Guerre d’Ukraine : l’Europe en phase de désintégration

De l'eau dans le gaz russe. L'Europe occidentale sous pression.

Sans transition, l’Occident, et singulièrement l’Europe, sont passés de l’effondrement à la désintégration, de la démence à l’auto-destruction. Mais ils ne le savent pas encore (ou font mine).

La guerre d’Ukraine n’était pas déclenchée que nous avons décrété des « sanctions plus dures » contre la Russie, annoncé un embargo sur leur pétrole et leur gaz, claironné que nous allions anéantir leur économie par étouffement. Nous les avons privés de nos “richesses” : nos McDo, nos consoles Nintendo, nos produits de luxe…

En face, ils ne se le sont pas fait dire deux fois : vous ne voulez pas de notre pétrole, de notre gaz ? Pas grave, on se les garde. Et notre blé, on se le garde aussi. Et si vous n’êtes pas contents, on va vous exproprier des entreprises que vous avez installées dans notre pays et on va les nationaliser.

« La pire crise d’approvisionnement depuis 70 ans est imminente »

Les conséquences fâcheuses de ce retour de bâton à l’envoyeur ne se sont pas faites attendre. Hier, la halle aux poissons du marché de ma ville était désertée par au moins un tiers des pêcheurs ou revendeurs. J’ai interrogé un ostréiculteur présent sur les causes de la désaffection inhabituelle de ses collègues. « Bah », m’a-t-il répondu, « on ne vend rien, les gens sont près de leurs sous, le gazole, l’essence sont hors de prix. À quoi bon se déplacer si c’est pour perdre de l’argent ? »

Nos voisins allemands, espagnols, portugais, annoncent déjà des rationnements alimentaires pour des produits de base : pâtes, huiles, farine, sucre, riz, café, lait… Normal, une bonne partie de ces aliments (huiles) ou de ces matières premières (blé) provenaient d’Ukraine ou de Russie (l’Allemagne importe 94 % de ses huiles).

En France, la production de blé et autres céréales couvre à peu près les besoins du pays. Sauf qu’il faut qu’on les transporte, comme à peu près tout ce que nous consommons. Et comme on a eu la méga-bonne idée de privilégier les transports de marchandises par voie routière, l’envol des prix des carburants va sacrément et rapidement venir nous gâcher la consommation. Les Allemands, toujours en pointe du réalisme :

« La pire crise d’approvisionnement depuis 70 ans est imminente » (Deutschen Wirtschafts Nachrichten).

« L’Europe est peut-être allée chercher sa mort en Ukraine »

Ce weekend, les journaux mainstream en faisaient encore des tonnes avec leur propagande pathétique sur la guerre d’Ukraine. Mais rien, absolument rien sur le cyclone dévastateur en train de fondre sur nous. Ou alors pour nous annoncer des chiffres d’inflation farfelus – entre 3,7, et 4,4 %, annonce sans rire la Banque de France qui n’a pas dû faire un plein d’essence ou payer sa note de gaz et d’électricité depuis longtemps. Rien de tel en vérité que cette dénégation imbécile de la réalité (à visée électoraliste) pour en précipiter l’issue.

Et d’ailleurs les premiers signes de craquements se font sentir au sein du vieux continent : faisant fi des « sanctions plus dures », la Hongrie a déjà décidé unilatéralement de continuer à commercer avec la Russie… et de bloquer toutes ses exportations de blé, y compris chez ses voisins européens ; l’Allemagne, qui n’a à se mettre sous la dent que des produits industriels fort peu digestes pour un estomac délicat, est bien embêtée et l’on peut parier que son pragmatisme légendaire va vite rappliquer au galop.

Je vous laisse à titre de réflexion cette petite perle d’Emmanuel Todd. Elle date de 2014, au moment où l’Occident menait son petit coup d’État de Maïdan en se croyant encore maître de l’univers.

« L’Europe est peut-être allée chercher sa mort en Ukraine. Celle-ci va continuer à se désintégrer et ce sera de la faute de l’Europe, pas de la Russie » (E. Todd, France Culture, 26 février 2014).

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