Mai 68 à la campagne (6) : un acquis inattendu en Bretagne

Mai 68 à la campagne (6) : un acquis inattendu en Bretagne

J’ajoute ce petit billet à la série entamée par le Partageux pour vous parler d’un acquis provincial de Mai 68 bien inattendu : le réseau routier breton.

Au début du mois de Mai 68, bien loin des “évènements” parisiens, les paysans bretons sont chauds bouillants, déclenchent une grève générale le 8 mai, s’étaient déjà signalés dès 1961 et 1967 par une prise de sous-préfecture (Morlaix 61) et quelques coups de force bien sentis (Quimper 67) dont ils ont le percutant secret quand ils sont en colère.

La raison de leur colère : l’enclavement d’une région qui vit repliée sur elle-même faute d’un minimum de moyens de communication, notamment en matière de liaisons terrestres, avec pour conséquence un exode rural en dehors de Bretagne pour trouver du boulot. Leurs slogans sont à l’avenant : « Non à l’exode », « halte au désert breton ».

La première réponse de Paris à la grève générale bretonne du 8 mai 1968 est musclée : envoi de 52 escadrons de gardes mobiles et de 23 compagnies de CRS. Problème : ces effectifs font cruellement défaut à Paris lors de la première “nuit des barricades” deux jours plus tard.

La tension persiste en Bretagne et l’hypothèse d’une “convergences des luttes” avec les étudiants et les ouvriers en grève inquiète profondément George Pompidou, alors premier ministre. Le 31 mai 1968, après l’allocution solennelle du Général de Gaulle, le gouvernement entreprend de mettre fin aux émeutes en commençant, à la surprise générale, par négocier un grand Plan routier breton avec le CELIB (Comité d’études et de liaisons des intérêts).

Voilà pourquoi, grâce à Mai 68, la Bretagne est dotée aujourd’hui d’un très joli et très exclusif réseau de routes à 2×2 voies, bien plus peinardes et humaines que des autoroutes sauvages, et surtout toujours gratuites 50 ans après.

=> Source info : Le Télégramme
=> Bibliographie : “Mai breton” de Georges Pierret (éditions Euregio)

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.