Le Grand jeu : l’énorme risque pris par Poutine

Il se passe une chose très curieuse avec l’intervention russe qui pourrait donner quelques clés de ce qui adviendra…

Une surprenante sous-utilisation par Poutine de la force de frappe russe

Malgré les rapports très contradictoires et l’intox qui atteint des niveaux records (voir l’histoire des fameux treize garde-côte ukrainiens se sacrifiant en disant aux Russes d’aller se faire f… et qui, en réalité, sont bien vivants comme l’admet à demi le Washington Post lui-même), malgré tout cela donc, il apparaît quand même que les troupes russes subissent des pertes assez lourdes en suivant une stratégie apparemment incohérente :

« La plupart des experts sont déconcertés par la stratégie russe.
Malgré la mobilisation d’une grande force avec un avantage énorme en terme de puissance de feu, supériorité aérienne, forces terrestres, guerre électronique etc. ils ont décidé de ne quasiment pas les utiliser et, au contraire, d’engager de petites unités dans des opérations suicidaires. »

Il a été dit que, ne voulant pas se mettre à dos la population avec des dommages collatéraux importants, Moscou sous-utilise de manière drastique sa force de frappe. Certes, même si c’est impossible à quantifier, il ressort des nombreuses vidéos disponibles que la population n’est pas (encore ?) trop excitée contre l’envahisseur, s’amusant plutôt à filmer les événements comme si c’était une scène de tournage – il est d’ailleurs probable que les civils les plus anti-russes aient été les premiers à fuir vers la Pologne.

Malaise sur un plateau de télévision française

Juste pour l’anecdote, on relèvera ce gros malaise sur le plateau d’une chaîne de télévision française. Une Ukrainienne de Kiev est interrogée et les journalistes s’attendent évidemment à ce qu’elle tape sur Poutine, mais rien ne se passe tout à fait comme prévu…

Une étrange retenue

Encore une fois, il est impossible de quantifier/classer la population ukrainienne sur sa perception actuelle de la Russie et de son invasion. Si l’on imagine aisément qu’il ne doit pas y avoir grand monde pour accueillir le voisin à bras ouverts et que la majorité y est hostile, la gradation prend ici toute son importance : indifférence – sentiment plutôt négatif – très négatif. On imagine aussi que le Kremlin a au préalable pris le pouls de l’opinion.

Mais tout ceci n’explique de toute façon pas la relative mesure des forces russes vis-à-vis de l’armée ukrainienne. Il y a certes des combats, des destructions et des morts, mais on a la curieuse impression que l’ours retient ses coups pour ne pas se la mettre à dos elle non plus. Si cela se confirme, on notera le paradoxe consistant à vouloir gagner une guerre sans infliger trop de dommages aux forces adverses et en risquant, presque délibérément, d’augmenter les siennes…

Le risque en vaut-il la chandelle ?

Poutine prend un énorme risque ici – dans une opération qui est déjà très risquée – celui de voir la population russe excédée par les pertes (en plus des sanctions). La question sur toutes les lèvres : pourquoi ?

Une hypothèse rationnelle est qu’il s’attend réellement à que l’armée ukrainienne renverse prochainement le gouvernement et prenne le pouvoir – il a d’ailleurs déjà lancé un appel en ce sens. A-t-il des taupes en son sein, qui lui indiquent que la chose pourrait bientôt se produire à condition de limiter les bombardements sur les cibles militaires ? Le risque en vaut-il la chandelle ?

À suivre…

NB : dans certaines régions, les autorités locales ont déjà commencé à collaborer avec les Russes pour assurer la sécurité, sous forme de patrouilles conjointes.


=> Source : le Grand jeu (mise à jour du 27 février)

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