La rumeur de Tolbiac et le climat de peur

La rumeur de Tolbiac et le climat de peur

Un homme aurait été grièvement blessé lors de l’évacuation violente de Tolbiac. Cette rumeur suscite la réflexion de Nad Iam.


La rumeur de Tolbiac ? Le succès des rumeurs vient toujours de leur profonde adéquation avec un sentiment collectif.

Nous avons peur. Depuis longtemps maintenant.

J’ai peur, tout le temps, en manifestation. Peur depuis ces traces de sang, par dizaines, sur le sol du parcours d’une manifestation pendant le mouvement contre la loi Travail. Peur depuis cette scène, trois mômes de seize ans, si frêles, au sol, menottés, à qui des policiers donnaient négligemment des coups de pieds tout en leur promettant le pire pour les jours à venir. Leur visage décomposé, leur pâleur, et leur terreur. Et la mienne.

J’ai peur depuis ce moment où nous étions collés à un mur de CRS, écrasés par la foule qui refluait devant les grenades lacrymogènes, haletant et étouffant dans le brouillard. Ce brouillard d’où émergeaient les cris d’une dame âgée qui suppliait un jeune CRS de la laisser passer. Et la peur inscrite sur le visage décomposé du jeune CRS, sa pâleur et sa terreur de ce qu’il était en train de faire, du moment où peut-être la dame âgée allait tomber à ses pieds pour ne plus se relever.

J’ai peur tout le temps en rentrant de manifestation. Du « Bien fait ! » asséné sur les réseaux sociaux, de ces appels à taper plus fort sur les « casseurs, les « radicaux », les « petits bourges qui se refont leur mai 68 ».

J’ai peur de cette indifférence glaciale à la mort de Clément Méric et de Rémi Fraysse, peur de Serge Ayoub le soir sur ITélé, le jour de l’assassinat d’un camarade antifasciste, peur du « Qu’est ce qu’il foutait là », craché sur le corps encore chaud de Rémi Fraisse, par tant et tant de gens qui furent de gauche. J’ai peur de vous, bien plus que de la police, de vos mots qui leur ordonnent les coups.

J’ai peur de vos commentaires cyniques sur nos prétendus calculs. « Ils veulent leur Malik Oussekine pour se victimiser ». Mais, braves gens, j’ai peur parce que je sais que vous ne seriez pas dans la rue si Malik Oussekine tombait aujourd’hui. Mais ici sur les réseaux sociaux à trouver des raisons.

La rumeur de Tolbiac ? Elle est cette peur dont vous êtes responsables, elle est la peur de l’Ordre qui nous condamne, de vos coups de pantoufles hypocrites qui frappent, plus fort que les bottes, au cœur et à l’âme.

Irrationnelle, en partie, oui. Mais moins que votre haine du mouvement social qui se pare de défense de la démocratie.

> Source : Nad Iam. Photo : Arrestation lors d’une manif contre la loi Travail.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.