Le pétage de plomb du doyen Pétel ou la malédiction du 22 mars

Le pétage de plomb du doyen Pétel ou la malédiction du 22 mars

Ceux qui s’émeuvent de l’action musclée du doyen Pétel le 22 mars 2018 devraient au contraire s’en réjouir. Son pétage de plomb a tout pour mettre le feu aux poudres de la révolte. Et cette date du 22 mars n’est pas une première.

Rappelez-vous un autre 22 mars. Non, pas celui de 1968 qui vit la naissance du mouvement du même nom, mais celui de 1967. Dans la nuit du 21 au 22 mars 1967, 60 étudiants de sexe mâle décidèrent de passer la nuit dans le pavillon de la cité universitaire de Nanterre réservé aux étudiantes filles, avec l’accord bienveillant de ces dernières.

Cette nuit-là, un dénommé Grappin, doyen des lieux, appela la police pour déloger les intrus et faire cesser cet outrage à la morale et aux règlements. C’est qu’à l’époque on ne badinait pas avec la morale. Même avec l’autorisation complice de la gente féminine, les garçons étaient strictement interdits d’accès. Mais bien mal en prit au Grappin : il alluma la première mèche de ce qui allait exploser en Mai de l’année suivante.

Le célèbre mouvement dit du 22 mars 1968, emmené par un Daniel Cohn-Bendit qui n’avait pas l’âge d’être l’espèce de doyen bourgeois qu’il est devenu, est né en célébration de cette joyeuse nuit du 22 mars 1967 qui rompait avec le très triste ordre moral ancien.

Y avait-il plus contre-productif que ce genre de démonstration d’autoritarisme ?

On pourrait être tenté de mettre les décisions intempestives des doyens Grappin et Pétel, à un demi-siècle d’écart, sur le compte de la suffisance autoritaire et du rigorisme. Je pense au contraire que leurs pétages de plomb insensés tient surtout d’un excès de pétoche. Celle de tenants d’un système crachoteux en train de sentir monter le vent du boulet et l’odeur de roussi.

Car y avait-il plus contre-productif, plus idiot, que ce genre de démonstration ridicule d’autoritarisme ? Y avait-il meilleur moyen de souder la solidarité et la colère de ceux à qui l’ordre ancien s’en prenait de façon aussi suicidaire ? Ces deux vieux représentants d’un monde défait auraient cherché à créer le déclic de la révolte qu’ils ne s’y seraient pas mieux pris.

Regardons bien ce qui va advenir dans les semaines et les mois suivants. Et voyons si la malédiction du 22 mars se perpétue. Voilà qui ne manquerait pas d’être réjouissant.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.