La Fête à Macron (4) : nous réunir avec nos divergences

La Fête à Macron (4) : nous réunir avec nos divergences

Pourquoi participer à #LaFêteÀMacron le samedi 5 mai ? Retour dans le passé de Mai 68. Que cette manif ait mille visages et mille raisons !

Des étudiants de l’IDHEC [école de cinéma] filment la scène. Les ouvrières de Wonder à Saint-Ouen reprennent le travail après trois semaines de grève en mai et juin 68. Une jeune femme crie : « Je ne rentrerai pas, non, je ne rentrerai pas ! Je ne veux plus refoutre les pieds dans cette taule dégueulasse ! » Près de trente ans plus tard, marqué par la découverte de la séquence filmée avec cette femme, le cinéaste Hervé Le Roux est parti à sa recherche. On regarde la brève présentation du documentaire qu’il a consacré à cette quête.

Maintenant on regarde le film. Dans la rue devant l’usine Wonder une jeune femme crie. On n’entend pas ce que dit le syndicaliste mais elle se sent obligée de lui répondre : « Oui, je travaille chez Wonder, justement ! »

Premier choc. On dénie son identité à celle qui conteste. Une astuce increvable. Si on est en désaccord, c’est parce qu’on ne peut pas comprendre, c’est parce que l’on n’est pas de la boîte ou pas du métier. Ainsi les adhérents et militants de la Confédération Paysanne sont de « pseudo-agriculteurs », selon la FNSEA. Les zadistes sont de faux écologistes. Etc.

Deuxième choc. On découvre petit à petit que syndicalistes et élu communiste – que des mâles blancs dans le casting pour une entreprise où travaillent surtout des femmes et un peu d’hommes noirs… – ne sont pas de la boîte. Et on découvre aussi que ces messieurs costume-cravate, qui ne se salissent pas au boulot, sont des professionnels du syndicalisme et non pas des salariés syndiqués.

Troisième choc. « Une section syndicale forte » serait la baguette magique protégeant les salariées de toutes les avanies à venir. L’histoire de l’entreprise Wonder est hélas ! un très bel exemple démontrant que cette idée professée, digne d’un catéchisme, relève de la croyance religieuse. « Ce n’est qu’une étape » dans la marche du prolétariat vers un avenir radieux ? Eh bien dix années plus tard, dernière étape, Wonder ferme ses portes après avoir salement essoré les salariées et bellement engraissé les actionnaires.

Quatrième choc. « 6% » ou bien « 10% » selon le moment. Voilà des gens qui, comme Macron, n’ont que des chiffres à la bouche. Des chiffres, rien que des chiffres, pour consoler une femme qui pleure de rage et de désespoir ! Et, comme un vulgaire Macron, ils n’ont aucune conscience de cette indécence.

Cinquième choc. Non, j’arrête. Tu vas regarder et tu te feras la liste de tes propres révoltes.

Mai 68. Le monde se divise en deux catégories. Les gauchistes, qui demandent toujours trop, et les réalistes, qui savent se contenter des « avancées pas négligeables ». Je t’ai déjà causé de cet affaissement moral des réalos. Cette gauche moribonde d’avoir été aussi nulle que la droite à se contenter de bidouillages minables.

Combien de gens attendent, bien davantage qu’un programme, attendent « une vision, un projet », comme l’a dit Macron durant sa campagne présidentielle ? Mais cette vision espérée n’est pas celle de Macron. Les gens en ont marre d’entendre parler d’économie. Tout comme cette jeune femme attend autre chose.

On voir fleurir une myriade de petites initiatives locales le plus souvent inconnues. Ou médiatisées comme la vallée de la Roya, Briançon ou Calais et puis Notre-Dame-des-Landes, Bure ou les cinq mois de grève au McDo de Villefranche-de-Rouergue. On voir fleurir une myriade de grandes initiatives nationales comme celles des cheminots, des étudiants ou des EHPAD.

Toutes ces initiatives montrent, chacune à leur manière, le rejet de l’économisme et la recherche d’humanité, de fraternité. Une fraternité concrète. Pas celle des mots abstraits gravés au fronton des mairies qui sont du baratin.

La grâce de François Ruffin est de parler aux cœurs et de ne plus s’adresser aux seuls gestionnaires de portefeuilles même s’ils sont raplaplas. Le pari de la Fête à Macron est de réunir, dans un seul pot-au-feu, les gauchistes en quête d’humanité et les réalos amateurs de chiffres. Réunir enfin la jeune femme en colère, l’étudiant qui est son seul soutien et les permanents syndicaux pour faire sa fête à Macron.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.