Ordonnances Macron : des forains manifesteront contre !

Ordonnances Macron : des forains manifesteront contre !

Ordonnances  Macron. Marcel Campion, forain bien connu à la foire du Trône de Paris, appelle les forains à manifester le 12 septembre dans un texte flamboyant.

Dans un gros bourg d’à côté de chez mes parents se tient une convention tsigane. Des centaines de caravanes autour des chapiteaux sur la prairie qui borde la rivière.

« ConvAntion évangélique ». Je rigole devant la faute qui orne les panneaux de signalisation peints à la main. J’ai quinze ans et je suis un petit con qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Alors que je devrais pourtant comprendre.

Quand j’étais à l’école primaire, quelques années plus tôt, les instituteurs n’enseignaient rien aux enfants nomades. J’en voyais parfois débarquer dans mon école. On les mettait au fond de la classe. Qu’ils gribouillent, qu’ils dessinent ou qu’ils jouent en silence mais surtout qu’ils nous laissent tranquilles !

Selon les instits, qui remplissaient les bordereaux de présence, ils ne venaient à l’école que pour permettre à leurs parents de toucher les allocations familiales. On n’allait quand même pas se décarcasser pour des élèves si provisoires, pour des enfants indésirables, pour des voleurs de poules.

Les nomades étaient, dans les campagnes de mon enfance, le concentré du bougnoule, négro, étranger, voleur de poules et d’enfants, saltimbanque gratteur de guitare, racleur de violon ou montreur d’ours. Bref. Le Malin à nos portes. On ne voyait pourtant que de pauvres diables qui vivaient dans des conditions épouvantables où les hivers étaient bien durs.

Les Juifs ont eu la Shoah. Les Tsiganes ont eu le Samudaripen. C’est moins connu et pourtant combien y sont restés ?

Les gendarmes leur ont toujours mené la vie dure. Tout un arsenal de lois raciales dérogatoires et vexatoires. Des lois raciales puisqu’elles ne s’appliquaient qu’aux Tsiganes et aux nomades. Comme le fait de changer de commune de rattachement qui supprimait le droit de vote pendant une durée de trois ans. Ou l’infâme livret de circulation, successeur du carnet anthropométrique, qui était réservé aux Tsiganes et nomades. Ce livret, qui a causé tant de misères aux nomades durant un siècle, n’a été aboli qu’en… 2015.

Eh bien, malgré l’absence d’enseignement scolaire, nombre d’enfants nomades de ma génération ont appris à lire. Guère à l’école et guère avec des instits. Bien plus à l’adolescence ou jeunes adultes. Ils ont appris avec les pasteurs et les laïcs des églises protestantes. C’est la face cachée et fort honorable de Vie et Lumière comme des autres associations protestantes de gens du voyage. Elles ont alphabétisé nombre d’entre eux en leur faisant lire la bible.

Évangile s’écrit avec un A. Ce mot, les Tsiganes évangéliques ne risquaient pas de passer à côté… Alors convention devrait bien s’orthographier pareil, non, puisque cela se prononce de même ?

Voilà, à grands traits, le biotope originel où a poussé vaille que vaille Marcel Campion, enfant pauvre qui a appris à lire à dix-sept ans, fils de déporté, perpétuel indésirable, enfant de la balle devenu entrepreneur forain à succès. Présenté comme frayant avec le Front National, Marcel Campion est un fort en gueule qui a su imposer le maintien de fêtes foraines dans Paris. Au delà des conflits qui l’opposent à la Mairie de Paris — il en a toujours eu… — il est intéressant de le voir appeler aux manifestations du 12 septembre dans un texte réjouissant. Ne boudons pas notre plaisir même si on peut avoir des réserves sur l’entrepreneur.

““Le jour où la merde vaudra de l’or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus”, a écrit un Américain libre jusqu’au bout des ongles.

Le temps est venu de défendre nos culs. Nous le ferons en première ligne de toutes les manifestations de colère sociale : avec les syndicats et les insoumis, les bonnets rouges et les blacks blocs, les agriculteurs faillis et les anarchistes.

Dans toutes les prochaines batailles de la guerre sociale en cours, les forains seront en première ligne.”


Jacques Marchais chante « La vie s’écoule, la vie s’enfuit », une chanson situationniste de Raoul Vaneigem :

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<p>Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.</p>