Gilets jaunes : avec ou sans les partis politiques (débat Marie Wilhem-Labat/Pierrick Tillet)

Gilets jaunes : avec ou sans les partis politiques (débat Marie Wilhem-Labat/Pierrick Tillet)

Très intéressante contribution de Marie Wilhem-Labat sur Facebook à propos de Gilets jaunes, de nature du pouvoir et de systèmes des partis. Du coup, j’entre dans le débat…


Marie Willem-Labat : « J’en viens à me demander si ce n’est pas tout simplement le système des partis politiques qui est mauvais »

Avec l’irruption des Gilets jaunes, tout le monde se remet à débattre sur des sujets fondamentaux :

  • une politique écologique, oui mais laquelle (greenwashing [procédé de marketing utilisé par une organisation (entreprise, administration publique nationale ou territoriale, etc.) pour se donner une image écologique responsable, ndlr] ou virage complet concernant nos processus de production, nos mobilités, notre agriculture) ?
  • Le partage des richesses, oui mais en faveur de qui (en ce moment c’est en faveur d’une poignée d’extrêmes riches).

Mais aussi : quelle souveraineté pour notre pays et… quand même encore et toujours : quelle politique pour nos migrants toujours plus nombreux du fait des guerres et du dérèglement climatique.

Enfin, cerise sur le gâteau, cerise inattendue et ô combien savoureuse : ça discute de plus en plus ferme sur la nature du pouvoir qu’on serait prêt à supporter. La 6ème République est de retour avec des revendications comme le referendum populaire ou, pour le moment dans une moindre mesure : la constituante.

Et là, émerge l’appartenance à un parti. On peut soudain, alors qu’on est d’accord sur beaucoup de points, se mettre à se déchirer parce qu’on soutient la FI ou Debout la France, ou Les Républicains, ou le FN, ou parce qu’on n’en soutient aucun : et ceux qui n’en soutiennent aucun sont les plus nombreux et nous renvoient tous dos à dos avec un “tous pourris” rédhibitoire.

Du coup, j’en viens à me demander si ce n’est pas tout simplement le système des partis politiques qui est mauvais.

Au fond, avec l’électronique et ce qu’elle permet en terme de communication instantanée, avons-nous encore besoin d’eux qui nous déchirent, nous opposent et provoquent cette abstention massive, par dessus le marché ?

Et je me prends à imaginer un tout autre système : un peuple qui se positionnerait simplement sur des lignes, aussi bien en matière sociale, qu’écologique, que politique (quel type de pouvoir).

Et je me dis que le programme politique qui émergerait serait sûrement enthousiasmant. Et aurait le mérite de tous nous réconcilier.


Pierrick Tillet : De Gaulle, le « régime des partis »… et l’exemple de Cuba

Déjà, en son temps, le général De Gaulle avait le « régime des partis » dans le nez (qu’il avait fort long). La Constitution de 1958, déclarait-il en substance au journaliste Michel Droit en 1964 [vidéo ci-dessous] avait pour objectif d’enlever le pays à l’emprise sclérosante des partis. Si d’aventure, ceux-là parvenaient à reprendre la main, ajoutait-il, « ce serait une catastrophe nationale ».

On voit ce qui en est hélas advenu aujourd’hui ! Le président n’est plus un élu du peuple au-dessus de tout parti, mais un représentant de commerce de ces organisations corrompues par l’appétit du pouvoir.

Le ver est même dans le fruit de la France insoumise qui se présentait comme un mouvement horizontal, mais qui est aujourd’hui mise en coupe réglée verticale par un parti aux pratiques fort peu démocratiques, le Parti de gauche.

La réflexion de Marie-Wilhem Labat me paraît donc fort intéressante et me rappelle irrésistiblement… le système politique mis en place par Castro à Cuba. Car quoi qu’en disent ses détracteurs chauffés à blanc par la propagande occidentale américanophile, il existe bel et bien une démocratie à Cuba. Le principe en est simple : les citoyens élisent tous les cinq ans 15.000 délégués provinciaux qui élisent pour cinq ans 605 députés, qui élisent les 31 membres du Conseil D’État, qui choisissent le président de la République socialiste de Cuba.

Il existe certes un parti unique à Cuba. Mais ce parti a un rôle bien différent de ceux des systèmes multipartistes à l’occidental : le Parti communiste cubain a un rôle de garant de la Constitution cubaine, un peu comme notre Conseil constitutionnel, mais le PC cubain ne désigne en aucun cas les candidats aux différentes élections du pays. Chaque citoyen cubain peut se présenter devant les électeurs au niveau de sa circonscription provinciale.

La question qui se pose – est que pose Marie Wilhem-Labat – n’est évidemment pas de savoir s’il faut bâtir une réplique à la Constitution cubaine, mais de savoir si un système de démocratie plus ou moins directe évitant l’étouffoir du multipartisme, mis en place dans un “petit” pays de 11 millions d’habitants, peut être organisé dans un “grand” pays de quelques 68 millions d’individus. Les interrogations de Marie Wilhem-Labat sur l’accélération électronique des communications et les possibilités de consultations immédiates des citoyens via les réseaux ont au moins le mérite d’ouvrir la réflexion et les perspectives.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.