Le Grand jeu : le McCainistan en deuil

Le Grand jeu : le McCainistan en deuil

Égérie du Deep State, héros de l’interventionnisme américain, idole du système impérial, le sénateur John McCain vient de s’éteindre. La presstituée pleure déjà la disparition de son maître, comme dans cet article hallucinant de niaiserie de l’imMonde dont je ne résiste pas à publier un extrait :

« Un rebelle en perpétuel état d’indignation, mais qu’est-ce qu’un “rebelle sans une cause juste” ?, insistait-il. La sienne, la cause de sa vie, était la défense de la démocratie. En Ukraine, en Serbie, et dans les dernières années, en Russie. »

Paraît qu’il vaut mieux entendre ça que d’être sourd… McCainistan rejoint dans la tombe les centaines de milliers de morts des divers guerres/invasions/putschs made in US qu’il a soutenus.

On retrouve en effet le triste sire derrière tous les mauvais coups de l’empire ces vingt dernières années et ce blog en a parlé à plusieurs reprises. C’est sa visite (menaçante ?) à Sofia en 2014 qui a poussé la Bulgarie à abandonner le South Stream, faisant par là même une croix définitive sur les royalties pourtant juteux qu’elle en aurait retirés.

Artisan et partisan du putsch maïdanite en Ukraine, son soutien à la junte a toujours été sans faille et ses visites source d’étincelles, comme il y a un an et demi :

Trump ne pouvait pas être plus dans le mille lorsqu’il a raillé la passion des sénateurs McCain et Graham pour la Troisième Guerre mondiale. Si, depuis l’élection du Donald, Berlin a tendance à se prendre désormais pour la deuxième Washington, le système impérial expulsé du pouvoir compte également sur ses valeurs sûres en interne.

En juin 2014, McCainistan faisait un voyage express à Sofia ; le lendemain, la Bulgarie renonçait au South Stream. À la Saint-Sylvestre, il remettait ça, visitant la ligne de front ukrainienne avec son inséparable compère Lindsay Graham. Discours lyriques, “danger russe” et tout le toutim, en compagnie de l’inénarrable Chocochenko et ses monumentales 13% d’opinions favorables.

En passant, il est d’ailleurs intéressant de voir la défiance absolue envers la junte installée par Washington. Selon le sérieux Institut international de sociologie de Kiev, 69% des habitants n’ont pas confiance en Porochenko. Pour les autres composantes de la république bananière ukrainienne, ce n’est pas mieux. Gouvernement : 73%. Parlement : 82%. Quant aux médias, seuls 2,4% leur font confiance ! Décidément, que ce soit en Ukraine ou en Europe, et maintenant aux États-Unis mêmes, le système impérial a un vrai problème avec les peuples et la vie réelle…

Mais revenons à la visite du couple Folamour ; quelques semaines plus tard, le conflit reprend dans le Donbass. Coïncidence ?

En Syrie, McCainistan n’hésitait pas à fricoter avec les barbus, éructant contre les bombardements russes ou poussant à l’armement des djihadistes :

Nous avons rapidement évoqué dans le dernier billet le coup de poker désespéré du parti de la guerre devant la perspective de la libération totale d’Alep par les Syro-russes. Des membres du Congrès US, travaillés par l’éternel pyromane John McCain (comme pour Soros, on attend impatiemment qu’il traverse le Styx…), a mis la proposition d’armer les “rebelles” syriens sur la table de Barack à frites qui l’a signée. Concrètement, cela permet de passer outre le Arms Export Control Act, sensé interdire le financement et l’armement par l’argent public états-unien de groupes militants.

Les contraintes – notification de 15 jours au Congrès – sont légères et pourraient permettre d’envoyer des missiles anti-aériens aux coupeurs de tête modérés avant l’entrée en fonction de Trump le 20 janvier. Que ces armes puissent finir entre les mains de Daech ne semble pas empêcher de dormir les allumés de Washington…

Mais c’est évidemment dans le combat contre l’adversaire stratégique russe que le sénateur a mis tout son cœur, en défendant notamment avec acharnement l’extension de l’OTAN :

Alors que la Maison Blanche souhaite désormais mettre la pédale douce à l’activité otanienne, McCainistan et sa clique poussent au contraire à son extension forcée. Une délicieuse passe d’armes a eu lieu au Sénat américain. Le sénateur Rand Paul s’est opposé à une proposition de loi en faveur de l’adhésion du petit Montenegro à l’OTAN, provoquant la fureur du Folamour de l’Arizona qui a un peu perdu les pédales pour l’occasion :

« Puisqu’il refuse d’accueillir cette petite nation attaquée par les Russes [!?!], il faut en conclure que ce sénateur travaille maintenant pour Vladimir Poutine. »

La crise de nerfs de John “quiconque n’est pas d’accord avec moi est un agent russe” McCain s’est attiré la réponse amusée dudit Rand Paul :

« Je pense qu’il vient de prouver que la limitation des mandats est nécessaire. Il a peut-être dépassé la date limite, il devient un peu déséquilibré. »

