au nez et à la barbe de nos limiers déconfits. Imaginez le délire si c’était Ben Laden et ses sbires qui avaient mis leur nez dans les infortunées caténaires !

LE VIDE À COMBLER

((/public/Todd.jpg|Todd.jpg|L)) Emmanuel Todd vient de publier un nouvel opus d’importance : ”Après le démocratie” (Gallimard, 18,50 €). Il commence fort : ”« Si Sarkozy existe en tant que phénomène social et historique, malgré sa vacuité, sa violence et sa vulgarité, nous devons admettre que l’homme n’est pas parvenu à atteindre le sommet de l’État __malgré__ ses déficiences intellectuelles et morales, mais __grâce__ à elles. »” La capilotade économico-financière actuelle ne saurait faire oublier la débandade mentale et morale dont nous sommes les victimes un peu trop consentantes. Emmanuel Todd nous y ramène par la barbichette. Selon lui, deux facteurs au désarroi ambiant : le ”« vide religieux »” et la ”« stagnation éducative »” mêlée de ”« pessimisme culturel »”.

LES MOTS POUR LE DIRE

Semaine quarante-cinq de l’année 2008 après JC. Nouveau “séminaire”, pour mes collègues et moi, “nomades” de province, dans la grande tour de verre qui abrite le siège parisien de notre grand employeur CAC 40. Même atmosphère feutrée à l’extrême, même bruissement climatisé (cf. ”[Hors du cadre|http://www.yetiblog.org/index.php?post/2007/09/07/187-le_cadre]”). Les réunions alanguies se suivent et se ressemblent. Même alignement soporifique de chiffres, d’objectifs conquérants, de promesses de parts de marché à enlever de haute main. Comme si de rien n’était. Comme si rien ne devait transpirer de l’effondrement hors-mur de tout le système économique. À peine quelques vagues frémissements apeurés, vite comprimés, pendant les pauses ou les repas.

LA GUEULE DE BOIS (raison gardons)

((/public/gdb.jpg|gdb|L|gdb))”« Cette fois, le monde dit merci à l’Amérique »”, titre, euphorique, le média Rue89 au soir (ou plutôt au petit matin, à l’heure de chez nous) de la victoire d’Obama dans les élections présidentielles américaines. Je sais bien qu’en ce moment notre vieux monde hébété n’espère plus qu’en un “sauveur miraculeux”, genre Jésus-Christ bis. Mais tout de même, faudrait voir à voir ! Et raison garder. Parce que la gueule bois qui nous attend passée l’euphorie de cette victoire certes historique — un ””nigger”” à la tête des USA ! — risque sérieusement de nous faire mal aux cheveux.

COMMENT JE NE DEVIENDRAI PAS PROMOTEUR IMMOBILIER

Figurez-vous que je suis depuis quelque temps sur une affaire immobilière. La construction de maisons en bois écolo, classées “Haute Qualité Environnementale” et tout le toutim. Un truc où les marges bénéficiaires du promoteur (moi-même) seraient volontairement limitées au strict nécessaire d’icelui (chuis pas morfale), ceci afin de les rendre le plus accessible possible aux ménages de modestes conditions. Tout le dossier était prêt. L’architecte, le constructeur. Je m’en étais ouvert au maire de ma ville. J’avais même depuis deux/trois mois l’accord tacite de ma banque. (Eh oui, ça n’a pas l’air, comme ça, mais avec le temps, j’ai fini par obtenir un certain “crédit”, je veux dire “crédibilité”, même auprès des organismes bancaires. Ça a été coton, je peux vous jurer !) Enfin, l’accord tacite de ma banque, c’était jusqu’à aujourd’hui. Parce que ce vendredi, mon directeur d’agence a demandé à me voir…

VIVE LA BANQUEROUTE !

((/images/degringolade.jpg|banqueroute|L)) Le capitalisme, dont l’avatar le plus imbécile, le “capitalisme financier”, est en train de péter dans les doigts de ceux qui l’ont promu, c’était quoi ? Ou plutôt, c’était devenu quoi ? La production effrénée d’un dégueulis de biens et services, dont une bonne partie totalement inutiles et nuisibles, censés engraisser les producteurs en chef. Un système sournois où une bande de privilégiés utilisaient les outils de production pour s’en mettre plein les fouilles et jouer avec à Wall Street ou ailleurs. Bref, la définition même de l’activité mafieuse et du gangstérisme organisé. Si vous voulez dissoudre la bande des malfaisants, pas d’autres solutions que de les attaquer là où ça fait mal : le porte-monnaie. Il faut organiser, favoriser, souhaiter activement, ardemment la banqueroute TOTALE de ce système détestable.

