Les « irréguliers », nouvelle appellation clinique des pestiférés de notre société

Les « irréguliers », nouvelle appellation clinique des pestiférés de notre société

Le qualificatif d’« indésirables » pointait un peu trop notre égoïsme dégueulasse à leur égard. Voici venu le temps des « irréguliers », terme beaucoup plus clinique pour justifier leur déportation de masse. Coup de gueule de  Marie-Laure Malric.

« On a un principe, qui nous vient peut-être de nos traditions chrétiennes : un enfant, on ne lui demande pas ses papiers quand on l’accueille à l’école, un malade, on ne lui demande pas ses papiers quand il a besoin d’être soigné à l’entrée de l’hôpital, et quelqu’un qui n’a pas de quoi se loger, on ne lui demande pas ses papiers à l’entrée d’un centre d’hébergement d’urgence. Monsieur Macron et monsieur Collomb ont violé ce principe » (Patrick Weil).

« Marine Le Pen s’est félicitée d’une “victoire politique” de son camp » (les journaux du 18 décembre 2017).


Est-ce qu’il y a une limite ?

Est-ce que, parce que ce sont des jeunes cadres dynamiques qui appliquent la politique du Front national, tout est possible à présent ? Le problème concernant Marine Le Pen était donc uniquement personnel ? Il suffisait juste de changer l’avatar pour enclencher le processus ?

Parce que, ne nous y trompons pas, nous savons qu’il est enclenché. Nous avons nourri la bête depuis trop longtemps, nous avons permis qu’elle prenne de l’ampleur, de la voix, de l’assurance, il est trop tard à présent.

J’imagine sans peine la détresse. Et le drame qui se passe actuellement dans les montagnes françaises comme en Méditerranée.

Mais aux infos on parlera d’un accident de train qui aura fait six victimes aux États-Unis… Les gens qui passent par les montagnes pour atteindre la France sont qualifiés « d’irréguliers », entendez par là que ce ne sont pas vraiment des hommes ou des femmes comme vous et moi, c’est une sous-catégorie de l’espèce humaine, des rebus, qu’il faut laisser mourir.

C’est cela que ça dit, « irrégulier », c’est le mot qui t’enlève toute humanité.

Les irréguliers, on peut les laisser dehors, les frapper, les enfermer, les expulser dans des pays en guerre. Et encore on est bien sympa…

Certains pourront être sauvés par d’autres hommes qui habitent le secteur, des hommes qui sauvent des hommes.

Pendant ce temps, dans les médias, on se barricade avec des mots, on fait une petite moue en voyant ces images mais surtout on s’époumone à expliquer aux Français que c’est normal de laisser mourir ces gens.

Ils sont irréguliers, vous comprenez ?

Et ça passe, c’est très bien intégré… On le répète assez partout : il ne faut pas avoir mauvaise conscience, c’est pour le bien de tous, vous verrez, au début c’est un peu difficile mais finalement on s’habitue très bien.

Quand on a réussi à déshumaniser ainsi une catégorie de personnes, jusqu’où peut-on aller ? Y a t-il des limites ? On entendra toujours quelques voix qui s’élèvent mais il est fort à parier que ces voix seront vite étouffées.

La très grande majorité est d’accord.

Il n’y aura aucune limite. Tout le monde le sait. La Bête ne sera jamais satisfaite. Il en faudra toujours plus et son sourire sera de plus en plus blanc.

=> Source : Marie-Laure Malric.


« Sont définis comme “étrangers indésirables” ceux dont les titres de séjour ne sont pas en règle et qui ne disposent pas d’un contrat de travail dûment signé avec une entreprise précise ; une sous-catégorie est prévue pour les apatrides (c’est-à-dire, le plus souvent, des Juifs fuyant le nazisme). Les mariages “mixtes” et les procédures de naturalisation sont sévèrement réglementés tandis que le procédé de déchéance est facilité. Il est également recommandé de diriger les indésirables vers des “centres spéciaux” pour les surveiller en permanence. Qualifié de “décret scélérat”, il semble ne concerner dans un premier temps que les républicains espagnols. » (Wikipédia sur le décret de mai 1940)

« Entre février 1939, date de l’ouverture du premier camp d’internement administratif, et mai 1946 date de la fermeture du dernier, quelque 600 000 personnes se sont retrouvées enfermées non pas pour des délits ou des crimes qu’elles auraient commis mais pour le danger potentiel qu’elles représenteraient pour l’État et/ou la société. Quatre logiques successives se sont succédé : l’exception (1938-1940), l’exclusion (1940-1942), la déportation (1942-1944), à nouveau l’exception (1944- 1946). » (Denis Peschanski)

=> Photo : Arrivée de réfugiés en Grèce, 2015, Søren Bidstrup.

 

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.