Mode : l’accusation d’homophobie comme marqueur social

Mode : l’accusation d’homophobie comme marqueur social

L’accusation d’homophobie est à la mode. Il y a pourtant une grosse différence entre émettre une réserve personnel sur un comportement humain et en être phobique au point de condamner, et ce comportement, et ceux qui l’adoptent.

Prenons par exemple le cas emblématique de Pierre Rabhi, très “discuté” actuellement et accusé lui aussi d’homophobie par ses détracteurs. Voici trois déclarations critiques de Pierre Rabhi sur le concept de la famille, le mariage homosexuel et l’adoption d’enfants par des couples dits LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) :

« Et bien disons la famille, c’est une communauté naturelle, que la vie a établie, de cette façon. Et bien disons qu’il y a le père la mère, les enfants, tout cela représente une communauté, on pourrait dire viscérale, biologique, on ne pourrait pas la récuser. »

« Il n’en reste pas moins vrai que ce qui n’est pas récusable et que ce qui a été depuis l’origine de l’humanité c’est que l’homme, la femme procréent et ont des enfants et constituent un groupe sociale biologique. Et ça personne ne peut le récuser. Alors on a beau avoir toutes sortes de discours, de théories, de thèses et d’antithèses cela n’enlève rien à cette réalité là. »

« C’est à dire qu’il risque d’être mis devant un fait accompli d’avoir deux papas et deux mamans et de n’être pas dans ce qu’on appelle la norme. Et quand on dit la norme c’est la norme, on ne peut pas tourner autour du pot, il ne peut pas y avoir de procréation sans un homme et une femme. »

Ces phrases font partie de celles citées par les détracteurs de Rabhi pour stigmatiser l’homophobie du fondateur des Colibris.

La confusion et les crispations propres aux époques troublées

Le problème, c’est qu’il n’y a rien d’homophobe dans ces déclarations. Pas de condamnation d’un comportement sexuel, ni d’anathème contre ceux qui le pratiquent. Dans ces trois extraits, Rabhi se contente de rappeler la norme (physiologiquement exacte) de la reproduction humaine et animale. Qu’il ait une opinion personnelle négative de l’homosexualité est fort possible, mais sauf erreur de ma part, je ne connais aucune déclaration de Pierre Rabhi stigmatisant directement et publiquement l’homosexualité et les homosexuels1.

On ne niera évidemment pas que l’homosexualité fut longtemps réprouvée et durement réprimée. Mais passer d’un extrême à l’autre ne sert pas la cause que l’on prétend défendre. Le problème, c’est que l’accusation d’homophobie, voire même simplement son soupçon, sont devenus un marqueur de stigmatisation sociale à la mode : on n’est désormais sommé d’approuver sans réserve un comportement sexuel, sauf à être instantanément accablé de l’infamante accusation.

Du coup, comme pour tous les marqueurs sociaux portés à la caricature et à l’absence totale de nuances (signes patents des périodes troublées), celui-là finit par en dire plus long sur la confusion et les crispations autoritaires des procureurs que sur la culpabilité présumée de leurs condamnés.

(Post-scriptum : je précise que je n’éprouve pour ma part aucune réserve ni sur les pratiques homosexuelles, ni sur le mariage homosexuel, ni sur l’adoption d’enfants par des couples homosexuels.)

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.