IL N’Y AVAIT PERSONNE

« Il n’y avait personne, je suis sorti dans le couloir et j’ai dit “aidez-moi”. Il y avait des témoins. Ils disaient “appelez les pompiers!”. J’ai fait le tour, il n’y avait pas un seul infirmier. Et, quand les infirmiers sont venus, ils m’ont dit “arrêtez de vous affoler Monsieur, votre fils n’a rien. Pourquoi vous nous criez dessus ?” Je leur ai dit “mon fils est en train de mourir”. » Ce terrible témoignage du père de ce jeune enfant mort dans un hôpital après une erreur dans l’administration d’un médicament, suffit à illustrer le désastre que fut toute cette année 2008.

Déchéance d’une organisation financière et économique qui, pour reprendre les termes de Bernard Langlois dans Politis, aura enfin révélé au monde entier « son cul hideux de babouin ». Déroute des politiques et de tout ce gratin obséquieux qui prétend à l’élite et à la gouvernance morale.

Ainsi de la mésaventure survenue à la fondation Élie Wiesel “pour l’humanité” (sic). Celle-ci vient d’annoncer (24 décembre 2008) qu’elle avait perdu la totalité de ses avoirs dans l’affaire Madoff ! Voici donc une organisation “bienfaitrice” qui, abritée derrière la vitrine de la célébration mémorielle de l’Holocauste, et derrière le paravent vertueux d’un “prix Nobel de la Paix”, n’a eu pour principal souci que de jouer la totalité de ses fonds dans des plans boursiers foireux. Pauvres martyrs juifs, misérable petit “prix Nobel de la paix” ! Regardez les pathétiques tentatives des sinistres « cardinaux en costumes » pour tenter de maquiller l’affaire Madoff en simple fait divers crapuleux. Alors qu’il s’agit de l’expression fondamentale de tout leur sale système.

Vous espériez une « morale » à l’histoire ? Vous voilà salement servis ! « Après, quand ils ont vu la gravité de l’affaire, ils sont partis dans tous les sens appeler les médecins ET C’ÉTAIT MOI QUI FAISAIS DES RÉANIMATIONS CARDIAQUES À MON FILS. »

Oui, il n’y avait personne dans cet hôpital 2008 en folie. Où étaient-ils passés, ces pantins sinistres à godasser d’importance ? Dans quelles réunions au sommet dansaient-ils ? Quels « plans de relance » vaseux nous mijotaient-ils ? Quel « paquet énergie-climat européen » étaient-ils en train de signer, pour donner le change, sur des papiers-chiffons vidés de toute signification ?

Ah non, ils n’oubliaient pas tout. Dans cet hôpital où couraient des infirmières débordées par l’insuffisance de personnel et de moyens, dans ce vaisseau déserté par des mandarins arrogants et indifférents aux sorts des pouilleux, que croyez-vous qu’ils firent ? Ils firent porter tout le bonnet à la seule infirmière fautive et la remirent à la justice avec la bénédiction fielleuse de leur ministre. Ils hurlèrent à la récupération politique, braillèrent comme des oies pour noyer leur impuissance et leur incurie.

La peur, l’arbitraire, sont les dernières armes qu’il leur reste. Rappelez-vous, Tarnac… Nul, sauf les ânes bâtés (mais on me dit qu’ils sont encore une majorité), ne peut plus ignorer « l’immoralité, la saloperie d’une organisation de la planète entièrement vouée à la spéculation et au profit d’une minorité au détriment du bien-être et souvent même de la survie de tous les autres » (Bernard Langlois, Politis).

Combien de temps les populations sonnées continueront-elles encore à baisser les yeux, à regarder ailleurs, à fondre sur les boucs émissaires qu’on leur présente, à balbutier leurs pâlichonnes justifications ? S’il y a une leçon à tirer de cette année 2008, c’est que la crise n’y fut pas que financière, économique ou politique. Elle consacra la faillite de la communauté humaine toute entière à conduire proprement sa destinée. Juste retour des choses, les petits êtres auto-proclamés supérieurs subissent dans leurs chairs, un peu plus fragiles qu’ils le pensaient, les ravages des tsunamis qu’ils ont stupidement créés.

Communauté toute entière ? Non, heureusement, la nature, même humaine, finit toujours par revendiquer ses quelques droits. En cette morne fin d’année où plus personne n’a vraiment à cœur de festoyer, quelques fragiles lueurs de vie viennent éclairer en tremblant les parois de la crèche dévastée.

« On ne peut pas mettre tout sur le dos de cette pauvre dame ”(l’infirmière)”. Je ne veux pas de bouc-émissaire, je veux que tous les responsables soient punis et je ne pense pas que ce soit la seule responsable dans cette histoire et j’espère que la justice fera son travail. » Ainsi parle, sans haine ni esprit de vengeance, Issam, oncle de l’enfant mort.

Rappelons-nous aussi la déclaration des parents de ce nouveau-né en pleine maternité, et qui jugeaient malgré tout que les maternités ne devaient pas devenir des forteresses GPS. Entendons enfin les clameurs de révolte venues de quelques contrées grecques. Quelques îlots salvateurs dans un océan 2008 de désolations…

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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