L’histoire étrange de quatre barbouzes russes assassinés à Londres

L’histoire étrange de quatre barbouzes russes assassinés à Londres

Serguei Skripal est le quatrième Russe a être victime d’une tentative d’assassinat – ou d’un assassinat tout court – en Grande-Bretagne depuis le début de ce siècle. Mais par qui ? Et pourquoi ?

Le site Oriental Review a décortiqué et comparé les personnalités des quatre victimes :

  • Alexandre Litvinenko, ancien officier du service de renseignement russe FSB, était surtout chargé de la surveillance et de la protection de l’oligarque et fonctionnaire Boris Berezovsky dans les années 1990, lorsqu’il a fui en Grande-Bretagne en novembre 2000, après une enquête ait été diligentée par les procureurs russes sur les fraudes d’Aeroflot et de Berezovski. Assassiné au polonium 210 en 2006.
  • Boris Berezovski, ancienne éminence grise de Boris Eltsine et oligarque un tantinet crapuleux, s’exila lui aussi en 2000 en Grande-Bretagne à la suite de l’élection du jeune Poutine qui avait décidé de faire la chasse aux magnats. On le retrouva “suicidé” dans sa maison d’Ascot en mars 2013.
  • Alexander Perepеlichny, entrepreneur russe spécialisé dans ce que l’on appelle pudiquement les « services bancaires privés » (en clair du blanchiment d’argent). A dû fuir en Grande-Bretagne en janvier 2010 pour échapper à certains de ses “clients” russes qui le soupçonnaient de les avoir grugés. Retrouvé mort le 10 novembre 2012 dans son manoir londonien.
  • Serguei Skripal, officier de renseignement militaire russe (GRU) “retourné” en 1995 par le Secret Intelligence Service (SIS, également connu sous la dénomination de MI6) qui menaçait de divulguer ses frasques commerciales illégales. Arrêté et condamné en 2004 à 13 ans de prison par la justice russe, il a été libéré lors d’un échange négocié en 2010 entre Américains et Russes. Il a été retrouvé inconscient avec sa fille sur un banc public près d’un centre commercial à Salisbury le 3 mars 2018.

Assassinats imbéciles par des services secrets russes débiles, ou sacrifices de tocards sans importance par l’Occident revanchard pour alimenter la russophobie ?

Ce qui frappe de prime abord lorsqu’on examine le parcours de ces quatre personnalités troubles, c’est leur totale absence d’intérêt stratégique. Serguei Skripal, la dernière victime, était retiré des voitures depuis plus de 10 ans et n’avait d’ailleurs à l’époque qu’une importance très secondaire quant aux renseignements qu’il pouvait communiqué aux services secrets britanniques.

Une question vient spontanément à l’esprit : sans que l’hypothèse n’en soit totalement exclue, on peut se demander quelle raison imbécile aurait poussé les services secrets russes à prendre autant de risques inutiles pour assassiner ou tenter d’assassiner de façon aussi grossière et incertaine ce qui n’était en réalité que des seconds couteaux.

Ce qui par contre est évident, c’est la sur-exploitation outrancière de ces quatre évènements par la propagande occidentale pour attiser le feu contre la Russie. Theresa May ordonna même de rouvrir l’enquête sur la mort de Litvinenko en 2014, soit huit ans après les faits ! Et 23 diplomates russes expulsés précipitamment le 14 mars, plus un ultimatum lancé par un gouvernement (britannique) à un autre (russe), pour une tentative de meurtre non-élucidée contre un barbouze has been, tout cela fait un peu excessif pour être totalement honnête.

Il y a quelque chose de plus troublant encore dans l’attitude britannique. Le Royaume-Uni vient de refuser de fournir à la Russie  les éléments de preuve (les échantillons de l’agent neurotoxique qui aurait été utilisé contre Serguei Skripal et sa fille) que la représentante permanente russe auprès de l’Onu avait demandés pour que les autorités britanniques justifient leur ultimatum contre son gouvernement.

Alors, assassinats imbéciles par des services secrets russes débiles, ou sacrifices de tocards sans importance par un Occident revanchard pour alimenter les feux de la russophobie ambiante du moment ? Le moins qu’on puisse dire c’est que les zones d’ombre demeurent et qu’un méchant doute s’insinue…

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.