Légalisation du cannabis : Trump en guerre contre la Californie

Légalisation du cannabis : Trump en guerre contre la Californie

Après avoir approuvé la légalisation du cannabis par référendum, la Californie devient le neuvième État à autoriser la vente de marijuana pour usage récréatif. Depuis le 1er janvier 2018, les Californiens peuvent se procurer jusqu’à 28 grammes d’herbe dans des dispensaires opérant sous licence officielle.

Dès le 4 janvier, la Maison blanche réplique.  Le garde des Sceaux de l’administration Trump, l’ultraconservateur Jeff Session,  produit un décret autorisant les procureurs à poursuivre les individus impliqués dans le commerce légal de cannabis.

Ce contrecoup apparaît comme une étape de plus dans la lutte entre le pouvoir fédéral de Donald Trump et les pouvoirs locaux des États sous contrôle démocrate, dont la Californie porte le flambeau.

La Californie, premier marché mondial du cannabis

On ne parle plus d’un petit État de la taille du Colorado ou d’une nation modeste comme les Pays-Bas, mais de la sixième économie mondiale. De très loin le plus peuplé (38 millions d’habitants), la Californie est le second État par la superficie et la première zone économique du pays, avec un PIB légèrement supérieur à celui de la France.

C’est donc un marché colossal, estimé à 15 milliards de dollars, qui s’ouvre au commerce légal de cannabis. Les expériences réussies des États de Washington et du Colorado (où le cannabis est légalisé depuis 2014) laissent entrevoir une hausse modeste de la consommation, une diminution de la consommation chez les jeunes, une baisse de la criminalité et surtout, des recettes fiscales colossales (1 milliard de dollars par an au minimum). De quoi financer la prévention et les politiques de santé publique, conformément au modèle du Colorado.

Donald Trump en guerre ouverte contre la Californie.

Le Golden State, composé d’un électorat majoritairement démocrate, tenait déjà tête au président Trump sur les questions d’écologie et d’immigration (se déclarant État sanctuaire et refusant de coopérer avec les agences gouvernementales dans les efforts de déportations des sans-papiers). Désormais, l’État devra faire face à la volonté de la Maison blanche de poursuivre en justice les individus pratiquant le commerce de cannabis (légal ou dépénalisé dans 29 États, mais toujours classé comme stupéfiant de catégorie 1 à l’échelle fédérale).

Jeff Session revient ainsi sur un décret d’Obama qui laissait le contrôle de l’usage du cannabis à la charge des États. Désormais, les juges fédéraux pourront outrepasser les lois locales, mettant ainsi en péril le mouvement de légalisation qui traverse le pays.

Cette décision a provoqué une levée de boucliers du Congrès, non seulement dans le camp démocrate, mais également chez les sénateurs républicains représentant les états concernés. Jeff Session et Donald Trump se placent en porte à faux de l’idéologie conservatrice qui promeut l’idée d’un gouvernement fédéral faible laissant le pouvoir s’exercer à l’échelle locale.

Vers une sécession de la Californie ?

La réforme fiscale votée en décembre comportait des dispositions particulièrement désavantageuses pour les États à fort taux d’imposition, dont la Californie. Après avoir mis en place une politique migratoire qui nuit aux fermiers californiens et une politique énergétique qui s’oppose à la croissance des renouvelables (premier gisement de création d’emploi sur la côte Ouest grâce à l’expansion du solaire), Trump vient d’ouvrir la quasi-totalité du littoral américain à l’exploitation pétrolière. Cette politique est vécue comme « une attaque qui menace la beauté de nos côtes » selon les propres mots du chef du sénat californien. Dans ce contexte, la décision de s’attaquer au mouvement de légalisation du cannabis, un secteur qui emploie déjà 250 000 personnes et génère 6.5 milliards de dollars risque d’aggraver la scission entre les citoyens et leur président.

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La légalisation du cannabis est approuvée par 65% des Américains et une majorité des électeurs républicains. En s’opposant aux droits des États, à l’opinion publique et au principe de liberté d’ auto détermination des États, Donald Trump risque de faire partir en fumée une nouvelle frange de sa base électorale.

Le sénateur républicain du Colorado le résume ainsi : « Ce qu’il vient de se passer, c’est le piétinement des droits du Colorado, et de ses électeurs. »

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Protestations anti-Trump à Los Angeles

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<p>Un blogueur français expatrié au Texas</p>