“L’Étrange capitulation” de François Hollande selon Laurent Mauduit

etrange-capitulation-mauduit.jpgTrès bon, très décapant livre-bilan d’un an de hollandisme par Laurent Mauduit de Mediapart : “L’Étrange capitulation” (éditions Jean-Claude Gawsewitch, 20,90 euros). Où l’auteur rapproche les capitulations en séries de l’équipe Hollande, avec “L’Étrange défaite” française de juin 40, sur fond de délitement moral des élites, racontée en son temps par l’historien Marc Bloch.

Même plus de précautions d’usage, de période transitoire pendant laquelle le nouveau pouvoir cherche à donner un petit vernis de changement à ses électeurs. Comme Mitterrand entre 1981 et 1983, ou Jospin en 1997 lors de sa nomination comme Premier ministre. D’entrée, la capitulation sans conditions et sans gloire.

<< Le pis est que leurs adversaires y furent pour peu de choses >> (Marc Bloch).

Une liste impressionnante de reniements

Tout au long de son livre, Laurent Mauduit dresse une liste impressionnante des reniements du candidat par défaut (de DSK) à la présidentielle, à travers ses nominations de complaisance aux postes principaux de l’État et le sacrifice de ses déjà bien pauvres promesses de campagne :

  • le “choc de compétitivité” et ses 20 milliards de cadeaux aux entreprises ;
  • la hausse de la TVA pourtant dénoncé sous l’ère Sarkozy ;
  • l’enterrement de la politique fiscale promise ;
  • la poursuite de l’austérité budgétaire ;
  • la farce cynique de la “régulation financière” ;
  • l’abandon des ouvriers en difficulté de Florange et d’ailleurs…
  • la poursuite des dérives xénophobes à prétextes sécuritaires (la chasse aux Roms)…

Hollande n’a rien d’un “étrange capitulard”

Finalement la seule petite faiblesse du livre tient à son titre. Car le nouveau président n’a rien d’un “étrange capitulard” sorti du diable vauvert. Hollande le reconnaît d’ailleurs presque implicitement dans la réponse lapidaire qu’il fait à l’envoi d’un ouvrage dédicacé par l’auteur :

<< Je conteste la capitulation. Rien n’est étrange. >>

Car il y a bien longtemps que nos hérauts socialistes ont choisi leur camp et rejoint le monde du “milieu” néolibéral, franchissant les derniers pas qui les conduisent à sa version anglo-saxonne la plus dure, pressés qu’ils sont par les coups de boutoirs de la “Grande perdition”. Une adhésion réfléchie bien plus qu’une capitulation, prévisible bien plus qu’étrange.

La saine recommandation de l’affrontement

Laurent Mauduit démontre brillamment << la duperie >> qu’est le double-jeu mené par François Hollande, perceptible dès sa double campagne présidentielle.

<< Il y a la campagne officielle, celle qui promet des lendemains qui chante, celle qui annonce une véritable rupture avec les années Sarkozy — celle qui respecte en somme la recommandation de Marc Bloch. Et puis, il y a la campagne officieuse, celle dont la grande presse ne rend que très peu compte : une campagne autrement plus prudente, presque conservatrice. >>

Il faut être un “électeur utile” pour (faire semblant de) croire encore aux falbalas électoraux qu’une oligarchie régressive prétendument socialiste sert à gogo pour masquer son ralliement de fait au système. Ceux qui en douteraient encore gagneront à lire d’urgence le livre de Laurent Mauduit. Et méditer sur la recommandation de Marc Bloch :

<< Il est bon, il est sain que, dans un pays libre, les philosophies sociales contraires s’affrontent. Il est, dans l’état présent de nos sociétés, inévitable que les diverses classes aient des intérêts opposés et prennent conscience de leurs antagonismes. Le malheur de la patrie commence quand la légitimité de ces heurts n’est pas comprise. >>

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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