Guadeloupe islamique : la Loi Foulardière rencontre la Loi Chapeautière

Guadeloupe islamique : la Loi Foulardière rencontre la Loi Chapeautière

Hits: 1481

Encore une histoire, aussi lamentable que minable, générée par la haineuse loi anti-laïque de 2004 qui réprime musulmans et musulmanes présumées.

Nous sommes en GUADELOUPE. Je décide de faire un maré tèt. On m’arrête à l’entrée de mon lycée car, je cite : « Ce que vous avez là, c’est interdit, c’est considéré comme un signe distinctif de la religion musulmane. » Alors, maintenant, attacher ses cheveux = porter le voile…

“Guadeloupe” est tout en majuscules dans le texte original. Tu as raison, gente lycéenne qui écrit ce tweet, de bien faire ressortir les dimensions himalayennes de cette nouvelle connerie.

Pour mon aimable lecteur peu au fait de la mode, pour ma belle lectrice davantage charmée par ma prose que par les exploits des couturiers, reprenons l’histoire depuis ses débuts.

Le madras a été inventé par les ancêtres des belles antillaises pour contourner la Loi Chapeautière qui interdisait aux esclaves affranchies de porter chapeau comme les blanches. Fallait pas que les négresses et négrillonnes mettent un chapeau à plumes. [Y’a longtemps qu’on sait écrire des lois cons comme la lune…]

Les Anglais importent aux Antilles du tissu coloré en provenance de Madras, ville du sous-continent indien et colonie anglaise. Madras devient le nom du tissu. Puisqu’elles ne peuvent porter chapeau, les coquettes de couleur jouent avec le madras. Et en font des accessoires rivalisant de beauté. Le nom du tissu devient le nom générique du couvre-chef.

On peine à compter les douzaines d’échafaudages couvre-chefs qui ont reçu un nom. Les madras sont différents selon le village, l’île, la profession, l’âge, le statut matrimonial ou social et que sais-je encore. Du plus simple, un ruban ou un nœud papillon dans les cheveux, au plus tarabiscoté avec des mètres de tissu dont le montage demande une sacrée expertise. Et plusieurs mains pour procéder à la création de la pièce montée qui ravale les choucroutes de l’époque Brigitte Bardot au rang d’aimables bricolages amateurs.

On récapitule. Le madras, c’est le foulard-coiffure-mémoire de l’esclavage et de l’affranchissement. On le met certes bien moins que naguère mais des jeunes filles et des femmes le portent parfois par coquetterie. Et puis on l’arbore à l’occasion des fêtes antillaises. On le ressort aussi lors des grèves et quand on a des comptes à régler avec les békés (les riches planteurs blancs.)

Maintenant tu te mets dans la peau d’une adolescente guadeloupéenne qui a l’idée de porter un maré tèt, l’un de ces multiples madras. Comme elle déciderait de mettre une jupe courte, une robe longue ou un T shirt orné du nom de son groupe de rock préféré.

On lui explique que son madras est un signe ostentatoire de musulmanisme exacerbé. La lycéenne est jeune, d’accord, mais elle est lycéenne tout de même : elle a des notions d’histoire antillaise. On pourrait même lui décerner derechef un doctorat en histoire si on la compare aux incultes crasseux qui lui barrent la porte du lycée.

Mets-toi dans la peau des jeunes antillais filles ou garçons. On leur raconte des conneries qui sont un viol éhonté de l’histoire. On chie sur la mémoire de l’esclavage. On voit des folles de dieu prêtes à égorger à pleines rues là où des jeunes filles sont… coquettes comme toutes les jeunes filles de tous les temps sous toutes les latitudes. On se rempare derrière un rappel au règlement et une loi extraterrestres. En vertu de la loi sur les mammifères, les escargots et les lombrics sont sommés de…

Les commentaires des ados sont sarcastiques. Ils relèvent l’inculture. Ils relèvent qu’une loi anti-laïque réprime toujours la même religion. Ils relèvent aussi qu’une loi raciale réprime une couleur de peau et l’expression des gens de couleur.

Quel crédit les jeunes vont-ils accorder à des adultes et à des institutions qui leur racontent sans honte des calembredaines qui sèment la haine ?

Et quand on lit cette connerie qui trahit une telle méconnaissance, une telle inculture, on en vient à se poser la question : y a-t-il ne serait-ce qu’une personne musulmane en Guadeloupe ?

=> Photo : le maré tèt zizislamique, objet du délit, porté par l’auteure du touitte.


« Semez l’amour et non la guerre, mes amis / Tenons-nous la main dans la main / Jetez vos armes, jetez vos armes, jetez vos armes / Tenons-nous la main dans la main. » Philippe Léotard chante “Ancien combattant”, une chanson de Idrissa Soumaoro pillée par Zao.

Partager ce billet

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.