LE POKER MENTEUR DES SALOPARDS

L’annonce conjointe par les principaux gouvernements européens d’un plan d’aide aux banques de plus de 1700 milliards d’euros n’a pas la moindre signification. Il n’y a pas la moindre existence d’une telle somme dans les caisses de ces États. Il n’y a pas la moindre chance qu’elle puisse être remboursée par leurs contribuables (ou alors il faudrait des centaines d’années). Il n’y a pas la moindre chance non plus que les banques puissent un jour rembourser une telle dette. Ce qui vient de se passer est ce qu’on appelle au jeu de poker, un vaste coup de bluff. Celui-ci ne repose absolument sur rien, sinon la crédulité active des partenaires.

VIRONS-LES !

Ma copine Agnès Monolecte vient de nous sortir [un billet|http://blog.monolecte.fr/post/2008/10/09/Ceci-n-est-pas-une-crise] incendiaire comme on en a un besoin fou : ”« Depuis quelques jours, il y a un concert de tamtam dans la volière et c’est la panique à bord. Il n’est plus possible d’avoir la moindre petite connexion médiatique (journaux, radio, TV, web) sans se retrouver littéralement submergé par un tsunami de hurlements échevelés : “C’est la crise, c’est la crise, c’est la crise !” Ça a l’air de franchement chier dans le ventilo, vu comme cela… »” La petite vache en rajoute dans l’impertinence : ”« Personnellement, je n’en ai rien à cirer de leur crise : je suis tombée dedans quand j’étais petite. »” Mais c’est sa conclusion qui me botte le plus : ”« C’est pour cela que l’âge de la critique se termine ici et que commence enfin l’âge de faire. »” Faire, oui, mais quoi ? Allez, ne me dites pas que vous donnez votre langue au chat. Vous savez parfaitement ce à quoi il va falloir en venir : VIRER CES CONNARDS ! Les mettre hors d’état de nuire dare-dare. Et pas de façon symbolique ou platonique, pas en attendant, éplorés, les élections de 2012 !

MONNAIE DE SINGE

((/images/crise.jpg|crise|L))Les jours se suivent et se ressemblent sur la vaste scène financière. Une déroute interminable, spectaculaire. Tous ces figurants frénétiques, comme filmés en plongée du haut d’un hélicoptère virevoltant. Regardez-les, petites fourmis affolées prises d’un incontinente danse de Saint-Guy, erratiques, s’agitant en tout sens, courant de ci de là pour essayer d’échapper aux failles béantes, à ces gouffres monumentaux qui s’ouvrent et se multiplient sous leurs pieds. Du grand spectacle assurément.

UNE RÉVOLUTION MAJEURE

Pour peu que nous prenions un peu de distance, que nous essayions d’examiner les faits avec des yeux débarrassés des schémas routiniers, et de quelques points de vue que nous envisagions les choses, une évidence se dessine peu à peu : ce à quoi nous assistons aujourd’hui pourrait n’être rien moins que la disparition d’une organisation, d’une civilisation. Notre système économique capitaliste tel qu’il régie le monde depuis le début de l’ère industrielle, c’est-à-dire finalement depuis peu, n’est pas seulement “en crise”. Il a atteint, je pense, un point de non-retour historique.

MESSAGE AU BON PEUPLE

Alors, mon p’tit peuple, ça va ? On ne t’entend plus beaucoup, ces derniers temps. D’accord, la tempête qui sévit dehors fait un sacré raffut dans les mâtures et les haubans. Mais enfin tu ne t’imagines pas que tu vas rester comme ça, à l’abri indéfiniment sous ce pauvre auvent de boutiquier, engoncé dans ton misérable blouson même pas imperméable, le parapluie en quenouille, avec ton air de chien battu, ton air contrit et ton nez qui coule ? Parce qu’avec le méchant zef’ qui souffle en rafales et les torrents de boue qui débordent des caniveaux et déboulent sur les trottoirs, tu vas être saucé, emporté en un moins de temps, mon vieux, c’est moi qui te le dis. La tornade n’est pas prête de s’arrêter.