Gilets jaunes : la violence symbolique de Macron et son monde

Gilets jaunes : la violence symbolique de Macron et son monde

Les chasseurs disposent d’armes dont la portée est de deux kilomètres. Que Macron cesse vite sa violence s’il souhaite éviter que le sang de la noblesse ou son propre sang ne coule.

Le chauffagiste me raconte qu’il voit beaucoup de maisons non chauffées. Il fait beaucoup d’entretien de chaudières qui ne chauffent pas. Mon sourcil en point d’interrogation l’incite à m’expliquer avec un exemple.

Pour remplacer l’ancienne qui était hors-d’âge il a installé une chaudière à fioul il y a onze ans dans une maison en location dont il connaît bien les propriétaires. Depuis il en assure l’entretien annuel.

Les locations intermittentes

La locataire – les propriétaires ne prennent que des filles – paie un mois de loyer de 600 euros, plus un mois de caution, plus un mois de commission pour l’agence. La fille laisse un chèque de 1 800 euros et, avec son petit salaire, elle est bien essorée et n’a plus d’argent pour remplir la cuve à fioul. Le chauffagiste constate lors de son entretien que la chaudière n’a presque pas servi depuis un an. Si le ramonage est rapide, le circuit d’alimentation et le brûleur, eux, sont très encrassés : on n’a mis qu’un peu de fioul et la chaudière a pompé comme d’habitude dans le dépôt du fonds de cuve.

Après son nettoyage mon chauffagiste, qui n’est pas un perdreau de l’année, va jeter un œil sur les prises électriques. Cet automne il en a changé quatre. Brûlées. Elles ne sont pas adaptées pour y brancher un radiateur électrique et elles ont trop chauffé. Il remplace par des prises identiques. Il pourrait poser des prises résistantes. Mais ce serait alors les câbles qui cuiraient et leur remplacement serait autrement plus onéreux.

Le chauffagiste explique que les locataires n’utilisent que fort peu la chaudière à fioul quand elles découvrent le montant d’un remplissage de la cuve qu’elles sont bien incapables de financer. Quand elles ont vraiment trop froid, elles vont se résoudre, malgré le coût, à mettre en marche un radiateur électrique nomade. D’où les prises brûlées.

La locataire ne passe jamais un deuxième hiver dans la maison. Jamais ! Mon chauffagiste est formel. Il rencontre chaque année une nouvelle locataire. L’ancienne est repartie en ville où elle loue un appartement à loyer plus modéré et où elle aura moins froid. Finis les rêves de maison de campagne à dix minutes de la ville.

Parler dans le désert

Depuis combien d’années peut-on entendre de telles histoires ? Depuis combien d’années les associations tirent-elles la sonnette en s’alarmant de situations autrement plus dramatiques que celle de jeunes filles à petit salaire rêvant de campagne ? Depuis combien de temps a-t-on inventé un langage techno – « la précarité énergétique » avec sa variante « la vulnérabilité énergétique »  pour tenter d’avoir l’oreille de technocrates qui ne comprennent pas le français usuel ?

On a toujours l’impression de parler dans le désert. Qu’il soit question de la Saint Bidon [le « combustible liquide pour appareil de chauffage mobile » qui cause intoxications et incendies], du chômage ou bien de la détresse de tous ceux qui n’ont plus l’espoir d’une vie avec un peu de douceur, avec un peu de fleurs.

Avec les Gilets jaunes, ce qui frappe, bien plus que la pureté doctrinale de la noblesse je-sais-tout, bien plus que toutes les certitudes chevillées reposant sur du vent, c’est cette absence d’écoute. Ce refus de la dignité aux humbles.

Une femme pleure en disant qu’elle ne parvient pas à joindre les deux bouts avec ses miettes de salaire et on lui répond que ça ira mieux dans trente ans. Un couple de retraités dit que sa pension ne lui permet plus d’offrir la moindre douceur à ses petits-enfants et on met en doute son honnêteté. Un jeune agriculteur dit que sa mère lui donne 50 euros chaque mardi pour remplir le frigo et on lui reprocherait la possession d’un chien qui mange deux sacs de croquettes par mois.

La folle arrogance de la noblesse

Un garçon calme dit qu’il vit avec le RSA, 487 euros par mois, et madame la duchesse et ministre de la transition écologique lui répond en se plaignant de l’énorme baisse de son salaire qui n’est plus que de 7 500 euros alors qu’elle a « des responsabilités ».

On lui répond qu’une infirmière mal payée, elle, a une responsabilité bien plus grande qu’une ministre. Qu’elle mette du raticide dans la perfusion de madame la duchesse en place du liquide ad hoc et on en reparle… Que la nounou, qui garde les enfants de madame la duchesse, les mette au congélateur quand ils sont bruyants et on en reparle… Madame la duchesse, chaque personne d’entre nous, même la plus humble, a ainsi « des responsabilités ».

Comment faire entendre la parole des sans-voix ? Cela semble impossible auprès de tous les arrogants. Macron et son monde. Les petits marquis poudrés de la gauche. Le Parti fauxcialiste. La noblesse technocrate. La noblesse syndicale. La noblesse politicienne. Partageux, tu es démagogue ! Eh bien va leur demander une simple promesse de hausse substantielle du Smic comme de tous les petits revenus et on en reparle… Mais, moi, je comprends que les Gilets jaunes ne veulent pas entendre le mot “politique”. Cette surdité arrogante, cette violence symbolique de la noblesse donne envie de vomir.

Eh bien souhaitons que, face à cette violence de la noblesse, l’on en reste au vomi. Je songe souvent à tous ces chasseurs qui disposent d’armes dont la portée est de deux voire trois kilomètres. Que Macron cesse très vite sa violence s’il souhaite éviter que le sang de la noblesse ou son propre sang ne coule.

=> Photo : une agence de la banque LCL incendiée en marge des manifestations du 1er décembre à Paris.


« Faut sonner le tocsin / Din guin din / Pour pendre Mazarin. » Deux “mazarinades” afin te donner une idée de ce que l’on chantait à Paris quand on se plaignait du ministre d’État.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.