Le jour de la collecte pour les Banques alimentaires

Le jour de la collecte pour les Banques alimentaires

Le jour de la collecte, Gavroche rencontre le papi de la Banque alimentaire. C’est un rien cynique illettré alcoolique fainéant : il portera son gilet jaune demain.


La France d’en bas

Hier, c’était le jour des courses au supermarché où je me rends une fois par quinzaine, à trente bornes de chez moi. Parce que dans la France des riens, les petites épiceries de village ont fermé, comme les écoles, les maternités, les services d’urgence. Et les médecins viennent d’ailleurs, par exemple, le mien est roumain.

Et dans la France d’en-bas, dans la « ruralité profonde », comme disent les « experts », on ne prend pas la bagnole pour un oui ou pour un non, on regroupe les déplacements, on essaye de tout faire le même jour, aller chez le médecin, à la poste, et faire les courses.

Et hier, comme partout en France, c’était la grande collecte de la banque alimentaire dans le supermarché du coin. C’est la banque alimentaire qui fournit généralement toutes les autres assos « humanitaires » ou « charitables », comme les Restos, la Fondation Abbé Pierre ou le Secours Populaire.

Quelques spécimens d’humanité

Il y a quelques années, j’avais participé comme bénévole à cette collecte, à l’entrée d’un supermarché Lideul, le magasin des pauvres qui ne peuvent plus s’offrir Carrefour ou Leclerc, encore trop cher. J’y ai vu quelques spécimens d’humanité.

J’ai vu des couples arrivés en gros 4×4 rutilant, qui sortaient le caddie plein, débordant même, et détournaient pudiquement le regard, affectant de ne pas me voir.

J’ai écouté une dame d’un certain âge me regarder avec mépris derrière ses fausses lunettes Chanel, et me débiter avec rage qu’elle ne donnait rien parce que les assos n’aidaient « que les bougnoules ».

Mais j’ai vu aussi, tiens, justement, un couple de « bougnoules », sans doute même pratiquants, puisque la femme portait un foulard, et le mari une barbe, s’approcher de moi, et me donner un paquet de pâtes, sans rien dire et en souriant.

J’ai vu une mamie s’approcher et me donner une boîte de haricots verts. Dans son caddie, il y avait un paquet de riz, et deux cuisses de poulet premier prix. Elle me racontait qu’elle n’avait que 700 euros pour vivre, mais qu’elle voulait participer parce qu’elle savait ce qu’être pauvre voulait dire.

J’ai même discuté un bon moment avec les inévitables « punks à chiens », installés devant le magasin, et que tout le monde ou presque ignorait, sauf moi. Ces gamins déjà désabusés et sans le moindre espoir à vingt ans. Et assise par terre à côté d’eux, j’avais partagé mon paquet de clopes.

« Ça ne peut plus durer »

Et puis hier, j’ai discuté avec le papi qui était à l’entrée, et attendait les dons.

Il m’a raconté les mêmes histoires que celles que j’avais entendues, celles des petits vieux avec 500 euros de retraite, celles des femmes seules avec leurs gosses, et celles de tous ceux qui n’avaient pas de voiture, pas de permis. Ceux qui survivaient.

Il m’a raconté ce que j’avais déjà constaté : ce sont les plus pauvres qui donnent. Eux savent.

« Ça ne peut plus durer, les gens sont de plus en plus pauvres, et il y en a de plus en plus. Alors, aujourd’hui, je suis là, mais demain, je serai avec les gilets jaunes, il faut que ça s’arrête, et on ne lâchera rien. »

Je suis repartie avec la boule au ventre, et la honte d’être finalement encore un peu privilégiée : j’avais une voiture, certes âgée de 15 ans, mais qui marchait bien, j’avais pu payer un plein, et ma note de supermarché était de 85 euros.

=> Source : le blogue de Gavroche. Intertitres : Partageux.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.