Elles sont résignées à se faire importuner au travail

Elles sont résignées à se faire importuner au travail

« Puritanisme » contre « droit d’importuner ». Princesse Connasse nous propose un cas pratique pour sortir des débats abstraits au sujet de #BalanceTonPorc.


Ça débat dans tous les sens au sujet de la tribune du monde, signée par ces grandes humanistes que sont, entre autres, Isabelle Lévy et Sophie de Menthon. Je ne vous cache pas que le simple fait de voir leurs noms me fait cracher comme un chat en colère.

Donc, je ne suis absolument pas objective sur ce papier, les signataires et les idées qu’il contient. Je vais donc juste vous rappeler que toutes les signataires sont des CSP+++, avec de belles carrières. Des femmes ayant les moyens intellectuels et financiers de se défendre.

L. a 32 ans. 2 enfants. Séparée. Elle a un CAP vente. Elle est une de mes intérimaires. Cet été, j’ai mis L. en mission 3 mois dans 1 supermarché. Pour faire de la mise en rayon. Au SMIC. Elle a fini sa mission et est venu me voir. Le supermarché voulait la reprendre pour 2 mois supplémentaires et elle était gênée. En parlant avec elle, j’ai appris que son chef de rayon avait essayé de la coincer plusieurs fois dans la réserve. Il exerçait son droit à l’importuner.

L. connaît par cœur le fonctionnement de l’intérim. Elle avait peur, si elle arrêtait sa mission ou se plaignait, que je lui enlève ses indemnités de fin de mission ou que je ne lui propose plus de poste. Du coup, elle n’a rien dit. Elle a subit. Parce qu’elle a besoin de bosser. Parce qu’elle connaît le monde tel qu’il est. Quand on est une femme seule, sans diplôme, avec des enfants à nourrir. Elle en rencontrera d’autres des chefs de rayon comme celui-ci. Elle le sait. Pour 9,88 euros bruts de l’heure.

Bref, des L., moi, j’en ai plein mes fichiers. Elles sont résignées à se faire importuner au travail. Parce qu’elles savent qu’elles n’ont pas les moyens de lutter. Parce que perdre leur mission, c’est se mettre dans une merde noire. Parce que le système les a déjà baisées.

Alors, quand des femmes, qui ont les moyens de refuser un poste ou de démissionner, viennent donner des leçons sur ce que L. et ses sœurs doivent tolérer, accepter ou comprendre, ça me met hors de moi.

Il faut bien comprendre que je ne suis pas l’ennemie des hommes. Je ne confonds pas la lourdeur avec le harcèlement. J’aime la galanterie autant qu’une autre. Ce que je n’aime pas, c’est que l’on accepte que certains profitent des plus faibles. Ce que je n’aime pas, c’est qu’on leur dise d’accepter la situation. Ce que je n’aime pas, c’est que, depuis sa belle situation bien confortable, on juge celles qui subissent au quotidien le poids de la société. Alors, moi, à mon petit niveau, j’utilise les moyens que j’ai pour les défendre.

Je n’ai rien contre les signataires de ce texte. Chacune a le droit de penser ce qu’elle veut. Mais qu’elles restent dans leurs jolies tours et nous laissent lutter pour les plus fragiles d’entre nous.

=> Source : Princesse Connasse.

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<p>Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.</p>