La leçon de Mai 68 : soyez réalistes, demandez l’impossible

La leçon de Mai 68 : soyez réalistes, demandez l’impossible

Profitons du cinquantenaire de Mai 68 pour en rappeler la leçon essentielle à travers un slogan beaucoup moins farfelu qu’il y paraît : « Soyez réalistes, demandez l’impossible. »

L’impossible est toujours défini par la classe dirigeante du moment

À y regarder de plus près, l’impossible est souvent aussi relatif que le réalisme : tout dépend comment et par qui il est déterminé. Or dans la plupart des cas, cet impossible est défini par la classe dirigeante du moment :

  • quand en 1936, les grévistes exigèrent des congés payés, une réduction de leur temps de travail et l’établissement de conventions collectives, les patrons d’alors commencèrent à hurler à l’impossible en invoquant la condamnation à mort de leurs entreprises ;
  • en 1968, les émeutiers pulvérisèrent les carcans mentaux pourtant considérés comme inaliénables par leurs parents ;
  • aujourd’hui, les défenseurs du système s’égosillent à clamer l’impossibilité de toute alternative à leur capitalisme de marché (there is no alternative).

Réaliser l’impossible décrété par une classe dirigeante, c’est en fait la définition de toute vraie révolution qui se respecte. C’est renverser un monde pourri devenu inacceptable. Autrement, comme le dit Alain Badiou dans un extraordinaire entretien avec Emmanuel Todd, vous en êtes réduits à mégoter des miettes à l’intérieur d’un système prédateur. (Vous remarquerez que c’est la stratégie perdante systématiquement utilisée par les directions syndicales, comme cet absurde appel à une grève SNCF de deux jours par semaines… à partir du mois d’avril !)

Les conditions sont prêtes

Quelles conditions pour que vous puissiez enfin – autre slogan remarquable de Mai 68 – « prendre vos désirs pour des réalités » ? Quatre conditions :

  • disposer d’une minorité agissante décidée ;
  • disposer d’un programme solide et offensif ;
  • être en mesure de rallier à votre cause une majorité silencieuse toujours un brin timorée par nature ;
  • bénéficier d’un déclic.

Trois de ces quatre conditions sont désormais réunies :

  • la France insoumise apparaît désormais comme un mouvement radical soudé prêt à agir, qui a réussi à s’affranchir des scories de la gauche finissante (PCF, NPA, LR, Ensemble…), qui dispose d’une  base de militants déterminés et de médias alternatifs (Le Média, la chaîne de Jean-Luc Mélenchon…) faisant la nique au microcosme de médias mainstream et de leurs satellites faux-culs (Médiapart, @rrêt sur images, Politis…) ;
  • malgré quelques imperfections (notamment sur l’Union européenne et l’euro), l’Avenir en commun constitue un socle solide pour mener une entreprise subversive contre un système finissant.
  • en face, le système au abois, sur la défensive, braille à n’en plus finir (le Mélenchon et Le Média bashing), mais apparemment en pure perte (depuis l’affaire Rossigneux/Mamère, Le Média aurait gagné des “socios”) ; pire, par bêtise ou contrainte (de ses maîtres financiers), le (futur) ancien régime est en train de s’aliéner ses plus fervents soutiens : les retraités, les classes moyennes.

Ne manque plus que le déclic. Aidons-le à se produire.

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Un "voyageur à domicile" en quête du monde d'après.