Le Grand jeu : l’hypothèse d’un coup d’État dans les steppes

Norsoultan Nazarbaïev, ex-président du Kazakhstan (1er mars 1995 – 28 avril 2021)

Sur les causes du chaos au Kazakhstan, une intéressante hypothèse commence à émerger : une tentative de coup d’État du clan Nazarbaïev [ex-président du Kazakhstan jusqu’en 2019, ndlr] contre Tokaïev [actuel président] pour profiter de la crise générale et revenir au pouvoir. Nous ne emballons pas, cela reste pour l’instant à l’état d’hypothèse, mais ça pourrait expliquer bien des choses, notamment le comportement parfois erratique des forces de sécurité, certaines bisbilles étonnantes dans les hautes sphères et la présence de ces quelques centaines de combattants déterminés très différents de la masse des manifestants.

Avant d’y venir, précisons que Nousoultan Nazarbaïev était le président historique du Kazakhstan depuis son indépendance. “Élu” cinq fois, le Tapioca kazakh finit par démissionner en 2019 après avoir passé trois décennies à la tête du pays. Il conservait néanmoins une influence certaine en plaçant son clan à des postes-clé et en étant nommé à vie chef du Conseil de sécurité.

En mai 2020, premier coup de théâtre : sa fille Dariga Nazarbaïeva, nommée à la très importante présidence du sénat, est limogée sans explication par Tokaïev. Volonté du nouveau président de se débarrasser de l’encombrante famille, frictions au sein du pouvoir ? Les steppes ne donnent pas facilement la clé de leur mystère

Un fil Twitter fort intrigant

Ces préalables posés, nous reproduisons ci-après le fil twitter d’une observatrice kazakhe informée et relativement neutre dans ses commentaires :

Jusqu’ici, tout est normal, la révolte gagne le pays. Mais bientôt…

Passons sur la naïveté de la dame concernant le Maïdan, la question qui se pose est la suivante : qui sont ces nouveaux venus et pourquoi la police laisse faire ?

La situation dégénère et, bientôt, la police disparaît complètement :

Durant la nuit, des centaines d’hommes terrorisent la ville d’Almaty :

Questions cruciales :

Le 5 janvier, réaction fulgurante de Tokaïev : il dissout le gouvernement, vire le neveu de Nazarbaïev, Samat Abish, du Comité national de sécurité (qui chapeaute les services secrets et certaines forces spéciales), vire Nazarbaïev lui-même du Conseil de sécurité (qui conseille le président) et appelle l’OTSC à l’aide.

Cela n’empêche pas les violences de continuer…

Mais Tokaïev a repris la main. La réponse positive de l’OTSC est un signal envoyé à tous : le patron, c’est lui.

Des faits troublants… en attente de confirmation

Même si cela reste une hypothèse, les pièces du puzzle semblent maintenant s’emboîter parfaitement. On comprend mieux par exemple l’arrestation de Karim Maximov, chef du puissant Comité national de sécurité (dont le neveu Nazarbaïev était vice-président), pour haute trahison. Ainsi que le limogeage de toute la famille du “vieux”, acte qui apparaissait jusqu’à présent étrange étant donné les circonstances.

On comprend également le professionnalisme de ces quelques centaines de “manifestants” entraînés, très différents du reste de la foule. Gangs cornaqués par les Nazarbaïev ou même, pourquoi pas, forces spéciales en civil ?

En attente de confirmation…


=> Source : Le Grand jeu (mise à jour du 8 janvier 2022)

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