Une sacrée belle fête de la victoire à Notre-Dame-des-Landes

Une sacrée belle fête de la victoire à Notre-Dame-des-Landes

C’était le 10 février 2018 et c’était une sacrée belle fête avec une sacrée ambiance. Une sacrée belle fête méritée pour la victoire des zadistes de Notre-Dame-des-Landes.

– Dis, toi, tu le connais, José Bové ?

On est un mercredi soir d’été, jour du marché paysan à Montredon, le hameau du Larzac où José Bové a bâti sa maison. Alors bon, quand tu connais le contexte, la question n’est pas complètement incongrue même si c’est une étrange façon d’aborder un inconnu. Mais c’est plutôt la personnalité de mon interlocuteur qui me surprend. Il n’a guère plus de trois ans, le petit bonhomme qui m’apostrophe tandis que nous pique-niquons sur l’herbe sèche !

On est là quelques centaines à manger tandis que d’autres centaines se pressent autour des étals et de la buvette ou patientent dans la file du four qui cuit les pizzas au roquefort. On est là, nostalgiques de la bagarre qui a nous conduits naguère au Rajal del Gorp, à la bergerie-reproche de la Blaquière ou au Cun du Larzac. Vieux briscards qui rendent hommage aux ombres tutélaires de tous ceux qui nous ont quittés de Bernard Lambert, Lanza del Vasto à Guy Tarlier le paysan fédérateur des 103 paysans. Mais il n’y a pas que des cheveux blancs et pas que des anciens lycéens dont il faut bien dire que nos tempes commencent à virer poivre-et-sel.

Après avoir goûté à nos farçous et à l’aligot – si tu connais pas, ce sont les hamburgers du coin – le petit bonhomme demande si je sais grimper aux arbres comme lui. J’aide finalement le présomptueux malhabile à monter dans un érable champêtre et voilà qu’arrive au pas de course une maman inquiète. « Hé, j’assure la sécurité, je suis un papa professionnel ! » Ça la fait rigoler…

Elle a trente ans. C’est à dire qu’elle est née après 1981, l’année où le président de la République a dit au Conseil des ministres que le camp militaire du Larzac ne se ferait pas. Née après 1981 comme tout son cercle amical et familial qui mange à vingt mètres de la haie-terrain d’aventure du petit intrépide. Toute une bande qui vient du Lot et de Villefranche-de-Rouergue. Leurs parents lycéens ont participé naguère à la bagarre du Larzac. Eux étaient lycéens quand le MacDo de Millau a été démonté.

La nouvelle génération, dont le petitounet, a déjà des notions d’histoire contemporaine. Sa grande sœur – elle est en CP – me raconte que leurs grands-parents sont souvent venus « sur le Larzac. »

Au Larzac et à Plogoff on a gagné parce que les pépés, les mémés et les bébés eux aussi manifestaient. À Notre-Dame-des-Landes l’aéroport ne se fera pas. Parce qu’on ne gouverne pas contre les pépés et les bébés alliés aux punks et aux agriculteurs. On ne gouverne pas contre toute une population.

Le 10 février 2018 c’était la fête de la victoire à Notre-Dame-des-Landes. Des cheveux blancs et des adolescentes. Des pépés et des plasticiennes. Des paysans confédérés et une fanfare. Une soubassophoniste et un guitariste. Des chauves et des dread locks. Des bottes et des bonnets. Un avion qui brûle et un triton géant. Et du bonheur. Le bonheur d’être ensemble. Le bonheur de la tâche accomplie. Vincent Raynal et Luc Prisset ont rapporté un album de photos à tomber par terre. Les regarder, c’est se faire du bien à l’âme.

=> Source photos : Vincent Raynal & Luc Prisset.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.