La russophobie fanatique du successeur de McCarthy le poussait à réclamer toujours plus de sanctions contre Moscou, comme il y a un an :

Ainsi, le système impérial a décidé d’aller jusqu’au bout dans sa confrontation avec la Russie et l’intégration eurasienne. À l’image d’un McCain à moitié gâteux tirant ses dernières salves avant de rejoindre l’enfer, l’État profond de l’hégémon déclinant, désormais réfugié au Congrès américain, choisit la voie jusque-boutiste. Un grand classique de l’Histoire. C’est comme ça que les empires chutent ; c’est également comme cela que les grandes guerres commencent…

Toute possibilité de rapprochement entre Trump et Poutine étant vue avec horreur par le système impérial, McCain s’est évidemment retrouvé en première ligne dans le combat universel contre le Donald :

Face au vent de l’histoire, le système impérial est en émoi, ne lâche pas prise et s’arc-boute. Les accusations contre le Donald deviennent chaque jour plus ubuesques, l’objectif étant bien évidemment de dénigrer préventivement toute forme de rapprochement avec Moscou-Trump est sous influence russe, c’est la raison pour laquelle il veut s’associer avec Vlad l’empaleur…

Aussi, les membres de la nouvelle administration, Affaires étrangères et Pentagone notamment, ont dû monter patte blanche lors de leur audition devant le Sénat et chanter le petit couplet Danger Russie pour y emporter l’adhésion. Notons au passage l’archaïsme du processus américain où une assemblée presque aussi déconsidérée que le flamby élyséen (18% d’opinions favorables seulement et 78% de défavorables) se permet de faire passer sur le grill une administration nouvellement élue bénéficiant du soutien populaire. Mais refermons la parenthèse et revenons au manège des faucons, vrais cons, néo-cons et autre parti de la guerre.

Qui retrouve-t-on derrière cette cabale ? Les habituels suspects : l’inusable John McCain (qui admet avoir envoyé au FBI les allégations contre Trump), CNN et la clique médiatique, Marco Rubio, certains secteurs de la CIA, Soros (qui a d’ailleurs perdu un milliard de $ suite à l’élection)… La vieille garde contre le nouveau monde.

Dernier cadeau du prix Nobel de la… oui, paix… avant son départ sur les terrains de golf, l’OTAN envoie 3 000 soldats US en Pologne aux frontières de la Russie, dans ce qui est le plus grand déploiement de forces militaires américaines en Europe depuis des décennies. Stratégiquement parlant, cela n’a aucune réelle importance et nous sommes plutôt dans la gesticulation médiatique. Mais ici comme ailleurs, il s’agit de provoquer Moscou et miner un peu plus le terrain du Donald…

Ce faisant, le sénateur va-t-en guerre s’est plus d’une fois attiré les foudres de l’occupant de la Maison Blanche :

McCainistan et son ombre Lindsay Graham se sont fait rabrouer vertement : « Les deux sénateurs feraient mieux de concentrer leur attention sur l’EI et la sécurité des frontières au lieu de toujours chercher à commencer une Troisième Guerre Mondiale. » Comme le train, les oreilles du couple Folamour ont sifflé trois fois. Aux dernières nouvelles, McCain en a perdu son dentier de stupeur…

Le mois dernier encore, pourtant en phase terminale, l’excité de l’Arizona n’a pu s’empêcher de décocher une dernière flèche à Trump, coupable d’avoir rencontré Poutine à Helsinki, parlant sans rire de « l’un des pires moments de l’histoire de la présidence américaine » (dixit).

On le voit, la passion belliciste de McCain n’a jamais failli. Il rejoint maintenant dans l’au-delà une autre grande âme damnée du système impérial, disparu l’année dernière. Sur la fin, Dr Zbig avait eu la clairvoyance de constater qu’il s’était fourvoyé :

Un an avant sa mort, l’éminence grise publie un dernier texte en forme de testament. Derrière les éléments de langage d’usage, notamment russophobes, et quelques énormités (« la pression démographique chinoise » qui constituerait un danger pour Moscou), on sent un désenchantement certain.

Les États-Unis ne sont plus la grande puissance impériale planétaire, la Russie et la Chine sont revenues dans la course et n’en partiront plus, l’Europe est un trou noir et le monde musulman devient de plus en plus violent. Aussi convient-il de travailler à une nouvelle architecture internationale où seront alliés à des degrés divers Washington, Moscou et Pékin pour contrer les flambées de violence moyen-orientales et établir une certaine sécurité globale.

Dans la bouche de celui qui a grandement favorisé en Afghanistan l’essor de l’islamisme transnational, moqué le danger djihadiste et œuvré sans relâche à l’affaiblissement voire à la désintégration de la Russie, ces mots sont un incroyable constat d’échec. La négation d’une vie impériale…

Rien de tel chez McCainistan, butor jusqu’au bout.

=> Source : Le Grand jeu

Partager ce billet

L'observateur des soubresauts géopolitiques au Moyen-Orient