François Ruffin fait le ménage et suscite un torrent de réactions

François Ruffin fait le ménage et suscite un torrent de réactions

Un petit florilège du torrent de réactions déclenché par la vidéo de François Ruffin sur les femmes de ménage invisibles de l’Assemblée nationale (NB : vidéo déjà diffusée sur ce blog, mais on ne s’en lasse pas !)

Merci ! Ce mot commence ou termine une myriade de commentaires. On le trouve de mille manières. Il y a celles dont parle François Ruffin : « Merci de penser à nous » ou bien « Merci de parler de nous. » Les ceusses qui globalisent : « Merci de vous soucier des petites gens », des  « invisibles », des « citoyens ordinaires », du « petit peuple », du « peuple d’en bas », du « Tiers-état. » Un keum qu’on imagine volontiers casquette à l’envers balance un : « Merci, Ruffin, tu déchires mec ! » Une femme qui écrit simplement : « Merci ! Merci ! Merci ! Merci ! Merci ! Merci ! (Il faut trente lettres minimum mais je n’ai qu’un seul mot à dire.) »

Un aspect passionnant du torrent de commentaires, ce sont les témoignages spontanés que François Ruffin suscite. La libération de la parole. Les femmes qui relèvent la tête. Voici une petite sélection arbitraire parmi celles qui se sont reconnues. Tout un festival de métiers féminins où l’on a bien souvent la lourde responsabilité de bébés, d’enfants, de vieux, de malades, de handicapés.

Femmes de ménage

[…] Je suis moi-même agent d’entretien dans une école primaire et je ne gagne même pas le Smic. Je suis à 24 h par semaine. Nous ne sommes pas considérés. On est là pour faire du ménage. Pas pour discuter avec les instituteurs. On nous le fait bien comprendre. On ne dit même plus aux enfants de nous dire ni bonjour ni bonsoir et ils ne savent même plus nos prénoms. C’est devenu une société froide et triste où on va travailler pour payer sa maison et ses courses et surtout survivre. Merci, monsieur, de penser à nous. (Corinne Beaujard)

[…] C’est la situation que j’ai vécue pendant 6 ans dans une école primaire privée en contrat aidé, travail en cantine self et entretien des classes et locaux  tout ça pour 650 € par mois, avec une reconnaissance avec handicap. Là j’ai fini mon contrat fin septembre 2017 et bien sûr je suis remplacée par une autre personne. Comme les contrats aidés n’existent plus, l’ établissement prend des candidats inscrits au PLIE (organisme de Pôle-Emploi), une façon d’avoir du personnel bon marché. Moi, je suis en recherche […] (Nat Bretonne Soleil)

[…] Femme de ménage ! Mal payée ! En aucun cas reconnue ! Quand on n’a pas de diplôme, on fait ces petits boulots. […] J’ai dû avoir sept employeurs en même temps ! Gérer mon emploi du temps et toujours arriver avec le sourire et la motivation. Car ce que j’ai vu dans mon travail  m’a souvent rebellée ! Petite anecdote : un conseiller de banque m’a interpellée en me disant que ses bords de chemise blanche était noircis car je ne nettoyais pas le contour de sa table. Je lui ai répondu qu’il n’avait qu’à utiliser sa machine à laver ! Je l’ai dit assez fort pour que tous ses collègues se moquent de lui. Quand vous nettoyez tous les jours le même bureau chaque soir sans un bonjour… […] (Karine Dabremont)

Au service des autres

[…] J’ai cinquante ans et, aujourd’hui, c’est moi qui ai besoin d’aide. Et là il n’y plus personne… Quand on arrive au point d’être obligée de faire un crédit pour payer son loyer et se priver de tout, eh oui ça existe… quand on en arrive là, je peux vous dire que, pour se relever et retrouver sa dignité de femme, c’est très difficile. […] (Paty Bou)

[…] Je suis auxiliaire de vie sociale, j’interviens auprès d’un public fragilisé, handicapé. À ce jour, aucune reconnaissance sur la pénibilité du travail physique et psychologique. Horaires décalés. Ou alors des interventions de 7 h du matin jusque 20h30 voire 21h30 le soir. Sans pause. Mépris total du code du travail malgré nos visites à l’inspection du travail. Femmes de l’ombre “esclaves du 21e siècle”. Mépris total et abus manifestement pris à la légère par les services administratifs. […] (Sylvaine Chimot)

[…] Votre considération fait du bien. Je suis une maman qui élève seule mes deux garçons et qui travaille pour moins de sept-cents euros par mois du lundi au samedi soir. […] (Audrey Linsay Flt)

[…] Je suis AVS [auxiliaire de vie scolaire, ndr] pour un centre intercommunal depuis 11 ans. Titularisée au bout de six ans avec un contrat de 17h hebdomadaires. Beaucoup de déplacements (avec mon véhicule personnel) peu indemnisés et inchangés depuis 2008. Une grande amplitude horaire (de 7h30 à 20h), du lundi au dimanche et jours fériés, etc. Pour neuf euros de l’heure. […] (Karine Cahuzac)

Les assistantes maternelles comme moi sont payées 3,50 euros de l’heure en moyenne. […] Garder des tout-petits implique aussi beaucoup de risques car le moindre “bleu” pourrait nous faire perdre notre contrat. Personnellement j’ai deux contrats, un à temps plein de 8h à 18h tous les jours de la semaine pour 640 euros par mois et un à temps partiel (pas vraiment eu le choix !) où je ne touche que 250€/mois. […] (Alice FS)

J’enchaîne les remplacements en crèche. On est payée au Smic ou guère plus alors qu’on a quand même la responsabilité de s’occuper d’enfants. […] (AnneLau Billion)

[…] Je suis auxiliaire de puériculture. Je suis en CDI et je bosse à temps plein dans une clinique privée mais je songe à me reconvertir car, avec à peine le Smic, […] je ne m’en sors pas. (Mélanie Btn)

Accompagnante d’élève en situation de handicap depuis 2015, mon salaire n’atteint même pas les sept-cents euros ! Les préparations, les adaptations au handicap des élèves en amont ne comptent pas dans mon temps de travail, les réunions encore moins. Bac+5 qui, au final, ne sert à rien. (Arantsa Cyril Titan)

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.